Chap. V
LA MORALE DE L’ISLAMIS:\IE
accessoires, ayant pour objet d’obtenir les faveurs de Dieu en ce monde et dans l’autre, et revêtant cette forme enfantine qui eut toujours tant de succès dans toutes les religions. On a crée des espèces de litanies, semblables à celles des cbrétiens, où les qualités attribuées à Dieu sont mises à la suite les unes des autres en des formules faciles à retenir. Pour les réciter on se sert d’un cbapelet de 99 grains à chacun desquels répond une formule spéciale. Peu de gens les connaissent toutes. En général, chaque confrérie en adopte une ou plusieurs séries qui servent à distinguer ses membres. On admet généralement qu’il existe une centième formule, mystérieuse, dont Salomon seul eut le secret ; celui qui la découvrirait aurait le pouvoir de faire des merveilles, de trouver des trésors, de commander aux génies. Tout cela ne faisait pas partie de la doctrine de Mahomet; on l’a ajouté, avec le temps, à cette dernière, pour empêcher l’esprit des croyants de se porter vers des recherches doctrinales oii leur foi aurait pu sombrer.
A l’exemple du christianisme, l’islamisme a doublé son Dieu unique et universel, d’un certain nombre de saints auxquels on a élevé des petits temples qui font vivre autant de prêtres, car c’est surtout aux saints que l’on demande les biens de ce monde, ainsi que le font les cbrétiens. Pour être plus sur d’obtenir ce que l'on sollicite, on verse entre les mains du prêtre de quoi entretenir la chapelle du saint. D’un autre côté, Mahomet recommandait de se réunir autant que possible à plusieurs pour les prières quotidiennes et d’aller, le vendredi, les faire dans une mosquée si l’on habitait dans un lieu où il en existât. De là vint la multiplication des mosquées, l’institution des crieurs ou niupbtis qui annoncent la prière, celle des imans qui prêchent et celle des ulémas qui sont comme les docteurs de l’islamisme.
Les devoirs de piété proprement dits sont complétés par le jeûne et par l’interdiction de certains aliments. Le seul jeûne canonique prescrit parle koran est celui du mois de Ramadan, institué en l’honneur de la révélation des premiers versets du Koran, Il consiste dans la privation des
aliments de toute sorte, des boissons, du tabac et des rapports sexuels, depuis le'leverde l’aurore jusqu’au coucher du soleil. Quoique très pénible pour les gens qui travaillent, il est pratiqué avec une très grande assiduité jiar tous les musulmans. Il a été institué par le verset suivant: « Le mois de Ramadan, dans lequel le Koran est descendu du ciel, pour être le guide, la lumière des hommes, et la règle de leur devoir, est destiné à l’abstinence. Quiconque verra ce mois doit observer le précepte. Celui qui sera malade, ou en voyage, jeûnera dans la suite un nombre pareil de jours. )) Le Koran fixe de la manière suivante les règles du jeûne: « Vous pouvez la nuit du jeûne vous approcher de vos épouses. Elles sont votre vêtement et vous êtes le leur. . . Le manger et le boire vous sont permis jusqu’à l’instant où vous pourrez, à la clarté du jour, distinguer un fil blanc d’un fil noir. Accomplissez ensuite le jeûne jus([u’à la nuit. Eloignez-vous pendant ce temps de vos femmes, et passez le jour en prière. Tel est le jirécepte du Seigneur. Il déclare ses lois aux mortels afin qu’ils le craignent', n Les filles sont tenues de jeûner dès qu’elles sont nubiles; les garçons à partir de la puberté. Ces derniers se montrent, d'ordinaire, très emjîressés à jeûner parce ([ue, à partir de leur premier jeûne, ils sont considérés comme pouvant s’adonner aux plaisirs sexuels. Le Koran prescrit encore le jeûne comme un moyen de rachat de certaines fautes. Dans les deux cas, il est évident qu’il fait de celte pratique un devoir religieux et non une simple règle d’hygiène, comme on l’a prétendu. Rien, d’ailleurs, n’est plus contraire à l’hygiène que de se passer de manger et de boii e pendant toute une journée, surtout si l’on est contraint de travailler. Le Koran lui-même indique très nettement le caractère religieux du jeûne dans le verset suivant: (( O croyants, il est écrit que vous serez soumis au jeûne, comme le furent vos frères, afin que vous craigniez le Seigneur L »