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CHAPITRE III

RAPPORTS DE LAME AVEC DIEU

Foi. — Culte

Puisque nous sommes enfants de Dieu, notre âme étant issue de Dieu, nous devons vivre en constante communion avec Dieu. Les stoïciens ont entrevu Tidée de l'adoration en esprit et en vérité dont parle Jésus-Christ. Chrysippe, Sénèque et Perse protestent contre le culte formaliste et servile que les hommes rendent à la divinité. « Non, ce n'est pas un bon moyen de détourner les hommes de l'injustice par la crainte des dieux. » Chrysippe assimile les discours sur les vengeances divines aux a contes par lesquels les femmes empêchent les petits enfants de mal faire ». Sénèque veut qu'on défende les pratiques extérieures en usage chez les païens et auxquelles l'esprit n'a point de part. « Le premier culte des dieux, dit-il, c'est de croire qu'il y a des dieux. Il faut ensuite reconnaître leur majesté et leur bonté ! » C'est les honorer que de les imiter. La divinité est donc honorée par la foi sincère qui fait que Thomme se transforme à l'image de Dieu. Et Sénèque appelle la foi « l'hôtesse la plus sainte qui puisse loger dans le cœur humain ». C'est à la

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foi, à rinspiration divine qu'il attribue tout ce qui est grand dans l'homme, tous les sublimes actes de vertu, tous les sentiments héroïques. Perse s'élève avec indignation contre le culte hypocrite de ceux qui portent leur « dépravation même dans le sanctuaire. » « Que n offrons-nous aux dieux, s'écrie-t-il, une âme également juste et équitable, une conscience pure en ses rephs, un cœur pénétré de nobles sentiments. » De même, le culte pour Marc-Aurèle, « c'est de se faire homme de bien, d'honorer Dieu par des pensées de justice, des actions utiles au bien public, des discours purs de tout mensonge ; par la disposition à se résigner à tout ce qui nous arrive ».

Non, ce n'est pas un bon moyen de détourner les hommes de l'injustice par la crainte des dieux. Tout ce discours sur les vengeances divines est sujet à beaucoup de controverses et de difficultés. Il ne diffère pas beaucoup des contes sur Acioet sur Alphitto par lesquels les femmes empêchent les petits enfants de mal faire. (Chrysippe.)

On enseigne communément comme il faut adorer les dieux. Mais défendons d'allumer les lampes aux jours de fête, parce que les dieux n'ont pas besoin d'être éclairés, et que les hommes n'aiment pas à sentir la fumée. Abolissons cette coutume d'aller saluer les images des dieux au matin et de s'asseoir aux portes de leurs temples ; ces sortes d'honneurs ne plaisent qu'à l'ambition des hommes ; on honore Dieu en le connaissant. Défendons de porter des linges et des vases à Jupiter, et de tenir le miroir

devant Junon. Dieu n'a que faire de personne pour le servir. N'est-ce pas lui qui sert tout le genre humain et qui prête son assistance en tous lieux et à tout le monde ? On a beau savoir comme on se doit comporter dans les sacrifices, comme il faut s'éloigner de toutes superstitions ; jamais on n'en sera suffisamment instruit si l'on ne comprend, comme on doit, la grandeur de Dieu, qu'il possède tout, qu'il donne tout, et que ses libéralités sont gratuites. Qu'est-ce qui porte les dieux à nous faire du bien? C'est leur nature. Si quelqu'un pense qu'ils aient volonté de nous nuire, il se trompe. Ils n'en sont point capables, car ils ne sauraient l'aire ni recevoir aucune injure, puisque offenser et être ofi'ensé sont deux choses réciproques. Cette excellente et suprême nature n'a point rendu dangereux ces esprits divins qu'elle a affranchis de tout danger. En un mot, le premier culte des dieux c'est de croire qu'il y a des dieux. Il faut ensuite reconnaître leur majesté et leur bonté, sans laquelle il n'y a point de majesté ; il faut savoir que ce sont eux qui gouvernent le monde, qui conduisent toutes choses, comme étant de leur domaine, qui prennent soin du genre humain et quelquefois des particuliers. Ils ne font point de mal, ils n'en reçoivent point aussi. Cependant ils reprennent, châtient et ordonnent quelquefois des peines qui portent l'apparence du mal; mais voulez-vous avoir les dieux propices? Soyez homme de bien. C'est les honorer que les imiter. (Sénèque, Epître xcv.)

La foi est l'hôtesse la plus sainte qui puisse loger dans le cœur humain ; car il n'y a point de nécessité ni de profit assez grand pour la corrompre et l'induire à tromper. Brûlez, dit-elle, frappez, tuez

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si VOUS voulez, je ne révélerai rien, et plus fortement vous me tourmenterez pour arracher mon secret, plus soigneusement je le garderai. (Sénèque, Epître Lxxxviii.)

Il y a deux choses qui fortifient grandement notre âme : la foi qu'on ajoute à la vérité, et la confiance qu'on a en elle ; par conséquent, les avertissements produisent l'un et l'autre ; car ils ont crédit sur nous et, par ce moyen, l'âme conçoit de beaux sentiments et se remplit de confiance. (Id., xcix.)

Platon a dit: « Vainement un homme de sang-froid frappe aux portes des Muses » ; et Aristote : « Il n'y eut jamais de grand génie sans un grain de folie. » Il n'y a qu'une âme émue qui puisse parler dans un langage au-dessus du vulgaire. Lorsque, dédaignant les pensées de tous les hommes et de tous les jours, elle s'élève dans ses inspirations sacrées, alors elle fait entendre des accents surhumains. Tant qu'elle se renferme en elle-même, elle ne peut atteindre rien de sublime et aucune cime escarpée. Il faut qu'elle s'écarte des routes battues, qu'elle prenne son essor et que, mordant son frein, elle entraîne son guide et le transporte en des lieux qu'il n'aurait osé de lui-même escalader. (Sénèque, De la Tranquillité de l'Ame^ xv.)

0 âmes courbées vers la terre et vides de toute pensée émanée du ciel ! A quoi bon porter au sanctuaire cette dépravation de nos mœurs et juger de ce qui flatte les dieux par les attentats de la chair?... Prêtres, parlez. Que fait l'or en un sanctuaire?...

Que n'offrons-nous aux dieux ce que ne saurait

lui offrir en un riche bassin l'indigne race du grand Messala ! Une âme également juste et équitable, une conscience pure en ses replis, un cœur pénétré de nobles sentiments. (Perse, Satire, u.)

C'est pour un bien que la nature est forcée d'agir comme elle fait.

Tout ce qui arrive, arrive justement. C'est ce que tu reconnaîtras si tu observes attentivement les choses. Je ne dis pas seulement qu'il y a un ordre de succession marqué, mais que tout suit la loi de la justice et dénote un être qui distribue les choses selon le mérite. Prends-y donc garde, comme déjà tu as commencé ; et tout ce que tu fais, fais-le dans la vue de te rendre homme de bien ; je dis homme de bien dans le sens propre du mot ; que ce soit là la règle constante de chacune de tes actions.

Aime l'art que tu as appris ; c'est à cela qu'il faut t' arrêter. Ce qui te reste de vie, passe-le en homme qui a remis aux dieux, du fond du cœur, le soin de ses affaires. Ne te fais ni le tyran, ni l'esclave d'aucun homme au monde.

Quel est donc l'objet sur lequel il faut porter tous nos soins ? Un seul, et le voici : pensées de justice, actions utiles au bien public, discours purs de tout mensonge, disposition à se résigner à tout ce qui nous arrive, comme à chose nécessaire, qui nous est familière et qui découle du même principe, de la même source que nous. (Marc-Aurèle, iv.)

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