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LA FAMILLE ET LA MORALE FAMILIALE A L’ÉPOQUE VÉDIQUE

sont amoureuses comme les filles et les femmes à l’image desquelles on les a conçues, elles n’ont rien du libertinage souvent cruel qui caractérise la déesse de l’amour chez les Sémites. « L’aurore qui fait rayonner sur le monde les roses de son teint, est une belle fdle qui se plaît à aborder les hommes en les éblouissant de ses attraits ; les nymphes des eauA, à la fois séduisantes et fécondes, traversent maints amoureux hasards. Ce naturalisme naïf n’a rien, toutefois, de l’atmosphère de sensualité molle et raftlnée dont s’enveloppe une déesse Astarté ; et aussi, le culte védique, bien que, parfois, crûment obscène dans ses formules et sa mimique, n’a-t-il jamais connu l’étrange alliance qui, chez les Sémites, a installé la prostitution jusque dans les sanctuaires*. )) Plus tard, seulement, sous des inlluences inconnues ou plutôt düTiciles à déterminer, mais probablement sémitiques, on verra s’introduire dans le panthéon Iiindou des déesses débauchées et cruelles.

La femme arya n’est pas seulement la maîtresse de la maison, elle joue encore son rôle dans le sacrifice religieux qu’accomplit son époux, chaque jour, entouré de toute sa famille, et dans lequel il récite ou chante les hymnes qui se transmettent de père en fils et auxquels chacun s'ellbrce d’ajouter quelques strophes, sinon un hymne nouveau b

1. OLVE^iBERG, La religiondii Véda, ti-ad. \ . Henry, p. 199 (Paris, F. Alcan).

2. « Dans les cérémonies du culte aryen priinitil', l’époux, quand il présenté l’offrande aux dieux, est appelé déva comme les dieux eux-inémes et ne différé d’eux que par la mortalité. Ce mot vient, comme on le sait, de la racine div, briller, qui existe dans plusieurs laujTues aryennes. Un passaj^e d’un liymne indique très positivement que cette épidiètc était donnée à l’officiant jiarce que, s’approchant du feu plus que les assistants, soit avant le levei' du soleil, soit après son coucher, ses vêtements en recevaient un éclat particulier et vraiment pittoresque (iv, 63, 67). Or, l’épouse qui l’assiste est ajipelée dévî ; elle s’avançait donc aussi vers le foyer sacré, ce qui n’est aucunement le rôle d’une servante. D’ailleurs, le nom qu’elle |)orte est celui de dain, qui signifie daine ou maîtresse, et se rattache à une racine identique, exprimant la force physique qui dompte et la force morale qui commande... L’idée de commander est primitivement dans le nom de l’épouse, non pas à l’égard du mari qui est le chef de la famille, mais à l’égaril des autres personnes. J^ar cela même, elle est appelée patni qui est lettre pour lettre le T^ôtvia des anciens Grecs. Et pour qu’il ne reste à cet égard aucun doute, la femme est encore nommée grihapalni, c’est-îi-dire maîtresse de maison, comme ré|)Oux est appelé grihapall. En un mot, dans toutes les circonstances où l’on donne à l’époux un titre qui ne désigne pas une fonction incompatible ai ec le sexe le plus faible, le même titre au féminin est aussi donné à la femme » (HuKNuur, Essai sur le Véda, p. 191).

LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

C'est le mari qui allume le feu sur lequel sera versé le Soma saeré, la liqueur fermentée qui en activera la tlamme. et dont il boira lui-même une partie pour ranimer ses forces ; mais c’est la femme qui va chercher dans la forêt la plante d’oii s'extrait le jus sacré'; c’est elle qui la broie dans un mortier dont la forme [a été empruntée à la partie la plus secrète de son corps"^ ; c’est elle qui presse dans ses

1. D’après la légende chantée par les poètes du Rig-\éda, la plante qui fournit le soma fut apportée du ciel sur la terre par l’aigle, pour Indra. « L’aigle rapide, apportant de loin la plante, l’oiseau apportant l’ivresse joyeuse, le compagnon du dieu, tenant ferme le soma, le fit descendre de ce ciel sublime où il l’avait dérobé. » Les hommes aussitôt pressurent la plante pour Indra : « La coupe blanche, ointe du lait des vaches, le suc qui se gonfle et resplendit, la douceur par excellence offerte par les prêtres, Indra le dispensateur des grâces, l’approcha de sa bouche pour boire et s’enivrer, le héros l’approcha de sa bouche pour boire et s’enivrer. » (Voyez: Oluenbekg, Ioc. cil., p. i5o, i52.) Il est à peine nécessaire de noter l’analogie qui existe entre cette légende de l’aigle ravissant au ciel la plante qui donne le liquide enivrant, l’eau de vie, l’eau de feu, et celle des Grecs qui montre Proinéthée ravissant le feu aux dieux pour en doter les mortels.

2. Lous les ustensiles du sacrifice rappelaient les organes de la génération et le sacrifice lui-même en contenait un sorte de symbole. « Le sacrifice, l’autorité du chef et la transmission du sang par la génération, dit Burnouf (^Essai sur le Véda, p. 196), sont considérés dans toute l’histoire de l’Inde comme étroitement liés entre eux. Quand s’accomplit l’union de l’homme et de la femme qui doit donner au premier le titre de pati, et préparer la procréation des enfants, un sacrifice accompagne cet acte naturel, et lui donne un caractère sacré très analogue à celui du mariage chrétien. Ihie mystique et une sorte de doctrine métaphysique servent de fondement è cette cérémonie et légalisent, en quelque façon, l’union des époux. Les voici eu peu de mots : Açjni, feu divin qui anime tous les êtres vivants, procède du soma qui, versé sur lui dans l’acte religieux du sacrifice, lui donne la force et développe son corps glorieux, auparavant in\i.sible. Celui qui donne tous les biens et qui les possède, Viçwdvasii, que ce soit le Soleil ou un autre Aditya, est une forme intermédiaire qui procède de Sonia et dont Agni lui-même est une manifestation sensible. Enfin, sous une forme Individuelle et diu'able, le feu divin de la vie se localise et se produit dans l’bomme, que l’antiquité aryenne désigne par le nom de Manu. Or, c’est une loi universelle de la nature, loi de bonne heure aperçue par nos aïeux, que la distinction des sexes est la condition de la génération des êtres. Ils séparèrent donc, dans leur doctrine sacrée, le principe masculin et le principe féminin, mettant dans le premier le germe vivant, qui n’était autre chose qu’Agni, et regardant l’autre comme une matrice tians laquelle ce germe est appelé à prendre sa nourriture et son développement. Le principe féminin s’unit successivement aux quatre formes que le Feu divin peut réunir, Soma, Viçwàvasu, Agni, Manu. De là cette figure où l’hymne nous représente la jeune fille comme éjiousant tour à tour ces quatre êtres symboliques, qui se la transmettent 1 un à l’antre; c’est seulement en épousant le ilernier qu’elle devient mère des hommes.. »

D’api'ès Burnouf, soma vient de sù qui signifie engendrer et d’où dérivent également sùnu, sohn et ù’.oç, ; « de sorte ([ue la li([ueur du sacrifice peut aussi être regardée comme le .symbole du liquide où se transmet, du père à la mère, le germe vivant dont celle-ci reçoit le dépôt, fje mystère contenu dans la céré-

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