Chap. VII et viii. Voir aussi ibid., chap. xii, a
3. L'origine et la signification de la circoncision sont l'objet d'opinions diverses. Il nie paraît probable qu'elle fut d'abord adoptée par certaines tribus et, eu particulier, par celles des Israélites, comme un moyen de reconnaître les membres de la tribu. C'était probablement une pratique analogue A celle que l'on constate encore de nos jours chez les peuples qui mènent une vie plus ou moins errante et dont les individus ont intérêt h se faire reconnaître par tous leurs congénères. C'est dans ce but que certaines populations de l'Afrique, par exemple, tailladent la peau de leurs enfants soit sur la face, soit sur les bras. La circoncision n'eut, sans aucun doute, au début, pas d'autre signification. Les Livres sacrés lui conservent, en réalité, ce caractère, mais en y ajoutant une pensée religieuse : elle devra servir à reconnaître la postérité d'Abraham qui vient de se prosterner devant Dieu : « Puis, Dieu dit }\ Abraham : Mais toi, tu garderas mon alliance, toi et ta postérité après toi, d'âge en âge... C'est que tout mâle parmi vous sera circoncis. Et vous circoncirez votre chair, et ce sera un signe d'alliance entre moi et vous. A l'âge de huit jours, tout mâle sera circoncis parmi vous, dans vos générations, tant celui qui est né dans la maison que celui qui, acheté rt prix d'argent de quelque étranger que ce soit, n'est point de ta race ; on ne manquera pas de circoncire celui qui est né dans ta maison, et celui qui a été acheté de ton argent ; et mon alliance sera dans votre chair une alliance éternelle. L'incirconcis, le mâle, qui ne se circoncira pas dans sa chair, sera retranché d'entre tes peuples, il a violé mon alliance. » (Genèse, chap. xvii, 9-14.) Le caractère religieux donné à la circoncision est nettement indiqué dans ces lignes par l'ordre d'étendre cette pratique aux esclaves, même quand ils sont étrangers. L'israélite impose de la sorte sa religion ;\ ceux qu'il s'est soumis. En Egypte, les prêtres seuls, dit-on, se faisaient circoncire ; ils voyaient dans cette pratique une sorte de consécration i\ la divinité, un moyen de s'affirmer purs et saints. On en a conclu que les Hébreux en faisaient aussi un signe de sainteté qui, généralisé h tous les hommes, en faisait un peuple de saints. D'autres historiens ont voulu voir dans la circoncision une sorte de rachat du sacrifice des premiers-nés. Toutes ces
tune prendras point leurs filles pour tes fils, car elles détourneraient tes enfants de mon obéissance, et ils serviraient d'autres dieux, et la colère de l'Eternel s'allumerait contre vous, et il t'exterminerait promptement. Mais vous agirez ainsi à leur égard : Vous démolirez leurs autels, vous briserez leurs statues, vous abattrez leurs emblèmes d'Ashéra *
raisons ont pu être réunies â partir du moment où la circoncision est devenue une pratique essentiellement religieuse.
Sous le gouvernement de Josué, il fut procédé à une circoncision obligatoire de tous les Israélites. Le caractère en fut tout à fait religieux, mais on procéda au moyen d'instruments traditionnels, ceux dont faisaient usage, sans doute, les tribus pendant la phase nomade de leur existence : « En ce temps là, l'Eternel dit à Josué : Fais-toi des couteaux de pierre et circoncis de nouveau, pour la seconde fois, les enfants d'Israël. Josué .se fit donc des couteaux de pierre et circoncit les enfants d'Israël au couteau d'Araloth. Or, voici la raison pour laquelle Josué les circoncit : Tout le peuple sorti d'Egypte, les mâles, tous les gens de guerre, étaient morts en chemin, au désert, après être sortis d'Egypte... (le sont leurs enfants que Josué circoncit, parce qu'ils étaient incirconcis; car on ne les avait pas circoncis en chemin. Et lorsqu'on eut achevé de circoncire tout le peuple, ils restèrent à leur place dans le camp jusqu'à ce qu'ils fussent guéris. » (Josué, chap. v, 2-8). Lorsqu'ils s'étendirent dans l'Asie Mineure, les Israélites obligèrent souvent les peuples vaincus par eux à circoncire leurs enfants.
Au début du christianisme, la circoncision fut l'objet de très vives discussions entre les apôtres. Défendue par Jean, elle fut combattue avec énergie et succès par Paul. Ce qui fit, sans doute, que l'on y renonça, c'est qu'elle exposait les chrétiens à être reconnus, en un temps où il y avait tout intérêt à ce qu'ils pussent dissimuler leur adhésion à la nouvelle religion. Il existait à Rome des lois soumettant les Juifs à un impôt de capitation ; pour le faire payer, on eut, à diverses époques, recours aux visites corporelles : tout circoncis était soumis à la taxe. En écartant la circoncision de leurs rites, les chrétiens d'origine israélite échappaient à la fois aux visites et à l'impôt. Quant aux Romains, il leur était interdit de se faire circoncire, sous peine d'exil perpétuel et de spoliation de tous leurs biens. Ils s'exposaient à la liiême peine s'ils permettaient à leurs esclaves de se faire circoncire. L n juif qui obligeait ses esclaves non juifs à se faire circoncire était puni de mort. La loi respectait la religion du juif, mais elle lui interdisait de faire du prosélytisme.
En présence de ces diverses mesures, le chiislianisme fut nécessairement amené à renoncer à la circoncision. Il la remplaça par le baptême, qui offrait l'avantage de ne pas laisser de trace.
I. Les ashera étaient des emblèmes se rapportant au culte de la génération alors très répandu dans toute l'Asie. Les Israélites les conservèrent au moins jusqu'à la réforme de Josias (vers G20 av. J.-C). Les autels d'Iahvé lui-même
étaient pourvus des emblèmes de cet ancien culte. Au sommet des collines
que la Bible appelle les « hauts lieux » — l'autel d'Iahvé était représenté par une pierre plate. Devant elle étaient dressés : d'un côté, une stèle en pierre ayant une forme phallique plus ou moins prononcée et désignée sous le nom de malsébah ; de l'autre, un ashera, tronc d'arbre sur l'une des faces duquel une large fente ovale représentait l'organe sexuel femelle. A côté de l'autel où se faisaient les sacrifices, était une tente ou une maisonnette dans laquelle le prêtre consultait lahvé pour les fidèles. C'était le sanctuaire ou tabernacle ; c'est là qu'habitait lahvé, dont les formes furent, on le sait, extrêmement va-
LA MORALE DES LIVRES SACRÉS DU JUDAÏSME
et VOUS brûlerez au feu leurs images taillées. Car tu es un peuple consacré à l'Éternel, ton Dieu ; l'Éternel, ton Dieu, t'a clioisi afin que tu lui sois un peuple particulier, d'entre tous les peuples qui sont sur la surface de la terre... Tu détruiras donc tous les peuples que l'Étemel, ton Dieu, te livre ; ton œil sera pour eux sans pitié, et tu ne serviras point leurs dieux, car ce serait un piège pour toi... Que s'il arrive que tu oublies l'Éternel, ton Dieu, et que tu ailles apcès d'autres dieux, et que tu les serves, et que tu te prosternes devant eux, je vous le proteste aujourd'hui : certainement vous périrez ! vous périrez comme les nations que l'Eternel fait périr devant vous, parce que vous n'aurez point obéi à la voix de l'Éternel, votre Dieu. »
lahvé répète ces menaces au peuple entré en possession la terre promise : « Si vous transgressez l'alliance de de l'Eternel, votre Dieu, qu'il vous a commandé d'observer, si vous allez servir d'autres dieux et vous posterner devant eux, la colère de l'Éternel s'embrasera contre vous, et vous périrez promptement de ce bon pays qu'il vous a donné '. » Dans l'assemblée tenue à Sichem, Josué rappelle encore au peuple ses devoirs envers son Dieu, et, mettant en doute sa fidélité, il lui dit: « Vous ne pourrez servir l'Eternel, car c'est un Dieu saint, c'est un Dieu jaloux ; il ne pardonnera point vos transgressions et vos péchés; quand vous abandonnerez l'Éternel et que vous servirez des
rii^es : ici une simple pierre, là un jeune lauieiui, ailleurs un serpent d'airain, etc. Dans les villes, le sanctuaire prenait l'importance d'une sorte de temple formé d'un tabernacle, devant lequel était l'autel des Siicrifices avec ses deux colonnes de la {fénération. Tabernacle et autel étaient au Fond d'une cour limitée par un mur d'enceinte et autour de laquelle étaient « des chambres de courtisanes sacrées et de mignons, et la prostitution masculine, aussi bien que la prostitution Féminine, fit partie du culte d'Iahveh ». (Voy. Dc- JARDiN, Les origines du judaïsme, in Revue des Idées, i5 avril IQO^.) D'autres auteurs attribuent ces pratiques, non au culte d'Iahvémais à celui des divinités cananéennes et phéniciennes d'où elles seraient passées dans celui d'Iahvé(voy. plus bas, p. i5, note a). Les deux colonnes en bois, en marbre, en cuivre ou en jaspe que l'on voyait dans les temples de Tyr, et les célèbres colonnes du temple de Salomon avaient, sans doute, la même signification symbolique que la matséba et l'ashera des hauts lieux d'Israël, quoique leur forme fût plus simple, moins représentative, moins naturiste. L'une des colonnes était appelée Yakin, c'est-à-dire « il Fonde », l'autre Booz, ou « en lui est la force ». I. Josué, chap. xxiii, i6.
dieux étrangers, il se retournera et vous fera du mal, et vous consumera après vous avoir fait du bien. Alors le peuple dit à Josué : non ! car nous servirons l'Eternel '. »
Le culte d'iahvé considéré comme le Dieu unique, omnipotent, universel, doit être le seul culte de l'humanité ; ses fidèles s'attribuent la mission de détruire tous les autres dieux et tous les autres cultes.
Conformément aux prescriptions rappelées plus haut et qui étaient sans cesse rappelées par les prêtres, Asa et Joséphat, qui succédèrent à Salomon, firent une guerre incessante aux cultes étrangers jusque dans leur propre famille. Asa destitue sa grand'mère Mahaka du rang suprême qu'elle occupait, pour la punir de conserver dans sa maison des téraphim en bois à ornements phalliques, qu'il fait brûler dans l'impure vallée du Cédron. Un siècle plus tard (en 8Go), Jéhu ne se contente plus de brûler des idoles, il fait massacrer, à Samarie, dans le temple de Baal, tous les adorateurs de ce dieu qu'il avait eu soin d'y convoquer luimême comme pour une fête ; puis il fait brûler les idoles et détruire le temple, sur les ruines duquel il édifie des latrines publiques.
Plus lard encore, Josias ne se contente pas de faire disparaître tous les temples, autels, idoles, et autres manifestations cultuelles, mais encore il interdit que lahvé lui-même soit adoré ailleurs que dans le temple de Jérusalem, autour duquel tous les prêtres du pays se groupèrent. (( Josias ôta donc, de tous les pays appartenant aux enfants d'Israël, toutes les abominations ; et il obligea tous ceux qui se trouvaient en Israël à servir l'Éternel, leur Dieu". » Le