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CHAPITRE IV

^ Ce n'est pas seulement la charité que le Koran préconise, c'est une sorte d'assistance toute fraternelle et qui s'étend à tous les membres de la société : « Il est permis" à l'aveugle, au malade, aux boiteux et à vous (c'est-à-dire à , tout le monde) de manger dans la maison de vos enfants, dans celle de vos pères, de vos mères, de vos sœurs, de vos oncles, de vos tantes, de vos pupilles et 'de vos amis, ensemble ou séparément. ~ Saluez-vous mutuellement, souhaitez-vous les bénédictions du ciel lorsque vous entrez dans une maison. Dieu vous explique sa doctrine afin que vous compreniez'. » Constamment le Koran confond les

1. Aoran. chap. xx,v, 60-61. La philosophie chinoise seule a poussé plus loin que le Koran le souc. de ce que l'on appelait justement au xvi.e siècle la civimé Ainsi que 1 a justement fait remarquer Montesquieu (Esprit des Lois, livre XIX chap XVI xv.i). La civilité fut recommandée plus qu^ toute autre chose par les philosophes chinois, parce qu'ils avaient « pour principal objet de faire vivre leur peuple tranquille ». Afin d'atteindre ce but, « ils voulurent que les hommes se respectassent beaucoup; que chacun sentît à tous les instants qu'il devait beaucoup aux autres; qu'il n'y avait point de citoyen qui ne dépendît à quelque égard d'un autre citoyen. Ils donnèrent donc aux règles de la civilité a plus grande étendue. Ainsi chez les peuples chinois on vit les i;ens des villages observer entre eux des cérémonies comme les gens d'une condition relevée ; moyen très propre à inspirer la douceur, à maintenir parmi le peuple la paix et le bon ordre et à oter tous les vices qui viennent d'un esprit dur. En effet

Lf^^ r ."' IT-V" r''''^' "'"^'-"^ ^'^ ^''^■*^''" '^ "•'>^^" ^« "lettré ftes défauts plus à I aise ?» Aucune personne ayant su voir la Chine ne contredira au jugement porté par Montesquieu. Le fondement de la morale sociale des Uiinois et des Annamites, c'est, sans contredit, la civilité, c'est-à-dire I habitude que I on fait contracter aux enfants de toutes les classes, dès le plus bas âge de traiter tous leurs semblables avec douceur et politesse, d^ se montrer déférents envers tous les vieillards et même envers tous leurs aînés de ne se point

ZrT*^ Z^^i ' !l^}'V^^'^ ^" "" •"«'' ^«"« les hommes comme chacun désire être traité. La civilité, étant pratiquée par tous, maintient la paix sociale, car

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parents et les autres membres de la société quand il recommande l'assistance : «Exercez la bienfaisance envers vos pères, les orphelins, les pauvres et ceux qui vous sont liés par le sang ; exercez -la envers les étrangers, vos compagons d'armes, les voyageurs et les esclaves. Le Tout- Puissant hait l'homme dur et orgueilleux. » Il hait aussi les avares : (( Les avares voudraient établir l'avarice parmi les hommes. Ils cachent les richesses dont le ciel les a coniblés. Ils subiront avec les infidèles un supplice ignominieux. » Il n'aime pas ceux qui sont généreux par orgueil: (( Ceux qui font l'aumône par ostentation, et qui n'ont point la foi seront les compagnons du diable. Infortunés compagnons ' ! » Le Koran confond volontiers l'humanité et l'assistance, comme pour bien montrer la très large expansion que le croyant doit donner à sa bienfaisance : (( L'humanité dans les paroles et les actions est préférable à l'aumône que suit l'injustice. Dieu est riche et clément. — O croyants ! faites l'aumône des biens que vous avez acquis, et des productions que nous faisons sortir de la terre : ne choisissez pas ce que vous avez de plus mauvais

tout homme incivil est mis à l'Index de la société, tout homme qui se livre aux excès de la colère est considéré comme un fou.

Quelques lignes sur ces sujets, empruntées aux philosophes chinois ne seront pas déplacées ici : « Tseu-Koung dit : ce que je ne désire pas que les hommes me fassent, je désire également ne pas le faire aux autres hommes. -- l.elui dont le cœur est droit et qui porte aux autres les mêmes sentiments qu il a pour soi-même, ne s'écarte pas de la loi morale du devoir prescrite aux hommes par leur nature rationnelle ; il ne fait pas aux autres ce qu'il désire qui ne soit pas fait à lui-même. — Si l'on fait tous ses efforts pour agir envers les autres comme on voudrait les voir agir envers soi, rien ne fait plus approcher de l'humanité, lorsqu'on la cherche, que cette conduite. — Avoir assez d empire sur soi-même pour juger des autres par comparaison avec soi, et agir envers eux comme nous voudrions que l'on agisse envers nous-mêmes, c'est ce que l'on peut appeler la doctrine de l'humanité. Il n'y a rien au delà. — La piété filiale, la déférence fraternelle, ne sont-elles pas le principe fondamental de l'humanité ou de la bienveillance universelle parmi les hommes ? — Koung- Tseu dit : il faut que les enfants aient de la piété familiale dans la maison paternelle et de la déférence fraternelle au dehors. Il fout qu'ils soient attentift dans leurs actions, sincères et vrais dans leurs paroles envers tous les hommes qu'ils doivent aimer de toute la force et l'étendue de leur affection, en s attachant particulièrement aux personnes vertueuses. Et si, après s'être bien acquittés de leurs devoirs, ils ont encore des forces de reste, ils doivent s appliquer à orner leur esprit par l'étude et à acquérir des connaissances et des talents. » (Voyez de L vnessan, La morale des philosophes chinois, p. OD, 0», etc.; I. Ib'id., chap. IV, 40-^2.

pour le donner. — N'offrez point ce que vous ne voudriez pas recevoir à moins que ce ne fût l'effet d une convention. — Faites l'aumône le jour, la nuit, en secret, en public, vous en recevrez le prix des mains de l'Éternel. — Ils t'interrogeront sur le bien qu'ils doiventfaire; réponds-leur : secourez vos enfants, vos proches, les orphelins, les pauvres et les voyageurs : le bien que vous ferez sera connu du Tout-Puissant'. »

C'est par application de ces préceptes que la dîme ou (( Dekat » a été introduite dans toutes les sociétés musulmanes. Très différente de celle qui a existé dans la plupart des sociétés chrétiennes et qui était prélevée au profit du corps sacerdotal, la dîme musulmane est destinée à peu près entièrement aux œuvres de bienfaisance. C'est une contribution prélevée sur les revenus ou les capitaux des gens riches au profit des pauvres, des infirmes, des malades et autres individus incapables de travailler pour vivre. Elle a été, sans aucun doute, l'un des plus puissants moyens de propagande de l'islamisme. Il attirait à lui les pauvres en leur assurant des secours: il n'éloignait pas les riches parce qu'il hmitait les sacrifices au moyen desquels il leur était possible de supprimer ou d'atténuer l'envie que provoque toujours chez les misérables la vue des richesses. Ce système était, en principe et en fait, très supérieur à celui auquel le christianisme a donné le nom de charité ; il constitue un véritable devoir social, le devoir de la bienfaisance, tandis que la charité des chrétiens se résume en une vertu purement individuelle, dont la pratique est recommandée par l'Église, mais qui n'a rien d'une obhgation. Aussi la misère a-t-elle toujours été plus grande dans les sociétés chrétiennes que dans les sociétés musulmanes. La dîme obligatoire n'exclut pas, d'ailleurs, dans ces dernières, la charité volontaire. Celle-ci est pratiquée sur une vaste échelle par tous les musulmans. On peut même la considérer comme un des vices de l'islamisme, car elle a contribué, non moins que dans les so-

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