PRÉFACE V
le vieil homme avec ses passions et ses convoitises et de revêtir le nouvel homme créé dans une justice et une sainteté véritables » ; celle des Stoïciens c'est d'affranchir l'âme de tous les désirs de la nature inférieure et de la transformer à la ressemblance de Dieu. Si les termes sont différents, l'idée est identique. Il est vrai que, pour les Stoïciens, la vie est une ascension, tandis que, pour les chrétiens, c'est un relèvement.
L'idée d'une déchéance morale ne se trouve pas dans la doctrine stoïcienne, qui ne parle que du conflit perpétuel de nos deux natures. Mais, s'ils ne prononcent pas le mot de grâce de Dieu, ces vaillants athlètes de l'humanité n'attendent cependant pas tout de leurs propres forces : « Le commencement de la philosophie, chez ceux du moins qui s'y attachent comme il convient, dit Epictète, c'est le sentiment de notre infirmité et de notre faiblesse dans les choses indispensables ». Et ailleurs : « Souviens-toi de Dieu et dans la tempête invoquele ! » On reproche aux Stoïciens d'avoir plus songé à faire de l'homme un Dieu qu'à le rendre semblable à Dieu. Rien, dans leurs enseignements, ne nous a donné cette impression. La généreuse exaltation que produit en eux « la passion de l'honnête », aussi bien que l'humilité, que leur inspire le sentiment de leurs imperfections, élève sans cesse leur âme vers l'auteur de toutes choses. Et nous croyons
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que leur parole a dépassé leur pensée lorsqu'ils disent que l'homme, par la constance dans la vertu, surpasserait Dieu. Il y a peut-être beaucoup d'orgueil dans leur conviction de la toute-puissance de la volonté humaine ; mais ils ne séparent jamais l'homme de Dieu qui fait sa grandeur et à qui ils rapportent toute sa vertu. S'il nous fallait choisir entre la confiance, même exagérée, dans la volonté, et l'inertie d'une âme timide qui attend un mouvement de la grâce, même pour avoir la force de vouloir, nous n'hésiterions pas un instant à nous ranger du côté des Stoïciens. Cependant, nous croyons que la vérité est entre ces deux extrêmes, et c'est la disposition du vrai chrétien qui comprend qu'il faut commencer par agir avec le peu de force qu'il a, afin que Dieu la lui multiplie par sa grâce. Nous sommes si bien convaincu de la puissance du stoïcisme que nous souhaiterions que l'âme fût initiée par la forte morale stoïcienne à la liberté du christianisme. On ne comprend bien la miséricorde, la grâce et l'amour de Dieu qu'après avoir senti toutes les rigueurs de l'inflexible loi parfaite. On ne connaît bien sa faiblesse qu'après avoir essayé de satisfaire à toutes les exigences de la conscience. Il faut que la volonté de l'homme ait été aux prises avec ses désirs et ses passions égoïstes pour qu'il se puisse persuader que, dans cette lutte contre lui-même, il a besoin d'un plus puissant auxiliaire