‹ La morale des religions [microform]Chapitre 57 sur 340 · DE L'INDE ANTIQUE · texte numérisé non relu

DE L'INDE ANTIQUE

Tous les peuples de la race aryenne paraissent avoir mené d'abord la vie pastorale. Ceux qui se dirigèrent vers ITnde et dont les hymnes védiques nous ont conservé le souvenir, aussi bien que ceux auxquels fut dû le peuplement de la Grèce, de l'UaHe, de la Gaule et de la Grande-Rretagne, de la Germanie et de la Scandinavie, de la Finlande et de la Russie, gagnèrent très probablement ces diverses régions lentement, par étapes successives et en conduisant devant eux les troupeaux dont le lait formait leur principale alimentation. Leurs sociétés étaient alors purement patriarcales. Chaque famille formait un petit corps social complet, dont le père était chef de tous les membres, propriétaire de tous les biens et, devait devenir plus tard, le prêtre unique.

La morale individuelle et famihale de ces petites sociétés est d'abord celle de tous les groupements analogues. L'homme étant le plus fort, le plus actif, le plus laborieux des membres de la famille, celui qui fait vivre tous les autres, au moms à de certains moments, s'en considère naturellenient comme le chef et le maître ; sa femme et ses enfants lui obéissent aussi naturellement qu'il leur commande. Lorsque l'idée religieuse se dessine en son esprit, lorsqu'il se prend à chercher la cause déterminante des phénomènes cosmiques et vitaux dans des forces ou des êtres qu'il divinise,

gi LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

l'un de SCS premiers soins est de demander à la divinité qu'il a conçue, la consécration de son autorité. 11 devient aussi naturellement le prêtre de la famille qu'il était le chef de tous ses membres et le propriétaire de tous ses biens. Son pouvoir absolu devient sacré et ne peut plus, dès lors, être tempéré, dans les sociétés purement patriarcales, que par les sentiments affectueux dont il est animé à l'égard de sa femme et de ses enfants. Plus ces sentiments se développeront et plus sa domination sera bienveillante ; moins ces sentiments prendront de force et plus son autorité sera

dure.

A cet égard, les peuples aryens diffèrent considérablement de ceux qui appartiennent à la race sémitique. Chez les Hindous primitifs, comme chez les Grecs, les Latins, les Celtes et même les Germains, l'autorité du père de famille est beaucoup moins tyrannique que chez les Hébreux, les Chaldéens, les Égyptiens, etc. Chez les premiers, la femme ne jouit d'aucune influence, n'est que la première des servantes, n'a aucune place dans la religion familiale, et se voit donner, avec la complicité de la religion, autant de rivales que l'homme en peut nourrir, sans parler des concubines qu'il ajoute à ses multiples épouses. Chez les seconds, au contraire, la femme prend part, dans une certaine mesure, au culte familial et occupe dans la maison la situation d'une véritable maîtresse. « L'époux, dit Burnouf ', est appelé pa//, maître. Ce mot n'est pris nulle part, dans le Véda, avec la signification du maître absolu, quand il s'agit des relations conjugales; l'époux n'a pas sur la femme le pouvoir du maître sur un serviteur ou sur un esclave. Il est appelé pati comme chef de la famille tout d'abord représentée par la femme seule et contenue en elle. L'autonomie reste à l'épouse dans la mesure compatible avec les droits du chef qu'elle a reçu en mariage. Comme cet acte a été consenti librement par elle, elle n'a point aliéné sa liberté ni les droits naturels de sa personne. Le rôle de l'époux à son égard est, en effet, d'être son protecteur, nata, celui

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