CHAPITRE IV
RAPPORTS DE L AME AVEC DIEU
Prière
Sénèque dit, dans un texte déjà cité : « Il ne faut point lever les mains vers le ciel, ni prier le sacristain qu'il vous laisse approcher de l'idole, afin que vous puissiez lui parler à l'oreille, car Dieu est près de vous ; il est avec vous, il est au dedans de vous. » Le sens de ces paroles n'est pas l'inutihté de la prière, mais la vanité des prières purement extérieures. Puisque Dieu est près de nous, au dedans de nous, notre prière, c'est le sentiment de sa présence et l'hommage, la louange d'un cœur sincère. Ce beau morceau de Sénèque, inspiré par une foi toute spiritualiste, nous rappelle ces paroles de saint Jacques : « Vous demandez et vous ne recevez point, parce que vous demandez mal, et dans la vue de fournir à vos voluptés. » Il a bien connu l'hypocrisie et les convoitises sensuelles et égoïstes du cœur humain, celui qui nous recommande a de ne rien demander à Dieu que nous ne puissions lui demander en public ». Toutes nos
prières pourraient-elles résister à l'épreuve à laquelle Sénèque nous conseille de les soumettre, en nous exhortant à « parler à Dieu comme si les hommes nous écoutaient » ? Si nous essayons de saisir la pensée de Marc-Aurèle sur la prière, nous comprenons que nous devons prier pour tous, rapporter à Dieu tout ce qui nous arrive, et lui demander surtout la paix, la soumission de 1 ame, plutôt que les biens matériels qui flattent nos désirs. Il semble d'ailleurs nous faire connaître le véritable objet de la prière en nous disant que « les pythagoriciens nous engagent à porter le matin les yeux au ciel, afin de nous rappeler à la pensée ces êtres qui accomplissent leur ouvrage toujours d'après les mêmes lois, toujours de la même manière; leur ordonnance, leur pureté, leur simplicité nue, car un astre n'a point de voile ».
Quand vous remercierez les dieux du bon succès de vos prières, ne craignez point de les fatiguer par d'autres ; faites-leur encore celles-ci, demandez-leur le bon sens, la santé de l'esprit et celle du corps ; pourquoi ne feriez-vous pas souvent ces prières? Vous pouvez hardiment demander à Dieu quand vous ne lui demanderez rien du bien d'autrui...
Croyez que vous serez libres de toute convoitise, lorsque vous viendrez à ce point de ne rien demander à Dieu que vous ne lui puissiez demander en pubhc. Mais que les hommes d'aujourd'hui sont fous ! Ils font aux dieux des prières qui sont honteuses, aussi les font-ils tout bas ; si quelqu'un prête l'oreille, ils 3e taisent incontinent ; ainsi ils disent à Dieu ce
RAPPORTS DE l'AME AVEC DIEU
qu'ils ne voudraient pas dire à un homme ; faites donc que l'on ne soit pas contraint de vous dire : Vivez avec les hommes comme si Dieu vous regardait, et parlez à Dieu comme si les hommes vous écoutaient. (Sénèque, Epître x.)
Prière des Athéniens : Fais pleuvoir, fais pleuvoir, ô bon Jupiter, sur les champs et les prés des Athéniens ! Ou il ne faut jamais prier, ou il faut prier ainsi, simplement et noblement. (Marc-Aurèle, v.)
M'arrive-t-il quelque chose, je le reçois en le rapportant aux dieux et à la source universelle d'où procèdent toutes choses dans leur intime connexion. (Id., viii.)
Ou les dieux ne peuvent rien, ou ils peuvent quelque chose. S'ils ne peuvent rien, pourquoi les pries-tu ? S'ils peuvent quelque chose, pourquoi ne les pries-tu pas de te délivrer de cette crainte, de ce désir, de cette douleur que tu sens en toi à propos de certains objets, plutôt que de demander qu'ils t'accordent ceci, qu'ils éloignent cela? Car enfin, si les dieux peuvent venir au secours des hommes, ils peuvent bien les aider en cela. (Id., ix.)
Les pythagoriciens nous engagent à porter le matin les yeux au ciel, afin de nous rappeler à la pensée ces êtres qui accomplissent leur ouvrage toujours d'après les mêmes lois, toujours de la même manière ; leur ordonnance, leur pureté, leur simplicité nue, car un astre n'a point de voile. (Id., XI.)