Lettres persanes, cxli
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seront enfermés ; et des eiiiinques encore plus fidèles que les nôtres pour les garder. » Suit le récit du bonheur éprouvé, après sa mort, par l’une des femmes d’un Persan jaloux et incapable de justifier l’excessive jalousie qu’il témoigne aux dix délicieuses créatures dont il a peuplé son sérail. La bienheureuse est lellement encbantée de son sort, qu’elle ordonne à l’un de ses amants célestès de descendre sur la terre avec les traits du mari qu’elle y a laissé, et de faire éprouver à ses anciennes compagnes les joies dont elle est inondée. « L’exécution fut prompte; il fendit les airs, arriva à la porte du sérail d’ibraliim, qui n’y était pas. Il frappe, tout lui est ouvert, les eunuques tombent à ses pieds. Il vole vers les appartements où les femmes d’ilirahim étaient enfermées... Il entre et les surprend d’abord par son air doux, affable ; et bientôt après il les surprend davantage par ses empressements et par la rapidité de ses entreprises. Toutes eurent leur part de l’étonnement, et elles l’auraient pris pour un songe s’il y eut eu moins de réalité. » Le mari revient, veut chasser son sosie, mais il est luimeme mis dehors et ses femmes jurent à leur amant céleste (( une fidélité éternelle, car nous n’avons, disent-elles, été que trop longtemps abusées. Le traître ne soupçonnait point notre vertu, il ne soupçonnait que sa faiblesse ». Cette charmante raillerie du paradis de Mahomet fit beaucoup rire les contemporains catlioli(|ues de Montcsipiieu. Quelles imprécations n’auraient-ils pas lancées contre un Persan qui aurait raillé de meme le paradis de leurs ibéologiens I
Moins croyantes ou moins portées à la plaisanterie f[uc la Zuléma de Monfes(|uieu, les femmes musulmanes se montrent beaucoup moins zélées (|ue les hommes pour la religion du Koran. Est-ce parce (|u’elles ont moins de conliance qu’eux dans le paradis du Livre sacré jN’est-cc point parce que l’oisivelé du séiail, ses longs ennuis et ses voluptés trop rares les éloignenl de la veiiu, eu meme temps que de la foi ?
Pour en revenir aux hommes, il est incontestable que la promesse d’une virilité toujours jeune et toujours renaissante, au milieu de liouris toujours belles et toujours
vierges, contribua puissamment a l’expansion de l’islamisme parmi des populations que la misère et la chaleur rendent aussi sensuelles que paresseuses. Le paradis du Ivoran les a séduites, mais on ne saurait dire qu’il les a moralisées au point de vue de la famille.
Certains moralistes prétendent, cependant, trouver dans la polygamie une garantie contre la mauvaise conduite des hommes. Ils considèrent que le mari pouvant avoir autant de femmes que ses moyens lui permettent d’en entretenir, trouvera dans son propre ménage assez de ressources en vue de la satisfaction de ses besoins ou de ses passions, pour n’avoir pas à en aller chercher au dehors. En raisonnant de la sorte, on oublie de faire la part du caprice, dont le rôle est si considérable dans les relations sexuelles. On oublie aussi que la multiplicité des femmes est très propre à produire la satiété des relations sexuelles normales et à déterminer la production des vices contre nature. Il est incontestable c[ue ces vices sont aujourd’hui beaucoup plus fréquents chez les peuples où règne la polygamie que chez les peuples monogames. En Grèce et à Rome, l’époque où ils furent le plus répandus coïncide avec celle où les liens du mariage furent rompus parla très grande fréquence du divorce. Enfin, ceux qui veulent voir dans la polygamie un élément de la moralisation de l’homme, oublient le sort qu’elle fait à la femme. La morale familiale du Koran est, sans aucun doute, fort humaine ; elle recommande à l’époux d’être équitable et Ijon pour ses femmes, mais elle est impuissante à faire disparaître les besoins ou les passions des sexes. L’époux se lassera souvent de la femme parce qu’il a trop de femmes, elles épouses se jetteront dans l’adultère, si cela leur est possible, ou dans les liaisons contre nature, si l’adultère leur est absolument interdit, parce qu’elles ne trouveront pas auprès de leur mari la satisfaction de leurs besoins naturels. Ni les voiles, ni l’isolement, ni la claustration dans les harems, ni la surveillance des eunuques n’ont pu soustraire la femme musulmane aux lois de la nature. Les besoins sont plutôt surexcités que calmés par les obstacles mis à leur satisfaction. Les bains où les femmes se
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réunissent pendant de longues heures, les visites qu’elles se font, les vieilles servantes et mêmes les eunuques dont elles sont entourées leur fournissent des occasions et des complices dont beaucoup savent user pour tromper la vigilance de leurs maris. Le sosie d’Ibraliim, dont il est question dans la lettre persane citée plus haut, est à coup sur le seul musulman qui ait pu, grâce aux facultés diA'ines dont il était doué, se faire respecter de tout un harem sans avoir besoin d'employer ni la claustration, ni les voiles : (( 11 congédia tous les eunuques, rendit sa maison accessible à tout le monde ; il ne voulut pas même soulfrir que ses femmes se voilassent. C’était une chose singulière de les voir dans les festins, parmi des hommes, aussi libres qu’eux. Ibrahim crut avec raison que les coutumes du pays n’étaient pas faites pour des citoyens comme lui. » Toute la philosophie dë la polygamie se trouve dans ces quelques lignes. Elle ne pourrait être un élément de moralisation de la famille, que si tous les citoyens étaient doués de la puissance toute céleste du sosie d’Ihrahim.
L'islamisme fut, sans aucun doute, beaucoup aidé dans son expansion parles préceptes du Ivoranqui réhabilitaient ou exaltaient la polygamie parmi des populations d’où elle tendait à disparaître, soit par le jeu naturel de la lutte pour l’existence entre l’homme et la femme, soit sous rinOuence du judaïsme qui la limite ou du christianisme (|ui l’interdit. On pourrait y voir, notamment, une des causes qui déterminèrent tant de Sémites scliismatiqucs de l’Asie ou de l’Afrique septentrionale à end^rasser la religion de Mahomet. Il n’est pas inutile non plus de rappeler ([ue la polygamie, introduite dans l’Europe méi'idioiiale par les Arabes, s’était infiltrée jusqu’en Erancc, et que, au retour des croisades un assez grand nombre de seigneurs Irançais allèrent jusqu’à se constituer de véritables harems, malgré les interdictions du christianisme et des lois '.
I. (( Le mépris fl U mariage était comimin parmi les barons, surtout parmi ceux du Midi, qui avaient presque tous plusieurs femmes ; l’Eglise ne cessait de tonner contre des désordres (jni minaient la société dans sa base, et qui devenaient d’autant plus scandaleux que l’influence morale des femmes s’ac-
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La polygamie fut donc incontestablement utile à l’islamisme, mais elle a fait rétrograder la moralité de la famille dans tous les pays où le Koran étend son influence. Son résultat le plus certain a été de faire subir aux femmes musulmanes une dénégérescence physique et intellectuelle dont il serait impossible de trouver l’équivalence dans les sociétés où la femme jouit d’assez de liberté pour être intéressée à défendre elle-même sa dignité et à s’attirer le respect des bommes par la culture de ses facultés intellectuelles.
Pour apprécier avec justesse l’action exercée par la morale politique et sociale de l’islamisme sur la moralité publique, il me paraît utile de rappeler la conduite tenue par Mahomet et ses successeurs dans leurs rapports avec les groupes sociaux qu’ils voulurent convertir ou conquérir. D’une façon générale, le prophète respectait la vie des ennemis qu’il avait vaincus ; mais, s’ils refusaient de se convertir, il les dépouillait de leurs biens, et, souvent, les réduisait en esclavage. C’est ainsi ([u’il traita les premières tribus juives avec lesquelles il fut aux prises. Contre celle des Coraïdites, il se montra beaucoup plus dur, tout en alTectant l’esprit de justice dont il voulait avoir la réputation, La forteresse des Coraïdites ayant été attaquée par un de ses lieutenants, les assiégés se laissèrent persuader qu’ils auraient la vie sauve s’ils reconnaissaient Mahomet pour l’apôtre de Dieu, et se rendirent à discrétion. Mahomet, simulant une grande bienveillance, déclara qu’il remettait leur sort entre les mains d’un arbitre qui était otTiciellement leur allié, mais dont il connaissait la haine secrète pour les juifs. L’arbitre s’appelait Saad, il était chef de la tribu des AAvasites, alliée aux juifs, (c On l’envoya chercher, et on l’apporta avec peine au milieu de l’assemblée. (( O Saad ! lui dirent les Coraïdites, o père d’Am- (( roLi, montrez-vous compatissant et généreux envers vos (( alliés. » Tout le monde avait les yeux tournés vers Saad.
croissait de jour en jour. » Guillaiiine IK, duc d’Aquitaine, ?i son départ pour la première (‘roisade « avait emmené une troupe de coucuhines e.ii Palestine et avait voulu fonder à Niort une ahliaye de prostituées ». (La.vali,ée, Hist. des Franc., I, |). 3i4-)
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On attendait en silence l’aiTet qu’il allait prononcer. Alors, le prince des Awasites prit un air sévère et dit : que l’on mette à mort les hommes ; que l’on partage leurs biens ; que leurs femmes et leurs enfants soient emmenés en captivité. )) — «C’est l’arrêt de Dieu, s’écria Mahomet ; il a été porté au septième ciel et révélé à Saad. » Il fut exécuté à la rigueur. Les hommes, au nondjre de sept cents, furent égorgés ; les femmes, les enfants et tous les biens des Goraïdites devinrent la proie des vainqueurs. Bihana, la plus belle des juives, échut en partage à Mahomet’. L’historien arabe auquel ce récit a été emprunté ajoute que la belle juive, désireuse de devenir l’épouse d’un prophète, se convertit à l’islamisme afin d’obtenir les faveurs de Mahomet. Celui-ci fit encore esclaves, plus tard, tous les juifs dont il prit les citadelles. Par contre, après avoir battu les Mostalékites, dont le chef fut tué dans le combat, Mahomet paye la rançon de la fille de ce chef, qui était échue à l’im de ses lieutenants, l’épouse et fait si bien que ses guerriers rendent la liberté à cent des pères de familles qu’ils avaient réduits en esclavage. Une autre fois, il protège un des chefs de Médine qui conspirait contre lui et que son propre fils voulait mettre à mort afin de le punir de sa trahison : « O prophète, disait à Mahomet le fils fanatisé, mon père t’a insulté : commande et je vais t’apporter sa tête. » Et Mahomet de répondre : « Bien loin de répandre son sang, montre-lui le respect et la tendresse filiale que tu dois à un père. )) Lorsqu’il revint, en conquérant, à La Mecque, d’où il avait été jadis obligé de fuir pour sauver sa vie, on s’attendait à ce qu’il exerçât de sanglantes représailles. Il y était poussé par tout son entourage. Il se contenta cependant de l’exécution de trois ou quatre personnes et de la proscription de quelques autres, en proclamant que désormais La Mecque ne devrait jamais être souillée par le sang humain. C’était un privilège dont la ville sainte des Arabes idolâtres jouissait depuis une époque fort reculée. Son territoire était considéré comme inviolable : il était interdit de