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I. Ernest Renan, Les Apôtres, p. I3i

LA MORALE FAMILIALE DU CHRISTIANISME

l’Église, lorsqu’elle fui devenue assez forte pour dicter ses volontés, exigea des empereurs chrétiens que certains droits fussent accordés à la femme. « Tous les témoignages, amis ou ennemis, dit un écrivain catholique ' , nous démontrent que la religion chrétienne se servit surtout de l’induence des femmes pour pénétrer dans le monde païen et arriver auprès du foyer et dans l’intérieur de la famille. Ici les divorces, pour raison de christianisme ; là les martyrs, souvent les conversions dues à leur zèle ; de tout côté leur présence, leur dévouement ; que faut-il de plus pour donner la preuve irrésistible, éclatante de la part qu’elles prirent . dans la révolution morale qui agitait les esprits. Or, il est évident qu’un tel travail de persuasion et de résistance, qu’un tel élan de prosélytisme hors des habitudes passives, ont singulièrement accru la puissance des causes qui portaient les femmes vers l’indépendance. Et Constantin et ses successeurs ont bien su ce qu’ils faisaient quand ils les ont dotées d’une sage émancipation. Ils ont récompensé en elles des auxiliaires influents ; ils ont voulu qu elles participassent aux bienfaits politiques de la religion chrétienne, elles qui avaient contribué à en préparer les progrès, et qui pouvaient encore en agrandir le développement. »

Sous les empereurs antérieurs au christianisme, les femmes avaient été dotées de droits importants. Elles avaient, par exemple, été émancipées de la tutelle desagnats. Toutefois, elles avaient encore « besoin d’un tuteur pour les principaux actes de la vie civile, comme, par exemple, pour agir en justice, pour s’obliger, pour aliéner leurs biens, t'es mancipi. Mais, depuis la loi Claudia, ce tuteur était simplement datif, soit par le père, soit j)ar le mari, soit par le magistrat ». Le progrès était énorme, car ce que les femmes redoutaient le plus « c’était la tyrannie intéressée, avide, des agnats ». Constantin supprima ce qui leur restait de tutelle (( et reconnut aux femmes majeures des droits égaux à ceux des hommes" ». Mais, en meme temps qu’il les

1. Troplong, De l’influence du Christian, sur le droit civil romain, 2'' ('•tl'U.j

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