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CHAPITRE VI

RAPPORTS DE l'aME AVEC DIEU

Imitation de Dieu. — Culture morale

Toute Tœuvre du perfectionnement de Thomme, tous ses devoirs envers Dieu, envers lui-même et envers autrui sont renfermés dans la soumission à Dieu, telle qu'Épictète l'a comprise. L'âme, née de Dieu, appartient à Dieu et doit manifester sa parenté avec Dieu. L'imitation de Dieu, telle est l'idée religieuse qui est le principe et la fm de la culture morale. « Les semences divines répandues dans le cœur de l'homme, ainsi que nous le dit Sénèque, étant bien cultivées, poussent un germe semblable à notre origine. » Et ce développement ne doit s'arrêter, selon Épictète, « que là où s'arrête notre nature », c'est-à-dire « à l'accord de notre conduite avec la nature générale », à l'harmonie parfaite de notre âme. « Dieu t'a confié à toi-même et il t'a dit : garde-moi cet homme, tel qu'il est né, honnête, sûr, à l'âme haute. » Marc-Aurèle nous exhorte à prendre soin de ce qu'il y a de divin en nous et à le diriger vers la sainteté et la justice.

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C'est, en d'autres termes, sculpter notre statue, d'après le type divin auquel Épictète nous recommande de conformer toute notre vie. Ainsi, selon l'expression de Marc-Aurèle, « l'homme devient le prêtre, le ministre de la divinité qui a 3n lui son temple ».

Vous semble-t-il étrange que l'homme aille trouver les dieux? Dieu vient bien trouver les hommes et, qui plus est, faire sa demeure chez eux. L'âme ne peut être bonne si Dieu n'est avec elle. Il y a des semences divines répandues dans le cœur des hommes, lesquelles, étant bien cultivées, poussent un germe semblable à notre origine ; mais étant négligées , elles perdent entièrement leur vertu, et, comme si elles avaient été jetées dans une terre stérile et marécageuse, au lieu de grain, elles ne produisent que de méchantes herbes. (Sénèque, Epître Lxxiv.)

Dieu a mis l'homme dans le monde pour y contempler lui et ses œuvres, et non seulement pour les contempler, mais encore pour les expliquer. Aussi est-il honteux pour l'homme de commencer et de s'arrêter où commence et où s'arrête la brute, ou plutôt il doit commencer au même point, mais ne s'arrêter qu'où s'arrête notre nature elle-même; or elle s'arrête à la contemplation, à l'intelligence, à l'accord de notre conduite avec la nature générale. Avisez donc à ne pas mourir sans avoir vu tout

cela.

Vous courez à Olympie pour voir l'œuvre de Phidias et chacun de vous regarderait comme un malheur de mourir sans le connaître, et ce pour

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quoi vous n'avez pas besoin de courir, ce pour quoi vous êtes tout portés et sur les lieux mêmes, vous n'aurez pas l'envie de le regarder et de chercher à le comprendre ! Ne sentirez-vous donc jamais qui vous êtes, à quelle fin vous êtes nés et pourquoi vous avez reçu le don de la vue ? — Mais dans la vie, il y a du bien, des désagréments et des peines ! — N'y en a-t-il donc pas à Olympie ? N'y êtes-vous pas brûlés par le soleil, et pressés par la foule ? Vous y lavez-vous toujours bien? N'y êtes-vous pas mouillés quand il pleut? N'y souffrez- vous pas du tumulte, des clameurs et de bien d'autres ennuis ? Mais vous mettez, je crois, en regard de tout cela, la magnificence du spectacle, et dès lors vous acceptez et supportez tout. Eh bien, n'avez-vous pas reçu des moyens de braver tous les événements? N'avez-vous pas reçu l'élévation d'âme? N'avezvous pas reçu le courage ? N'avez-vous pas reçu la patience ? Et dès que j'ai l'élévation de l'âme, que m'importe ce qui peut arriver? Qui pourra me mettre hors de moi et me troubler? Qui pourra me sembler pénible ? Vais-je donc, au lieu d'employer ma force à ce pour quoi je l'ai reçue, pleurer et gémir surles événements? (Êj>ictète, Entre tiens, i, 6.)

Sans tarder, fixe-toi à toi-même une sorte de caractère et de type de conduite auquel tu te conformeras, soit que tu te trouves seul en présenc(i de toi-même, soit que tu te trouves en présence des hommes. (Épictète, Manuel, xxxiii.)

Où donc est le progrès ? Celui qui, se détachant des choses du dehors, se donne tout entier à l'éducation et au perfectionnement de sa faculté de juger et de vouloir pour les mettre d'accord avec la

nature, pour lui donner l'élévation, la liberté, l'indépendance, la possession d'elle-même, l'honnêteté, la réserve ; celui qui sait qu'en désirant ou qu'en fuyant les choses qui ne dépendent pas de lui, il ne peut être ni honnête ni libre, mais doit forcément changer et être emporté avec elles, forcément se soumettre aux gens qui peuvent les lui donner ou les écarter de lui ; celui qui, en plus, dès qu'il se lève le matin, observe et applique ces préceptes, qui se lave comme un homme honnête et réservé, qui mange de même et qui, dans toutes les circonstances, s'efforce de suivre ses principes, comme un coureur ceux de l'art du coureur, comme un chanteur ceux de l'art du chanteur, voilà celui qui est réellement en progrès. (Épictète, E7itretie7is, i, 4.)

Que quelqu'un d'entre vous me montre une âme d'homme qui veuille être en communauté de pensées avec Dieu, n'accuser ni Dieu ni homme, n*être frustrée de rien, n'aller se heurter contre rien, n'avoir ni colère, ni haine, ni jalousie ; une âme qui veuille (car à quoi bon tant d'ambages?) devenir un Dieu au lieu d'un homme et qui songe, dans ce misérable corps périssable, à vivre en société avec Jupiter.

Et maintenant, moi, je suis votre maître, et vous, vous étudiez sans moi. Mon bat, à moi, c'est de faire enfin de vous des hommes affranchis de toute entrave, de toute contrainte, de tout obstacle, libres, tranquilles, heureux, qui tournent leurs regards vers Dieu dans les petites comme dans les grandes choseSi (Id., m, 19.)

Si tu étais une statue de Phidias, la Minerve ou le Jupiter, tu te souviendrais de toi-même et de l'ar-

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tiste qui t'aurait fait ; et, !si tu avais rintelligence, tu voudrais ne rien faire qui fût indigne de ton auteur ou de toi, et ne jamais paraître aux regards sous des dehors inconvenants. Vas-tu maintenant, parce que c'est Jupiter qui t'a fait, être indifférent à l'aspect sous lequel tu te montreras ? Est-ce qu'il y a égalité entre les deux artistes, égalité entre les deux créations ? Est-il une œuvre de l'art qui ait réellement en elle les facultés que semble y attester la façon dont elle est faite ? En est-il une qui soit autre chose que de la pierre, de l'airain, de l'or et de l'ivoire? La Minerve même de Phidias, une fois qu'elle a étendu la main, et reçu la Victoire qu'elle y tient, reste immobile ainsi pour l'éternité, tandis que les œuvres de Dieu ont le mouvement, la vie, l'usage des idées et le jugement. Quand tu es la création d'un pareil artisan, voudras-tu le déshonorer ? Mais que dis-je ? Il ne s'est pas borné à te créer: il t'a confié à toimême, remis en garde à toi-même ? Ne te le rappelleras-tu pas ? Et souilleras-tu ce qu'il t'a confié ? Si Dieu avait remis un orphelin à ta garde , est-ce que tu le négligerais ainsi ? Il t'a commis toi-même à toi-même, et il t'a dit : « Je n'ai personne à qui je me fie plus qu'à toi : garde-moi cet homme, tel qu'il est né, honnête, sûr, à l'âme haute, au-dessus de la crainte, des troubles et des perturbations. » Et toi tu ne le gardes pas. (Épictète, ii, 8.)

Les philosophes disent que la première chose à apprendre, c'est qu'il y a un Dieu, que sa clairvoyance s'étend d'avance sur tout l'univers, et que nous ne pouvons lui dérober, je ne dis pas nos actes, mais nos pensées ou même nos sentiments. La seconde, c'est ce que sont les dieux, car ce qu'ils se trouvent être, il faudra que l'homme qui veut leur

plaire en leur obéissant cherche à l'être, pour leur ressembler dans la mesure de ses forces. Si la divinité est loyale, il faudra que l'homme soit loyal ; si elle est libre, il faudra qu'il soit libre ; si elle est bienfaisante, il faudra qu'il soit bienfaisant ; si elle a le cœur haut placé, il faudra qu'il l'ait ; enfin ce sera à l'imitation de Dieu qu'il lui faudra tout dire et tout faire. (Epictète, Entretiens, ii, 14.)

Qu'est-ce qui fera la beauté d'un homme, si ce n'est la présence de la perfection humaine ? Si donc jeune homme, tu veux être beau, cherche à acquérir la perfection humaine.— Mais quelle est-elle?— Vois quels sont ceux que tu loues, lorsque tu loues impartialement; sont-ce les hommes justes ou les hommes injustes? — Les justes. — Les hommes chastes ou les libertins? — Les hommes chastes. — Ceux qui sont maîtres d'eux-mêmes ou ceux qui ne le sont pas? — Ceux qui en sont maîtres. — Te rendre tel, sache-le donc, c'est te faire beau; si tu y manques, tu seras laid inévitablement , alors même que tu emploieras tous les moyens pour être beau en apparence. (Id., m, 21.)

Il te faut commencer par purifier ta partie maîtresse; et voici quels doivent être tes principes: « Mon âme est la matière que je dois travailler, comme le charpentier le bois, comme le cordonnier le cuir ; et ce que j'en dois faire, c'est une âme qui use convenablement des idées. Mon corps n'est rien pour moi; ses membres ne sont rien pour moi. Et la mort? Qu'elle vienne, quand elle voudra pour le tout, ou pour une partie. Va-Ven en exil, me dit-on. Mais où? Est-il quelqu'un qui puisse me chasser du monde? Non ; et quelque part que j'aille, j'y trou-

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verai le soleil, j'y trouverai la lune et les astres ; j'y trouverai des songes, des présages, des moyens de converser avec les dieux. » (Id., m, 22.)

Et quel ordre, quel commandement as-tu reçu de Jupiter, quand tu es venu de là-bas ici ? « Sauvegarde par tout moyen ce qui est à toi ; ne convoite pas ce qui ne t'appartient pas. La probité est tienne; le respect de toi-même est tien. Qui peut te les enlever ? Quel autre que toi peut t'empêcher de les pratiquer? Et comment t'en empêcheras-tu ? C'est en convoitant ce qui n'est pas à toi que tu perdras ce qui est à toi. » (Id., i, 25.)

Quand un cheval est-il malheureux? Quand il a perdu ses facultés naturelles ; non quand il ne peut point chanter comme le coq, mais quand il ne peut plus courir. Et le chien ? Non quand il ne peut point voler, mais quand il ne peutplus suivre la piste. Eh bien ! n'est-il pas pareillement vrai que Thomme malheureux n'est pas celui qui ne peut étrangler des lions, ou embrasser des statues (nul n'est venu au monde en tenant de la nature des moyens pour cela), mais celui qui perd sa bienveillance et sa loyauté? Voilà celui sur qui devraient gémir ceux qui les rencontrent, à la vue des maux dans lesquels il est tombé. Il faut le plaindre, non pas d'être né ou d'être mort, mais d'avoir perdu de son vivant ce qui lui appartenait en propre ; non point son patrimoine, son champ, sa maison, son hôtellerie, ses esclaves (rien de tout cela n'appartient à l'individu ; ce sont toutes choses en dehors de lui, au pouvoir et à la merci d'autrui, que donnent tantôt à l'un, tantôt à l'autre, ceux qui en sont les maîtres), mais ce qui est vraiment de l'homme, la marque qu'il portait

dans son âme, lorsqu'il est venu au monde, marque semblable à celle que nous cherchons sur les monnaies, pour les juger bonnes quand nous l'y trouvons,

pour les rejeter quand nous ne l'y trouvons pas

Quelle marque portent ses façons de penser et de vouloir ? Celle d'un être doux, sociable, patient, affectueux. Apporte. Je le reçois; j'en fais mon concitoyen; je le reçois pour voisin et pour compagnon de traversée... Pour faire un homme, il ne suffit pas des narines et des yeux : il y faut encore des façons de penser et de vouloir qui soient d'un homme. (Id., iv,5.)

Rien n'est plus misérable qu'un homme qui tourne en tous sens autour de toutes choses ; qui fouille^ comme on dit, les soutei^rains, et dont les conjectures veulent pénétrer ce qui se passe dans l'âme du prochain. Sentons bien qu'il nous suffit de vivre avec le génie qui est au dedans de nous, et de l'honorer d'un culte sincère. C'est lui rendre ce culte que de le préserver du contact de toute passion, de toute légèreté téméraire, de toute impatience contre les choses qui viennent des dieux ou des hommes. Car ce qui vient des dieux mérite nos respects, au nom de la vertu; ce qui vient des hommes, notre amour, au nom de leur parenté avec nous, et quelquefois une sorte de pitié, à cause de leur ignorance des vrais biens et des vrais maux ; aveuglement aussi grand que celui qui nous empêche de distinguer le blanc d'avec le noir. (Marc* Aurèle, ii.)

Honore ce qu'il y a dans le monde de plus excel^ lent : c'est l'être qui se sert de tout, et qui administre toutes choses. Pareillement, honore ce qu'il y a de plus excellent en toi : c'est un être de la

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même famille que le premier; car, lui aussi, il se sert des autres choses qui sont en toi, et c'est lui qui gouverne ta vie. (Id., v.j

Si tu respectes, si tu honores uniquement ton âme, tu te rendras satisfait de toi-même, agréable dans le commerce de la vie ; tu seras d'accord avec les dieux ; tu les loueras, veux-je dire, de tout ce qu'ils t'envoient, de tout ce qu'ils ont décrété. (Id.,

L'homme qui ne néglige rien pour se mettre au rang des hommes vertueux, est comme un prêtre, un ministre des dieux. Il vit aussi dans une intime familiarité avec celui qui a au dedans de lui son temple ; c'est cette divinité qui préserve l'homme de la souillure de toute volupté, de la blessure de la douleur, des atteintes de la calomnie ; c'est elle qui le rend insensible à toute perversité, et qui fait de lui un athlète pour le plus grand des combats, la victoire à remporter sur toutes les passions ; un homme profondément imprégné de justice; saluant du fond de son âme la bienvenue de tout ce qui lui arrive, de tout ce qui est son partage ; occupant rarement son esprit, et jamais sans une nécessité d'intérêt public, de ce que dit, de ce que fait, de ce que pense un autre. C'est à ses propres affaires qu'il emploie toute son activité ; et l'objet perpétuel de ses pensées , c'est la destinée que lui dispensent les lois de l'univers. Il assigne à son activité l'honnête pour but ; il vit persuadé que toujours le bien est dans sa destinée, car, emportée suivant les lois de l'univers, la destinée qui est notre partage y entraine à son tour chacun de nous. Il se souvient que tout être raisonnable est

son parent, et qu'il est dans la nature de l'homme de chérir tous ses semblables ; qu'il faut s'attacher non pas à la gloire que dispense la foule, mais à l'estime de ceux qui vivent conformément à la nature, (Id., m.)

Quand tu te seras fait donner les titres de bon, de modeste, d'ami de la vérité, de prudent, de résigné, de magnanime, prends bien garde de ne pas mériter les titres contraires ; et si tu perds ces noms-là, reviens-y au plus vite. Souviens-toi que le mot prudent signifie que tu dois examiner attentivement et sans distraction chaque objet ; que celui de résigné t'oblige à accepter sans murmurer tout ce que la commune nature te donne en partage ; que celui de magnanime suppose une grandeur, une élévation d'âme supérieure aux impressions douces ou rudes de la chair, à la vaine gloire, à la mort, à tous les autres accidents. Si tu conserves ces titres, mais sans te mettre en peine que d'autres te les donnent, tu deviendras tout autre, tu entreras dans une vie nouvelle. Car, de rester ce que tu as été jusqu'à ce jour, et de mener encore cette vie pleine d'agitation et de souillures, c'est n'avoir plus aucun sentiment, c'est être esclave de la vie, c'est ressembler à ces bestiaires à demi dévorés, qui, tout couverts de blessures et de sang, demandent avec prières qu'on les conserve pour le lendemain, où ils seront pourtant, à la même place, livrés aux mêmes ongles et aux mêmes dents. Etablis-toi donc dans la possession de ce petit nombre de titres ; et, si tu peux t'y maintenir, restes-y, comme si tu avais été transporté dans une sorte d'île des bienheureux. Si tu t'aperçois que la possession t'échappe, que tu n'es plus le maître, va-t'en courageusement dans quelque coin où tu redeviendras

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le maître... Un secours puissant pour te faire souvenir de ces titres, c'est de te souvenir qu'il y a des dieux, et qu'ils ne se soucient pas simplement d'être flattés par des animaux raisonnables , mais de voir tous les êtres raisonnables se rendre semblables à eux ; que c'est le figuier qui fait ce que doit faire le figuier, le chien ce qui est du chien, l'abeille ce qui est de l'abeille, et l'homme ce qui est de l'homme. (Id., x.)

Tu peux, dès maintenant, posséder tous ces biens que tu cherches à atteindre par la voie détournée ; sinon, tu t'en veux à toi-même. Tu n'as qu'à laisser là tout le passé, à remettre l'avenir aux soins de la Providence, et à diriger le présent tout seul vers la sainteté et la justice : vers la sainteté, afin que tu aimes ce qui te vient de la destinée, car la nature a fait ton sort pour toi et toi pour ton sort ; vers la justice, afin que tu dises la vérité librement et sans détour, et que tu fasses ce que commande la loi, ce que mérite chaque être. Ne te laisse empêcher ni par la malice des autres, ni par leur opinion, ni par leurs cris, ni par les sensations de cette chair qui t'enveloppe : c'est à ce qui souffre d'y voir. A quelque instant que tu doives arriver au bout de ta course, si tu dédaignes tout le reste pour t'occuper uniquement de la partie principale de ton âme et de ce qu'il y a de divin en toi ; si ce que tu crains, ce n'est pas de cesser de vivre, mais de ne jamais commencer à vivre conformément à ta nature ; alors tu seras un homme digne du monde qui t'a donné l'être ; tu cesseras d'être un étranger dans ta patrie, et de t'étonner, comme des choses inopinées, de ce qui arrive chaque jour; enfin tu ne dépendras plus de ceci et de cela.

Comprends enfin que tu as dans toi-même quelque chose de plus excellent et de plus divin que ce qui fait naître les passions, que ce qui t'agite en un mot comme les cordons font les marionnettes. Qu'est-ce présentement que ma pensée? est-ce crainte, torpeur, désir ou quelque chose de semblable? (Marc-Aurèle, xii)

C'est être porté par l'esprit de Dieu, de se porter vers les mêmes objets que Dieu et de conformer notre pensée à la sienne. (Id., xii.)

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