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CHAPITRE PREMIER

IDÉAL DES STOÏCIENS

Malgré la conviction sincère exprimée dans certaines pages des stoïciens, malgré l'élévation, je dirai presque le souffle chrétien de leur foi spiritualiste, nous sommes forcée de reconnaître que l'étude approfondie de leurs écrits ne nous permet pas de croire qu'ils aient eu autre chose que des notions vagues et flottantes sur Dieu, sur l'âme et sur la vie future. Si, d'une part, leurs affirmations nous semblent prouver qu'ils ont entrevu la vérité religieuse, d'autre part leurs diverses conjectures et même leurs négations constatent l'absence de principes religieux assez fermes, pour servir de base à leur morale. C'est la droiture de leur conscience, la pureté de leur vie, qui leur a fait pressentir le

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Dieu saint et parfait. Ils ont été conduits à Dieu par l'amour désintéressé du bien et c'est par une illumination supérieure, une inspiration divine qu'ils ont compris que l'âme est faite à l'image de Dieu, et que c'est en cela que consiste la grandeur, la dignité de l'homme. Quelle que soit l'origine de ce sentiment sublime et fécond, il serait difficile de nier que toute la morale stoïcienne en est pénétrée. Nous le retrouvons, plus ou moins vivant, chez tous les principaux représentants du stoïcisme. Il est au fond de toutes leurs conceptions de l'idéal moral, que cet idéal soit la vie conforme à la nature, ou l'imitation de Dieu, ou la perfection de l'âme, sa hberté, son harmonie et sa beauté. L'idée exprimée par ces divers termes n'est-elle pas, en effet, la culture, le perfectionnement du principe divin qui est en nous ? C'est l'honorer que d'aimer le bien et de le pratiquer ; c'est au contraire le dégrader que de s'adonner aJ mal qui est incompatible avec la nature divine de l'âme. Tous les hommes participent à cette nature, quelles que soient les circonstances extérieures qui es distinguent entre eux; tous peuvent et doivent manifester leur ressemblance avec Dieu et vivre avec Dieu, en travaillant à rendre leur âme parfaite. « La vertu, dit Sénèque, n'est interdite à personne, elle est accessible à tous ; elle accueille, elle invite tout le monde, les hommes libres, les affranchis, les esclaves, les rois, les bannis ; elle ne choisit ni la noblesse, ni le cens, elle se contente de l'homme dans sa nudité. » Le seul titre de gloire pour

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les stoïciens c'est donc la dignité humaine ; tous leurs efforts ont pour but de garder leur âme pure de toute souillure, et de la rendre forte, grande et sainte par la vertu. Exaltés par la haute idée qu'ils se font de l'homme, pénétrés de la grandeur de la fin qu'ils poursuivent, les stoïciens, ainsi que nous le dit Sénèque « s'occupent moins de faire paraître leur vertu agréable à ceux qui la recherchent, que de nous sauver au plus tôt et de nous transporter dans ces régions élevées qui sont tellement hors de la portée des traits, qu'elles dominent la fortune ». Et ces vaillants champions de la dignité humaine ont une foi invincible dans la puissance de l'âme qu'ils croient capable de réaliser la perfection divine et même de surpasser par sa constance « l'impassibilité de Dieu ».

Le souverain bien est dans le jugement même et dans la disposition d'une âme parfaite ; lorsqu e e s'est déployée dans toute sa sphère, lorsqu e e s'est retranchée dans ses propres limites, pour elle le souverain bien est complet ; elle ne désire rien de plus, car il n'y a rien au delà du tout, pas plus qu'au delà des limites. C'est donc une folie de me demander quelle est la chose pour laquelle je poursuis la vertu ; car c'est chercher quelque chose au delà de ce qui est tout. Tu me demandes ce que je poursuis dans la vertu? elle-même : car elle n a rien de meilleur ; elle-même elle est son prix. Est-ce a une chose peu considérable? Quand je te dis que le souverain bien est la fermeté d'une âme inflexible, et sa prévoyance, et son discernement, et son bon

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sens et sa liberté, et son harmonie, et sa beauté: ^eux-tu donc exiger encore quelque chose de plus

Ceux qui n'admettent pas le bienfait de l'esclave iZTJu "^^'^r- '"^'^onn^issent les droits de men?, ni ' ,^' '^ "^P*"'*^ ^^ considérer les sentivert,, «• f"" i"' T '^°""^' ^' "°n «* condition. La ri !?i '"*"''^'*n ^ P?''«on"e. elle est accessible a tous , elle accueille, elle invite tout le monde, les hommes hbres, les affranchis, les esclaves, les rois ks banms; el e ne choisit ni la noblesse ni le cens elle se contente de l'homme dans sa nudité. Quelle protection y aurait-il contre les revers imprévus ?A

dri'^'i''*"'*P°"''"^"^'P'''«'" l'^'^e' si 1** fortune aevait changer une vertu éprouvée ?

Un ^clave peut être juste, courageu.x, majnamme: donc il peut être bienfaisant. Car c'eS fussi de la vertu; et il est si vrai qu'un esclave peut

vie est le bienfait de son esclave. Il n'est pas douteux qu un esclave ne puisse être le bienfaiteur de tout autre : pourquoi donc pas de son maître ?

^ est une erreur de croire que la servitude descende dans l'homme tout entier: la plus noble partie de lui-même en est exempte. Le corps seul est 1 esclave et la propriété du maître: l'âme s'appartient a elle-même ; elle est si libre, si indépendante que même dans cette prison qui l'enferme, elle ne peut être empêchée de prendre tout son essor pour s élever aux plus grandes choses, et s'élancer dans nnhni, compagne des célestes intelligences. C'est donc le corps que la fortune a livré au maître ; c'est le corps qu il achète, c'est le corps qu'il vend. L'âme

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ne peut être traînée au marché ; tout ce qui vient d'elle est libre. (Sénèque, £>es Bienfaits, 3, xviii,

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