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CHAPITRE V

Ni les Grecs, ni les Romains, ni les Celtes, ni les Germains, n’ont eu de Livres sacrés L Les seuls ouvrages où il soit question de religion, chez ces peuples, ce sont les chants des poètes et les dissertations des philosophes.

l^a multiplicité des dieux, les caractères anthropomorphiques dont ils étaient revêtus, et la liberté avec laquelle chacun pouvait en parler puisqu’il n’y avait aucune théologie otïicielle, en Taisaient d’admirables sujets de poésie. Ceux-ci furent traités surtout par- les Grecs, dont le génie se prêtait beaucoup mieux que celui des Romains aux travaux d’imagination. Aussi Hésiode et Tlomère particulièrement peuvent-ils être considérés comme les créateurs de la mythologie aryenne occidentale, et leurs poèmes sont-ils les sources où l’on doit chercher la conception morale des anciens Aryens de l’occident.

Cette conception est, manifestement, celle de peuples encore barbares, chez lesquels se rencontre toujours un mélange de sentiments très tendres, très altruistes, et de pensées profondément égoïstes. Hommes et dieux s'y montrent, tour à tour, alfectueux comme on ne le fut jamais da-

I. Une tentative fut faite à Rome, dans le cours du ii® siècle avant notre ère, pour créer des livres sacrés analogues à ceux des Juifs et des Indiens. En i8i avant J. -G., on annonça « la découverte de la tombe et des écrits posthumes du roi Numa » et l’on en prit prétexte pour « l’établissement de rites religieux à la fois étranges et inouïs ; mais les croyants durent apprendre, à leur grand regret, que ces livres étaient de date fort récente ■ car le Sénat mit la main sur le trésor, et fit sommairement jeter au feu tous les manuscrits ». (Mommsen, Histoire romaine, III, p. 356.)

LA ^lORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

vaiitage à aucune époque, et d’une cruauté dont il nous est difficile aujourd’hui de nous l'aire une idée. Le droit du plus Fort paraît être le seul qu’ils connaissent ; Hésiode le dit en un apologue dont la forme charmante ne fait que souligner la morale profondément égoïste et brutale : « Le rossignol chanteur, emporté jusqu’aux nues dans les grilhes de l’épervier, gémissait, hélas ! déchiré par les ongles crochus ; l’épervier lui fit cette dure réponse ; Malheureux, que sert la plainte ? Tu es tenu par plus fort que toi ! Tu vas où je t’emporte, tout chanteur (aoidos) que tu sois ; je te mangerai s’il me plaît, je te lâcherai si je veux. Insensé qui récrimine contre les puissants ; aux hontes de la défaite, il ajoute l’amertume des douleurs*. » Humbles et soumis devant la force, ils sont arrogants et brutaux à l’égard des faibles. La majeure portion de leur vie se passe dans les batailles et les orgies ; ils se vautrent dans le sang avec rage ; ils s’épuisent avec volupté dans les bras des captives arrachées à leurs ennemis et qu’ils se disputent cyniquement ; ils s’enlèvent leurs femmes et leurs filles; ils se trompent et mentent à l’envi; et les dieux, à ces divers égards, ne diffèrent en aucune manière des hommes à l’image desquels ils furent imaginés par le peuple et chantés par les poètes.

Néanmoins, en dépit de leurs brutalités, ils se montrent plutôt enfants terribles qu’hommes vicieux, et il n’est pas rare de leur voir manifester les sentiments les plus tendres, accomplir des actes de la plus haute moralité. « Les relations familiales sont fortes et douces. On n’y sent rien de pareil à cette raideur, à eette contrainte qui régnent dans la famille romaine » ; ni, ajouterai-je, à l’hypocrite austérité de la famille lévitique ou pharisienne. « Le père et la mère ne sont pas seulement révérés, ils sont chéris par leurs enfants... Comme elle éclate cette tendresse dans les sentiments des lils de la reine Hékabè, dans les entretiens d’Achille avec la divine Thétis, et dans cette scène fameuse où Ulysse reconnaît le fantôme de sa mère Anticlée... L’amour des mères nous n’en parlerons pas. H n’a jamais

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