‹ La morale des religions [microform]Chapitre 40 sur 340 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le code moral des Hébreux leur étant présenté par le corps sacerdotal et le pouvoir politique associés ou même parfois confondus, comme étant l'œuvre de la Divinité ellemême, c'est nécessairement le Dieu d'Israël qui était indiqué comme devant récompenser les bons et punir les méchants. Mais comme, d'autre part, la croyance dans l'immortalité n'existait pas chez les Hébreux à l'époque oii furent publiés les codes moraux', c'est sur la terre (|uc Dieu devait punir et récompenser les hommes.

Si les anciens Israélites étaient hostiles à toute idée d'immortalité et à toute idée de fusion d'une partie quelconque de l'homme avec la divinité, c'était, sans nul doute, par respect pour celte dernière. Us la plaçaient si haut qu'ils considéraient comme une prétention irrespectueuse de hii

I. « (^ertiiiiieineiit, dit VEcclésinsU' (^c\\n\i. ix, i-O), j'ai appliqué mon oœur » tout cela pour IVciaircir, savoir, que les justes et les sabres, et leurs actions, sont dans la main de Dieu, et l'amour et la haine ; et que les liommes ne connaissent rien de tout ce qui est devant eux. Tout arrive également à tous : même accident pour le juste et pour le méchant, paur celui qui est bon et pur et pour celui qui est souillé, pour celui qui siicriKe et pour celui qui ne sacriKe point; il en est de l'homme de bien comme du pécheur, de celui qui jure comme de celui qui craint de jurer. Ceci est un mal dans tout ce qui se fait sous le soleil, qu'un même accident arrive à tous. Aussi le cœur des hommes est-il rempli de malice; la Folie est dans leur cœur pendant leur vie; après quoi, ils s'en vont chez les morts. Car il y a de l'espérance pour quiconque est encore associé h tous les vivants; et même un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort. Les vivants, en effet, savent qu'ils mourront, mais les morts ne savent rien ; il n'y a plus pour eux de récompense, car leur mémoire est mise en oubli. Aussi leur amour, leur haine, leur envie a déjii péri, et ils n'ont plus à jamais aucune part dans tout ce qui se fait sous le soleil. »

vouloir ressembler. L'homme immortel n'aurait-il pas été l'égal de Dieu.^ Us admettaient qu'au moment de la mort il s'opérait une sorte de dédoublement de l'être humain : le corps s'en retournait à la terre ; son ombre, son souille allait rejoindre les ancêtres dans un lieu vague, le schéol, où elle était oubliée de Dieu même. Tout cela, bien entendu, très imprécis. En réalité, l'individu finissait avec la vie terrestre. L'homme était un être passager, -n'ayant rien de commun avec l'être divin, immense et éternel, que l'on aurait injurié en hii donnant une figure humaine. Aussi était-il interdit de le représenter sous cette forme.

L'idée de l'immortalité ne pénétra que tardivement parmi les Israélites, probablement sous l'iniluence des Grecs. Elle se manifesta surtout à l'époque des persécutions d'Antiochus (170 av. J.-C.) et sous la forme d'une sorte de revanche de ces persécutions. Puisque les fidèles serviteurs de lalivé ne pouvaient pas se soustraire, dans ce monde, aux violences de ses ennoi!iis, lahvé les en récompenserait après leur mort. Il jugerait tous les hommes, il distribuerait des châtiments éternels à ses ennemis et des félicités non moins éternelles à ses amis. Dans quelles conditions tout cela se produirait-il:* Nul n'en savait rien et on laissait la question dans le vague des conceptions imaginaires. Aussi, l'idée ne fut-elle pas acceptée par tout le monde. La plupart des Israélites les plus pieux restèrent fidèles aux doctrines anciennes et la masse contiima de penser que Dieu récompensait et punissait, sur cette terre même, les bonnes et les mauvaises actions. Un petit nombre seulement, dont Jésus devait plus tard être le porte-parole, crurent à un royaume des cieux où iraient les serviteurs du Dieu d'Israël, tandis que ses contempteurs et ses ennemis subiraient quelque part, dans un enfer inconnu, des tourments éternels.

Dieu ne disposait donc pour récompenser les bons et punir les méchants, que des biens terrestres dont l'homme est capable de jouir et des maux qui lui peuvent être infligés par ses semblables ou par le miheu cosmique dans lequel il vit. Une longue vie, des femmes nombreuses et belles,

LA MORALE DES LIVRES SACRÉS DU JUDAÏSME

des enfants en quantité, surtout des mâles, des troupeaux de moutons et de bœufs florissants, des récoltes abondantes, telles sont les récompenses que le serviteur fidèle d'Iahvé attend de la justice de son Dieu. Par contre, le méchant mourra de bonne heure, il sera la proie de femmes acariâtres et infidèles, il n'aura pas d*enfantsou les verra promptement mourir sous ses yeux, ses vignes et ses oliviers ne lui donneront que peu de fruits, ses blés seront dévorés par les insectes, ravagés par les ouragans ou brûlés par le soleil, ses moutons et ses bœufs périront de maladies épidémiques, et tous ces maux lui seront envoyés par le Seigneur, son Dieu, en punition de ses infidélités.

L'Israélite qui s'était rendu coupable de certaines fautes pouvait en obtenir le pardon en offrant à la Divinité des sacrifices: «Lorsque quelqu'un étant témoin, après avoir entendu la parole du serment, aura péché en ne déclarant pas ce qu'il a vu ou ce qu'il sait, il portera son iniquité. Ou lorsque quelqu'un, à son insu, aura touché une chose souillée, soit le cadavre d'un animal impur, soit le cadavre d'une bête sauvage impure, soit le cadavre d'un reptile impur, il sera souillé et coupable. Ou lorsque, ne le sachant pas ou le sachant, il touchera une souillure humaine, de quelque manière qu'il se soit souillé, il sera cotipable. Ou lorsque quelqu'un, parlant légèrement des lèvres, aura juré de faire du mal ou du bien, selon tout ce quelhomme peut jurer à la légère, qu'il ne s'en aperçoive pas ou qu'il le sache, il sera coupable sur l'un de ces cas. Quand donc quelqu'un sera coupable de l'une de ces choses, il confessera ce en quoi il a péché, et il amènera à l'Eternel son sacrifice pour le délit, pour le péché qu'il a commis, une femelle de menu bétail, une brebis ou une chèvre, en sacrifice pour le péché ; et le sacrificateur fera pour lui l'expiation de son péché. » S'il n'est pas assez riche pour sacrifier une brebis ou une chèvre, il sacrifiera deux tourterelles ou deux pigeonneaux, ou, encore, s'il est trop pauvre, il a apportera pour son offrande, pour le péché qu'il a commis, le dixième d'un épha de fine farine ». Quelle que soit son offrande, « le sacrificateur fera expia-

tion pour cet homme, pour le péché qu'il aura commis à l'égard de l'une de ces choses, et il lui sera pardonné ». On pouvait, aussi, obtenir, au moyen de sacrifices ou d'offrandes, le pardon des fautes que l'on avait commises en (( retenant les choses consacrées à l'Eternel », en « mentant à son prochain au sujet d'un dépôt, dune chose qu'on lui a confiée, d'un vol, ou en agissant injustement envers son prochain ; ou s'il a trouvé une chose perdue, et qu'il mente à ce sujet ; ou s'il jure faussement, concernant quelqu'une des choses dans lesquelles l'homme pèche en les faisant ». Dans ces cas. avant le sacrifice, « celui qui aura ainsi péché et se sera rendu coupable, rendra la chose qu'il a dérobée, ou ce qu'il a usurpé par fraude, ou le dépôt qui lui a été confié, ou la chose perdue qu'il a trouvée, ou toute chose au sujet de laquelle il a juré faussement ; il la restituera en son entier et il y ajoutera un cinquième'; et la remettra à celui à qui elle appartient, au jour où il fera un sacrifice pour le défit* ». Indépendamment du sacrifice expiatoire, on voit figurer dans ces lignes la confession des fautes commises et la réparation du préjudice occasionné par le coupable, c'està-dire deux sanctions morales importantes en principe, mais qui, pour être efficaces, auraient exigé une foi plus robuste que celle dont le peuple d'Israël était, en général, animé. On multiphait les sacrifices, on se frappait publiquement la poitrine en se proclamant infidèle à lahvé, mais on n'en obéissait pas moins aux passions humaines en escomptant le pardon que l'on obtiendrait par des générosités envers les sacrificateurs. Les malédictions lancées par les prophètes contre les infidélités faites à lahvé par le peuple d'Israël n'étaient si violentes que parce qu'elles étaient méritées par un très grand nombre de gens, même dans la classe sacerdotale. Au iv*^ siècle même, lorsque le prophète Esdras revient de l'exil de Babylone, il apprend que le « peuple d'Israël, les sacrificateurs et les Lévites » restés à Jérusalem, se sont mêlés aux populations idolâtres de Canaan, de Moab, d'Egypte, etc., ont pris part « à leurs

Page 1