fhid., XI
LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
voici : « Tout ce que peuvent accomplir les actions, les pénitences, la connaissance de la divinité, la suppression des passions, les méditations abstraites, la charité, la vertu et toutes les choses excellentes, est accompH par la seule fol en mol. Le paradis, le ciel, la suprême béatitude, l'union avec la divinité suprême, tout désir du cœur peut être obtenu par la foi en moi '. » Puisque croire dispense d'agir, le croyant se renfermera dans la contemplation et le rêve s'il est intelligent, dans le fakirisme le plus ridicule, s'il est ignorant. Quant à ceux qui seront obligés de travailler pour vivre, ils vivront le moins possible, afm de réduire le plus possible la quantité de travail à faire.
La religion s'est ajoutée au cUmat énervant de l'Inde pour amener le peuple à une inertie relative, dans laquelle il dégénère petit à petit, depuis des milliers d'années. Je crois même qu'on ne sortirait pas des limites de la vérité, en admettant que si la religion a tourné au nihilisme impuissant dont toute sa doctrine est imprégnée, c'est que la nature du miheu dans lequel son évolution s'est faite ne lui permettait pas de s'orienter vers l'activité. La morale du brahmanisme est restée ascétique et égoïste. parce que l'altruisme exige une activité incompatible avec la chaleur et l'insalubrité de la majeure partie du pays. La Loi sacrée de Manou se montrait un produit du sol indien, quand elle traçait cette règle générale de conduite : « L'homme qui entend, qui touche, qui voit, qui mange, qui sent des choses qui peuvent lui plaire ou lui répugner sans éprouver ni joie ni tristesse, doit être reconnu comme ayant dompté ses organes -. » Celui-là est un homme parfait ; les dieux le récompenseront d'autant plus généreusement qu'il aura concentré toute sa vie sur la divinité. « Cet homme saint qui se tient immobile, comme s'il était élevé sur un pinacle (ou comme un pic de montagne), dont les appétits et les organes sont subjugués, qui est saturé de connaissances séculières et
I. Voyez: Laoueivan, loc. cit., II, p. 3oo. a. Lois de Manou, livre II, 98.
sacrées ; pour lequel tout est égal, un morceau de terre, une pierre, un morceau d'or, les amis, les parents, les connaissances, les indifférents et les ennemis, le bon et le mauvais ; cet homme est dit uni avec Dieu... Comme une tortue rentre sa tête et ses pieds sous sa carapace, ainsi doit-il tenir ses organes à l'écart des objets sensuels... Sans repos, il n'y a point de félicité... Le repos est l'état de l'Etre suprême: celui qui. par une méditation intense, unit son âme à l'Etre suprême, ressemble à une flamme qui ne voltige point lorsqu'elle est à l'abri du vent '. » Voici d'après les Lois de Manou le devoir principal d'un Brahmane : « Que le Brahmane récite en temps convenable, avec la plus grande exactitude, la partie du Véda qu'il doit répéter tous les jours et qui se compose du monosyllabe Aum, des trois mots B/iour, Bouvah, Swas, et de la Savitri : ce devoir a été déclaré par les Sages le principal ; tout autre devoir est (lit secondaire '. » La récompense la plus grande qu'un homme puisse obtenir après la mort, c'est la fusion avec l'Etre suprême, dans le repos absolu.
Quant aux hommes qui auront commis des fautes, ils seront punis d'abord par un séjour dans les enfers, et, ensuite, parla transmigration de leurs Ames dans des individus de diverses castes, malades ou infirmes, ou dans différents animaux : a Pour les crimes commis dans cette vie ou pour les fautes d'une existence précédente, dit la Loi de Manou, quelques hommes au cœur pervers sont affligés de certaines maladies ou dilTormités. — Celui qui a volé de l'or à un Brahmane a une maladie des ongles ; le buveur de liqueurs spiritueuses défendues, les dents noires : le meurtrier d'un Brahmane est affligé de consomption pulmonaire : l'homme qui a souillé le lit de sou maître spirituel est privé xle prépuce. — Celui qui se plaît à divulguer les mauvaises aclionsa une odeur fétide du nez ; lecalomniateur, une haleine empestée ; le voleur de grain, un membre de moins ; le faiseur de mélanges, un membre de trop. —
a. Bhagaval'Gila. poème inséré dans le Bhishmo-I*arva du Maiiahliarata, cité par Laouenan, lor. cil., II, p. -o. 3. Lois dv Manou, livre IV, 147.
218 LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
Celui qui a volé du grain apprêté est afïligé de dyspepsie ; le voleur de doctrine sacrée, c esl-à-dire celui qui étudie sans en avoir l'autorisation, est muet ; le voleur de vêlements a la lèpre blanche, le voleur de chevaux est boiteux. — De cette manière, suivant la dilléience des actions,^ naissent des hommes méprisés par les gens de bien, idiots, muets, aveugles, sourds et difformes. — En conséquence, il faut toujours faire pénitence afm de se purifier, car ceux qui n'auront pas expié leurs péchés renaîtront avec ces marques ignominieuses'. » Tout enfant (fui naît avec une lare physique doit, dans celle conception, être considéré comme contenant lame de quelque individu qui. dans une vie antérieure, s'est mal conduit. Les fautes plus graves entraînent la transmigration dans le corps d'un animal. « Apprenez maintenant, ht-on dans la Loi de Manon", complètement et par ordre, par quelles actions commises ici-bas. l'àme doit, en ce monde, entrer dans tel ou tel corps. — Après avoir passé de nombreuses séries d'années dans les terribles demeures infernales, les grands criminels sont condamnés aux transmigrations suivantes pour achever d'expier leur faute : — le meurtrier d'un Brahmane passe dans le corps d'un sanglier, d'un chien, d'un ane. d'un chameau, d'un taureau, d'un bouc, d'un bélier, d'une bêle sauvage, d'un oiseau, d'un Tchandàla (paria) et d'un Puccasa (race mêlée) suivant la gravité du crime. — Que le Brahmane (jui boit des liqueurs spiritueuses renaisse sous la forme d'un ver. d'un insecte, d'une sauterelle, d'un oiseau se nourrissant d'excréments et d'un animal féroce. » On ne peut manquer dêlre frappé du rapprochement que le Code sacré établit enlrc le Brahmane qui a bu des liqueurs spiritueuses el l'homme qui assassine un Brahmane, c'est-à-dire qui commet le plus abominable des crimes. C'est la violation d'un précepte purement rituel assimilée au crime. On Irouve des traits analogues dans toutes les religi(ms dont la morale a été réglée par une classe sacerdotale. Voici, dans la Loi de Manou,