Satyres, vi
LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
UCT, à lui, ces tuniques couleurs feuille-morle, déjà un peu usées. Tous les terribles dangers qui allaient fondre sur cette maison, cette étoffe les emportera dans ses plis ; on en est ((uille pour une année. » Notre dévote, en hiver, fera casser la glace pour se plonger trois fois le matin dans le Tibre ; quoiqu'elle ait peur de l'eau, elle trempera sa tcte dans les tourbillons du fleuve. Et puis, elle parcourt tout le champ de Tarquin le Superbe, en se traînant, nue et tremblante, sur ses genoux ensanglantés. Si la blanche lo l'ordonne , elle ira jusqu'au bout de l'Egypte, elle en rapportera de l'eau puisée près de Méroé, que brûle le soleil, et elle reviendra en asperger le temple d'Isis, qui s'élève auprès de la vieille bergerie de Romulus. Elle est convaincue qu'Isis mcme lui a parlé et lui en a intimé l'ordre... Et voilà ce qui vaut tant de respect à cet honoré personnage, qu'on voit, escorté de ses prêtres en tunique de lin et la tête tondue, parcourir la ville comme autrefois Anubis, en se moquant du peuple qui pieusement se frappe la poitrine. Il se charge d'obtenir l'absolution d'une femme qui s'est permis de coucher avec son mari aux jours sacrés, en temps défendu. ))Ce dernier trait prouve qu'avec les ntes bruyants des religions orientales s'étaient introduites dans la société romaine, les prescriptions si minutieuses, en même temps que si ridicules, par lesquelles ces religions réglaient les relations des deux sexes. Juvénal insiste plaisamment sur la grave faute commise par la femme qui recevait les marques de tendresse de son mari dans le temps où elles étaient interdites : «c'est une violation delà loi qui mérite un châtiment sévère : le serpent d'argent en a remué la tête, on l'a vu. A force de geindre et de marmotter des prières, le prêtre obtient enfin qu'Osiris pardonne : une belle oie et une tarte, il n'en faut pas plus pour corrompre le dieu. »
Ce n*est pas une seule des religions sémitiques qui avait pénétré dans Rome ; toutes s'y étaient répandues à la fois, chacune apportant ses superstitions particulières, ses pratiques de sorcellerie et de magie en même temps que ses rites cultuels. (( Le prêtre parti, continue Juvénal, arrive une vieille juive : elle a laissé là-bas son cabas et son foin. Le
chef branlant, elle s'approche et mendie à l'oreille de notre dévote. Elle sait expliquer les rites de Jérusalem, elle a son arbre dans le bosquet d'Egérie : c'est là son sanctuaire. Elle se charge d'annoncer fidèlement les volontés d'en haut. Elle aussi, on la paye, mais moins grassement que le prêtre. Les juifs vendent autant de sottises qu'on leur en demande, mais leurs prix sont modérés. Voici maintenant un aruspice venu d'Arménie ou de Comagène. Il peut promettre aux dames un beau garçon pour amant ou le riche héritage d'un vieillard sans enfants, après avoir tâté le poumon tout chaud d'un pigeon. Ils consultent encore les entrailles d'un poulet, les intestins d'un chien, parfois même d'un enfant. Le crime fait, il courent le dénoncer. Mais les sorciers chaldéens inspirent aux dames plus de confiance. Tout ce que dit un astrologue leur semble puisé à la source même de Jupiter Ammon, puisqu'aujourd'hui, à Delphes, les oracles se taisent et que les hommes, pour leurs péchés, sont condamnés à ne rien savoir de l'avenir... Les femmes riches ont leur augure qu'elles payent et qu'elles se font expédier de la Phrygie ou de l'Inde. Quelque vieil astrologue qui connaît bien le ciel et les astres, un de ceux que l'Etat emploie pour enterrer la foudre. Quant aux destinées du peuple le marché s'en tient au Cirque et sur la chaussée Tarqui^ menue. La plébéienne, qui ne peut se recommander par un longcolherd'or, est réduiteàaller devant les Pyramides du Cirque ou les colonnes des Dauphins, pour savoir du devin ^sil faut planter là le cabaretier pour épouser le fripier... On sait niaintenant ce qui se passe aux mystères de la bonne déesse, a heure où la flûte chatouille les sens, où la trompette etle vinallumentleursardeurs ; ellesse ruent égarées, tordant leurs cheveux, hurlant comme des bacchantes, vraies prêtresses de Priape. O quelle frénétique fureur ! Quels cris quand la passion bondit dans leur cœur î Des torrents de vieux vins coulent sur tout leur corps. Laufella défie les prostituées même : la couronne est prête ; elle obtient le prix. Mais, devant Médullina, Laufella s'avoue vaincue. C'est que parmi ces dames le mérite ainsi constaté va de pair avec la naissance. Et ce ne sont pas des attitudes vaines ; elles sont
Lanessan. Religions.
LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
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d'une telle vérité quelles enflammeraient les sens glacés du vieux Priam et de Nestor. Mais c'est alors que leurs désirs >eulent une satisfaction immédiate; elles s'aperçoivent qu'elles n'ont alTaire qu'à de faibles femmes : un cri retentit et se répète sous toute la voûte: voici l'heure; faites entrer les hommes. — Mais ton amant est couché. — Eh bien ! qu'on le réveille ; qu'il prenne son manteau et qu'il vienne. » Point d'amant! Elles s'emparent des esclaves... » On me pardonnera de laisser tomber la fin de cette satyre qui, sans doute, dépassait les bornes de la vérité, comme elle franchit la limite de ce que des oreilles non latines peuvent entendre.
Il était impossible que l'émancipation religieuse de la femme romaine n'eut point pour conséquence la rupture des liens si étroits par lesquels la législation antique de Rome l'attachait à son mari et à son foyer.
Ce fut d'abord la fortune qu'elle tenta de conquérir. D'après les lois et traditions anciennes, la femme mariée n'avait pas plus de biens propres, que la jeune fille ou la veuve. Les biens de la première étaient gérés par le mari; ceux des secondes par le père ou les agnals. « Mais alors les femmes commencèrent à aspirer à l'indépendance au point de vue de la propriété ; et à l'aide des subtilités imaginées par les avocats, particulièrement par des mariages simulés, elles parvinrent, en se dérobant à la tutelle de leurs agnats, à prendre l'administration de leurs propriétés: ou bien, si elles étaient mariées, elles cherchaient par des moyens non moins répréhensibles, à se soustraire a la puissance maritale qui, suivant la loi, était nécessaire... De même, la juridiction de la famille sur les femmes, qui se rattachait à cette puissance maritale et tutélaire, devint en pratique une lettre morte. Même dans les affaires publiques, les femmes commencèrent à avoir une volonté propre, et occasionnellement (( à gouverner les maîtres du monde », leur influence se faisait sentir dans les comices, et on élevait déjà des statues aux dames romaines dans les provinces'. »