‹ La morale des religions [microform]Chapitre 102 sur 340 · Ibid., V · texte numérisé non relu

Ibid., V

LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

L*interdiction de se remarier, faite aux femmes par la Loi de Manou, peut être rangée parmi les causes principales de l'immoralité qui règne dans le peuple indien, surtout au sein des castes inférieures. Comme la coutume est de marier les garçons et les filles dès le plus bas âge, parfois dès la naissance, il se trouve qu'un très grand nombre de filles sont veuves avant même d'avoir eu aucune relation avec leurs maris ; elles n'en sont pas moins contraintes de rester veuves et de porter pendant toute leur vie le costume blanc des veuves. Il est à peine besoin de dire que leur veuvage religieux ne les met pas à l'abri des tentations de la chair ou de la sollicitation des débauchés. Le veuvage devient donc forcément un vaste collège de prostitution ou de relations clandestines, avec toutes leurs détestables conséquences sociales.

L'esprit de domination inhérent au sexe mâle se montre mieux encore dans les articles suivants: « Quoique la conduite de son époux soit blâmable, bien qu'il se livre à d'autres amours et soit dépourvu de bonnes qualités, une femme vertueuse doit constamment le révérer comme un Dieu' », même après sa mort, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Par contre, tout Brahmane qui perd sa femme doit la brûler avec les feux consacrés et avec les ustensiles du sacrifice, après quoi, « il contracte un nouveau mariage et allume une seconde fois le feu nuptial. — Qu'il ne cesse jamais de faire les cinq grandes oblations suivant les règles prescrites ; et après avoir fait choix d'une épouse, qu'il demeure dans sa maison pendant la seconde période de son existence ^ » 11 esta peine utile de noter que ces prescriptions s'adressent non seulement aux maris que leur femme laisse sans enfants et qui invoqueraient pour se remarier la nécessité d'avoir des héritiers capables de leur faire les sacrifices, mais encore aux maris qui ont des fils. Tout homme qui perd sa femme doit en prendre une autre ; toute femme qui perd son mari doit, au contraire, rester chaste jusqu'à sa mort.

Page 1