EFFETS DE EA MORALE DU CIIRISTIANISIME SUR LES MŒURS
XVIII® siècle, à la Révolution et à la morale sociale de la Déclaration des droits de l’homme. Elle prit de la Réforme religieuse tout ce qu elle avait de bon ; la liberté de la critique et de la pensée, le goût de la lecture, la dispersion des idées par l’imprimerie, le culte de la famille et la fréquentation de l’école ; mais elle lui laissa l’ardeur de la foi qu’elle ne pouvait plus acquérir, l’austérité du culte qui répugnait à ses goûts artistiques, le retour à la langue des prophètes qui lui semblait, non sans raison, trop rude et sauvage, la lecture de la Bible dont les récits enfantins, ridicules ou brutaux, ne pouvaient convenir ni à la finesse de son esprit, ni à la délicatesse de ses sentiments. Son Livre fut l’admirable poème où Rabelais répandit toute la verve du Gaulois avec toute la raillerie du philosophe contre la barbarie du moyen âge, la bigoterie de l’Eglise, la corruption de Rome, la vénalité de la magistrature, la sottise de l’aristocratie militaire et la vanité de la gloire des armes, la pédanterie des maîtres et la servile docilité des élèves, pour édifier sur les ruines de la scolastique de l’autocratie politique et de l’absolutisme religieux, l’un des plus admirables monuments qui aient été élevés en l’honneur de la Nature. De ce Livre, dont la moelle était faite des fortes études latines et grec([ues du médecin naturaliste et philosophe, devaient sortir le pyrrhonisme de jVIontaigne, l’épicurisme de Diderot et le naturalisme du xix® siècle, dont les coups répétés ont si fortement ébranlé les dogmes mystérieux et la morale artificielle du christianisme.
Le rôle joué par la morale du christianisme dans l’évolution de la moralité public|ue et privée n’a été, en somme, ni moindre, ni plus grand (|ue celui des autres morales religieuses. On ne saurait s’en étonner, car jamais l’absolu ne dirigea la nature humaine, et les sanctions de l’autre monde ne pèsent que bien peu dans la conscience de la plupart des hommes, par rapport aux plaisirs ou aux maux qu’ils sont susceptibles d’éprouver dans la seule vie qui soit certaine.