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Ibid., chap. xxiv

LA MORALE SOCIALE DU JUDAÏSME 55

La charité est le devoir de morale sociale auquel la religion juive a donné le plus d’importance. Elle était pratiquée par tous les Israélites riches dès les temps les plus anciens. A Jérusalem, on avait l’hahitude d’étendre devant la porte de la maison, au moment du rejjas, une serviette (rnappah) quiétaitune sorte d’avertissement aux pauvres. Tant quelle était en place, ils pouvaient entrer dans la maison, et il leur était délivré des aliments. La charité se développa surtout dans les colonies que les juifs avaient formées au sein de la plupart des villes importantes de la Méditerranée. Elle fut rohjet des recommandations les plus vives des écrivains thalmudlqucs. « Ilah Joudah dit: si un pauvre vient demander un vêtement, il faut s’informer s’il est réellement pauvre ; mais s’il demande à manger on lui donne la nourriture sans examen. Si un pauvre voyageur passe par la ville, on lui donne à mangei’ ; s’il reste la nuit, on lui donne ce qu’il faut pour la nuit. Uahhi Assé dit : La cliarité vaut tous les commandements de la religion. Uahhi Elazar dit ; Celui qui engage les autres à donner l’aumône est plus grand encore que celui qui la donne luiniénie. D’après Uahhi Isaac, il ne sutFit pas de donner l’aumône, il faut encore la donner de hon cœur et de la manière la plus aimable. On lit dans une heraïtha : Si l’on refuse de taire la chanté, c’est comme si l’on sacrilîait aux idoles. On lit dans une autre heraïtha: la charité qu’on fait dans ce monde est un grand para/det (avocat, protecteur) devant notre Père céleste. Un homme qui donne une ohole à un malheureux est sûr qu’il jouira de la félicité de contempler la majesté divine. Uahhi Elazar avait l’hahitude de donner une peroutali (petite pièce de monnaie) à un pauvre avant de faire les prières. Uahhi Johânan dit: Il est écrit : celui-là prête à Dieu qui fait la charité à un pauvre (Prou, xix, 17): si l’Ecriture ne l’avait pas dit, on n’oserait pas le dire : Dieu est le débiteur de celui qui fait la charité à un pauvre ' . »

Chaque eommunauté juive avait sa caisse de bienfaisance

I. Voyez ; Rabbinovvicz, Lé<jislation civile du Thaîmud, IV, Inlr., p. xvii.

o6 LA MORALE DES LIVRES SACRÉS DU JUDAÏSME

générale, à laquelle devaient contribuer tous les Israélites établis dans la ville depuis trois mois au moins, et qui servait à faire les aumônes diverses aux pauvres. Une distribution régulière de ces aumônes avait lieu tous les vendredis, entre tous les pauvres. Une autre caisse était destinée à fournir des vêtements aux nécessiteux ; tout Israélite ayant un séjour de six mois dans la ville était obligé d’y apporter sa contribution. Enfin, une troisième caisse, alimentée par tous les juifs ayant fait un séjour de neuf mois dans la ville, était destinée à subvenir aux dépenses occasionnées par les enterrements des pauvres. Tous les jours, la communauté et les particuliers distribuaient des aliments aux pauvres. Grâce à ces coutumes cbaritables, les colonies juives formaient, dans cbaque ville, une société largement fraternelle. Transplantées au milieu de populations dont elles se distinguaient à tous les égards, les colonies juives ne pouvaient subsister que par une entente très étroite de tous leurs membres, les riches aidant les pauvres et ceux-ci rendant aux riches tous les services imaginables. « Les juifs, dit justement Renan à propos de ces colonies, donnaient le premier exemple de ce genre de patriotisme que les Parsis, les Arméniens et, jusqu’à un certain point, les Grecs modernes devaient montrer plus tard ; patriotisme extrêmement énergique, quoique non attaché à un sol déterminé ; patriotisme de marchands répandus partout, se reconnaissant partout frères ; patriotisme aboutissant à former non de grands Etats compacts, mais de petites communautés. Fortement associés entre eux, ces juifs de la dispersion constituaient dans les villes des congrégations presque indépendantes, ayant leurs magistrats, leurs conseils... Ils habitaient des quartiers à part, soustraits à la juridiction ordinaire, fort méprisés, du reste du monde, mais où régnait le bonheur » La religion, très puissante parmi les Israélites consacrait ces nécessités sociales et contribuait, sans aucun doute, dans une très large mesure, au

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