‹ La morale des religionsChapitre 89 sur 380 · Ibid., p. aaS et suiv · texte numérisé non relu

Ibid., p. aaS et suiv

2. Cela est vrai, si l’on prend le mot esclave dans le sens qu’il a de nos jours ; c’est Inexact, si l’on envisage que chez les anciens est esclave, en fait, tout homme qui ne jouit pas de la pleine autorité sociale, (|ul n’est pas ii proprement parler un citoyen, un membre libre de la cité, exerçant une part plus ou moins grande de pouvoir politique.

LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

lions de confiance et ne songent pas à les quitter. Les souvenirs amers, cependant, ne leur manqueraient pas. Les uns, enlevés lout enfants dans leurs villes saccagées, les autres capturés et échangés contre un bœuf ou une mesure de grain par des pirates sidoniens, cariens ou grecs, se rappellent encore parfois leur jeunesse prospère, leurs parents massacrés, leurs patries qu’ils croient lointaines ; mais ils ne songent guère à la fuite. La servitude ne leur pèse pas... Voyez cette vieille femme aux yeux actifs, qui surveille le service, fait placer le pain dans les corbeilles, la vénérable et courtoise, économe Euryclée, que jadis le héros Laërtès acheta de ses propres richesses. Avec quel soin elle garde les provisions, l’huile, le vin, la farine, dans les profonds celliers du palais ! Comme elle distribue les tâehes avec zèle I De quelle sollicitude elle entoure et Pénélope, et Télémaque qu’elle a élevé, le fils d’Ulysse qu’elle a nourri ! Quels vœux elle forme pour le retour du héros ! et lorsqu’en lui lavant les pieds elle le reconnaît à une cicatrice qu’elle a vue tant de fois, il y a vingt ans, avec quel amour elle lui prend le menton, l’embrasse ; avec quel courage elle relient l’exclamation qui va lui échapper : (( O mon fds ! ne sais-tu pas que ma constance est inébranlable, inflexible Je garderai ton secret aussi sûrement que la pierre ou le fer. )) Un autre type du dévouement domestique, c’est le royal porcher, le divin Eumée, qui, chaque jour, se lamente en son àme de conduire aux prétendants les plus gras animaux de son maître absent... « Ah! comme elle fuirait, cette bande de loups, à l’aspect du héros ! » Et pendant qu’il offre l’hospitalité à Ulysse lui-même qu’il ne reconnaît pas, qu’il prend pour un mendiant, il lui dit son attachement à ce maître affectionné qui « peut-être a nourri les poissons ou laissé ses os blanchir sur quelque roche déserte, ou bien erre, accablé d’années, couvert de haillons, pareil à l’hote que Zeus vient de lui envoyer. Mais le jour de la vengeance est venu, Ulysse se fait reconnaître d’Eumée et du loyal bouvier Philétios. C’est avec Télémaque, toute son armée. Alors les deux braves fondent en larmes, ils serrent le héros dans leurs bras. Ils embrassent ses épaules.

ses lèvres, son visage, et se placent en armes à ses côtés. Ces dévouements que le poète a groupés autour d’Ulysse n’ont rien d’exceptionnel. Ils existent, et on les entrevoit, autour de Nestor, de Ménélas, d’Alkinoos. Partout, on retrouve la prudente économe pleine de grâce, et les pâtres soucieux de leurs troupeaux, et les maîtres d’hôtel, les serviteurs assidus à leur tâche. En général, on ne voit nulle part la contrainte et l’envie. . . Leroi n’en savait guère plus que l’artisan sur la terre et le ciel ; l’artisan n’était pas plus habile que le roi à fendre un arbre, à façonner un meuble, à tuer, à dépecei-, à rôtir un animal. La langue était la même pour tous et n’exprimait que des idées simples... Les palais d’Ithaque, de Pylos, de Sparte, nous montrent dans toute sa naïveté la vie intime des puissants. Malgré les plaques de métal clouées aux parois, malgré l’étalage d’escabeaux incrustés, de vases en or, en argent, en airain, de riches étoffes ou de toisons moelleuses, jetées sur les sièges de bois, appendues aux piliers ou aux colonnes frustes de la grande salle ou des péristyles, c'était une existence peu somptueuse et peu compliquée... Les reines filaient, tissaient, teignaient et brodaient les vêtements de leurs époux et de leurs enfants; les princesses, filles de Priam et d’Alkinoos, lavaient le linge dans des lavoirs de pierre ou au bord de quelque fontaine : les rois cultivaient leur jardin, fabriquaient leurs sièges et leurs outils... Ulysse se construit lui-même son lit nuptial, dont un pied était fait d’un olivier simplement coupé à hauteur d’appui : il abat, il taille, il ajuste les arbres qui doivent former son radeau, tout aussi bien qu’un charpentier de profession... Si nous entrons sous le toit des humbles, nous y retrouvons, moins la richesse des ustensiles et des accessoires, les mêmes coutumes et la même nourriture. Cette simplicité patriarcale eut suffi à rapprocher les hommes '. a

La morale sociale était, en somme, dans la vie normale, non moins altruiste que la morale familiale, et il en était ainsi parce que, d’une part, la famille et la société ne se distin-

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