‹ La morale des religions [microform]Chapitre 274 sur 340 · I. In Marc-Aurhle, p · texte numérisé non relu

I. In Marc-Aurhle, p

a. Voy. : Ernest Renan, Les Evangiles, p. Sa 5.

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LA MORAÎE nr CHRISTIANISME

Rome ; elle fut donc pratiquée de la même façon que la libéralité romaine. C'est un fait d'évolution historique auquel il ne paraît pas que l'on ait encore prêté l'attention dont il est digne.

On se plaît à répéter, depuis qu'il y a des apologistes du christianisme, que la charité est une vertu essentiellement chrétienne et qui était inconnue dans les sociétés païennes. Rien n'est plus inexact. En Grèce comme à I\ome, et même dans toutes les sociétés primitives, l'assistance aux pauvres a toujours été pratiquée par les particuliers. Mais, dans les sociétés grecques et romaines on sait qu'une conception particulière dominait les relations des hommes libres entre eux. Ceux-ci étant considérés comme ne pouvant se livrer à un travail rétribué sans se déshonorer aux veux de leurs" concitoyens, la société s'imposait le devoir de nourrir tous ceux d'entre eux qui étaient dans la misère. On leur faisait des distributions de vivres: on leur offrait des spectacles pour ajouter quelques distractions ti la nourriture qui leur était gratuitement fournie. A Rome, les gens riches ajoutaient leurs générosités particulières à celles de l'Etat, et chaque famille avait sa chentèle de pauvres. Ces libérahtés particulières n'étaient, d'ailleurs, pas plus désintéressées que celles de la cité. Celle-ci. en subvenant aux besoins et même aux plaisirs de la plèbe, se mettait à l'abri des insurrections. Quant aux familles riches, elles trouvaient dans leur clientèle de pauvres, des serviteurs toujours prêts à les aider dans leurs ambitions.

Lorsque Jules César, après son coup d'État, limita le nombre des plébéiens qui, désormais, auraient droit aux distributions gratuites de vivres, c'est sur les jiarticuliers que retomba une partie de la charge dont la cité se trouvait débarrassée. Il ajoutait un impôt nouveau à ceux que payaient déjà les gens riches et il le faisait non sans intention politique, car il appauvrissait l'aristocratie sans diminuer la popularité dont il jouissait parmi les pauvres. Ceux-ci, en effet, purent se montrer beaucoup plus exigeants envers les particuhers qu'ils n'osaient l'être à l'égard des autorités pubhques. D'un autre côté, le pouvoir du dicta-

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leur était considérablement accru, car ce furent ses agents qui établirent la liste des nécessiteux entretenus par la cité. Au moment de la réforme, le nombre des plébéiens pauvres qui, en vertu de la vieille loi Sempronia, étaient nourris gratliitement par la cité, s'élevait à 820000. César le réduisit à i5oooo, et décida que les morts et autres manquants seraient remplacés par les pétionnaires les plus besoigneux. Ceux-ci étaient choisis par ses agents. Une énorme clientèle lui était ainsi assurée. De plus, il a eu aux yeux de l'histoire l'honneur d'avoir créé la première institution d'assistance générale qui ait fonctionné dans la société romaine.

C'est cette organisation que trouva le christianisme quand il pénétra jusqu'au cœur de la plèbe de Rome. Il se contenta de l'adapter aux besoins de sa propagande, en se substituant à l'État dans toutes les œuvres d'assistance créées par les Antonins. On sait en quelle piteuse condition la Révolution se trouva.

Les premières églises qui se formèrent, celle de Jérusalem en particulier, avaient des tendances nettement communistes. Elles n'étaient formées que de gens obhgés de travailler pour vivre, mais qui mettaient en commun leurs faibles revenus, dans le but de pouvoir consacrer plus de temps aux prières, aux actes cultuels, aux réunions 011 l'on discutait les croyances nouvelles, comme on le faisait dans les synagogues juives pour les Livres de la Loi. L'idéal de ces petites sociétés était une vie purement religieuse et d'où toutes les préoccupations matérielles auraient été écartées. On y condamnait, en principe, le travail rétribué, comme le faisaient les sociétés grecque et romaine, mais on était obligé de le tolérer, dans la pratique, chez les adeptes de la nouvelle religion, parce que tous étaient des esclaves, des affranchis ou des artisans n'ayant pas d'autres ressources que leurs salaires. Au ii" siècle, le rêve de la plupart des chrétiens était encore celui de la vie hbre, contemplative et dégagée de tout souci matériel, à laquelle Jésus faisait allusion sur la montagne lorsqu'il disait : « Nul ne peut servir deux maîtres... Vous ne pouvez servir Diçu et Mammon.

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LA MORALE m^ CHRISTIANISME

C'est pourquoi je vous dis : ne soyez point en souci de votre vie, de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez; ni pour votre corps de quoi vous serez vêtus... Regardez les oiseaux de l'air ; car ils ne sèment ni ne moissonnent, ni n'amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit... Apprenez comment les lis des champs croissent ; ils ne travaillent ni ne filent. Cependant, je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a point été vêtu comme l'un d'eux... Ne soyez-donc point en souci, disant: que mangerons nous .^ que boirons-nous.^ ou de quoi serons-nous vêtus ? Car, ce sont les païens qui recherchent toutes ces choses ; et votre Père céleste sait que vous avez besoin de toutes ces choses-là. Mais cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus \ » Tertullien disait, au ii* siècle, alors que les riches étaient encore peu nombreux dans les communautés chrétiennes : « Le mariage et le commerce sont les deux vices du siècle » ; et, pour détourner les chrétiens du commerce, il le soumettait à deux conditions qui, réunies et vigoureusement appliquées, le rendraient à peu près impraticable : l'interdiction du prêt à intérêt et la suppression des échéances régulières.

Cependant, la nécessité dominait les doctrines et Ton dût s'incliner devant celle du travail rétribué, le seul dont vivaient la plupart des chrétiens d'alors : mais on donna une extension aussi grande que possible à la pratique des aumônes afin de favoriser la vie contemplative. 11 dut même y avoir tout de suite de très grands abus, car certains écrits rehgieux du temps recommandent aux communautés de n'hospitaliser les voyageurs que pendant deux ou trois jours ; s'ils veulent rester plus longtemps et qu'ils aient un métier, on doit les inviter à l'exercer ou leur donner quelque occupation utile à l'Eghse.

Dès que le christianisme eut acquis assez d'importance pour que les gens riches soUicitassenl d'y entrer, on eut

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