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LA MÉDITATION, LA PHILOSOPHIE

Laméditation n'est pas plus que l'étude, pour Sénèque, une simple occupation de l'esprit : « Je songe premièrement, dit-il, à ce qui peut établir le repos de mon âme, et, après que je me suis bien examiné, je considère ce grand univers..... Ces méditations, pourvu qu'elles ne soient pas réduites en questions frivoles, élèvent et contentent l'esprit, lequel, se sentant pressé de la matière, n'aspire qu'à retourner au lieu de son origine. » La contemplation fortifie l'âme et la détache de la vie matérielle pour l'affermir dans sa haute vocation. Tous les phénomènes physiques ramènent sans cesse la pensée de

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Sénèque à la fin de l'humanité, à sa destinée future, au lieu où « l'âme sera reçue étant affranchie de la servitude du corps » . Aussi bénit-il la philosophie à laquelle, dit-il, « nous serions plus obhgés qu'aux dieux, si les dieux mêmes n'étaient auteurs de la philosophie et n'avaient rendu tout le monde capable de l'acquérir ». Il voit surtout dans la philosophie le moyen de parvenir à la sagesse et à la vertu, et il ne la sépare pas de « la justice, de la piété, de la religion et de toutes les autres vertus qui sont liées et jointes ensemble ». Pour lui, la philosophie est la vie même de l'âme. Aussi, loin d'en faire un objet de vanité « une pièce de montre » pour ceux qui sont éclairés par cette lumière supérieure, il veut qu'elle soit pour l'homme un guide, la règle même de toutes ses actions. « Que la Providence nous gouverne, ou que le destin nous entraîne », les enseignements de la philosophie restent les mêmes pour Sénèque : c'est « d'affermir ses bonnes intentions et de les faire passer en habitude ». Et sous la haute inspiration de ses grandes pensées, il exalte la noblesse de l'homme qui s'efforce de mettre sa vie d'accord avec ses sublimes contemplations : « Admire, dit-il, même lorsqu'ils tombent, des hommes qui s'efforcent à de grandes choses. C'est une noble tâche que de vouloir, en consultant, non pas ses forces, mais celles de sa nature, se porter vers les hauteurs, s'y essayer; que de concevoir en son esprit des projets supérieurs à ce que pourraient exécuter ceux-là

mêmes qu'ennoblit une grande âme. » Ici Sénèque distingue entre les forces de l'homme, c'est-à-dire celles qui sont limitées par toutes sortes de nécessités plus ou moins inévitables, et les forces de sa nature, savoir, les forces de sa nature divine qui sont infinies. Oui, s'efforcer même sans succès, c'est encore de la grandeur ; et celui qui ne se lasse pas d'aspirer à des sommets presque inaccessibles, qui reprend chaque jour sa pénible ascension à travers « des pentes escarpées »,est encore digne d'éloges, alors même qu'il reste en deçà du but. Sénèque ne songe pas un instant à abaisser son idéal pour l'accommoder à sa faiblesse : ce serait se diminuer volontairement, ce serait dégrader son àme que de se résigner à rester au-dessous de la perfection que sa pensée a conçue. C'est au moment même où il sent les contradictions incessantes entre la pratique et la théorie, l'infirmité d'une nature inférieure qui l'entrave dans sa vocation divine, qu'il affirme avec le plus de force son idéal si parfait.

Je songe premièrement à ce qui peut établir le repos de mon âme, et, après que je me suis bien examiné, je considère ce grand univers. Mais ne croyez pas que ce temps-là soit perdu; car ces méditations, pourvu qu'elles ne soient pas ainsi divisées et réduites en questions frivoles, élèvent et contentent l'esprit, lequel, se sentant pressé de la matière, n'aspire qu'à se mettre au large et à retourner au lieu de son origine. Le corps lui est un supplice et un poids qui le retient attaché, si la philo-

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Sophie ne le vient soulager en lui découvrant les secrets de la nature, et le faisant passer de la terre au ciel. C'est ainsi qu'il se met en liberté, et que, s'étant dérobé de sa garde, il se va récréer dans le ciel. De même que les artisans qui ont longtemps travaillé sur un ouvrage délicat, dans un lieu sombre, sortent, et vont se promener au grand jour dans une place publique, afin de réjouir leur vue qui est fatiguée ; ainsi l'esprit qui est enfermé dans cette obscure et triste demeure prend l'essor quand il le peut, et va se reposer dans la contemplation des effets de la nature.

Le sage et celui qui aspire à la sagesse, quoiqu'il soit attaché à son corps, ne laisse pas de s'en détacher quelquefois par la meilleure partie, et d'élever en haut toutes ses pensées. Il croit, comme s'il y était obligé par serment, que le temps qu'il demeure ici-bas lui est donné de grâce, et, sans avoir de l'amour non plus que du dégoût pour la vie, il s'accommode aux choses de la terre, sachant bien qu'on lui en réserve de meilleures autre part. Me défendrez-vous de considérer ce qu'il y a dans l'univers ? Voulez-vous, en me détachant du grand tout, me renfermer dans la partie que j'habite? Ne pourraije point rechercher quels sont les principes de toutes choses? qui les a formées? qui a séparé et mis en ordre ce qui était auparavant confondu dans une masse brute et immobile ? Ne m'informerai-je point qui est l'architecte de ce monde ? Comment une si vaste étendue se trouve si bien rangée ? Qui a ramassé ce quiétait épars, et distingué ce qui était pêle-mêle? Qui a donné des figures différentes aux choses qui étaient cachées sous la difformité de la matière ? D'où procède cette grande clarté qui fait le jour ; si c'est le feu, ou quelque chose de plus luisant que le feu? Ne saurai-je point d'où je suis

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venu ? Si je verrai ces choses-là une seule fois ou plusieurs ? Où je dois aller en partant d'ici ? Où Pâme sera reçue étant affranchie de la servitude du corps? Voulez-vous m'empêcher de ra'élever au ciel? c'est-à-dire, voulez-vous que je vive la tête baissée contre la terre? Je suis de trop bon lieu; je suis destiné à des choses trop grandes, pour me rendre esclave de mon corps ; je ne le regarde que comme une prison dont je suis environné. C'est pourquoi je le présente à la fortune pour arrêter ses traits, et je n'en laisse passer un seul jusqu'à moi, chez qui rien n'est susceptible d'injure, que ce misérable logis ; mais l'âme qui l'habite est franche et libre. Jamais cette chair ne me soumettra à la crainte et à la dissimulation, qui est indigne d'un homme de bien. Jamais je ne commettrai un mensonge en sa faveur; je romprai notre société quand bon me semblera ; et cependant, quoique nous soyons liés ensemble, il n'y aura point d'égalité entre nous, et l'âme prendra l'autorité tout entière. Le mépris de notre corps est la véritable liberté. Mais, pour revenir à mon propos, ce qui sert beaucoup à cette liberté est la contemplation dont je parlais tout à l'heure ; savoir, que tout est composé de Dieu et de la matière ; que Dieu gouverne tous les êtres qui sont répandus autour de lui et le suivent comme leur maître et leur conducteur. Or, Dieu, qui agit sur la matière, est plus puissant que la matière qui reçoit Taction de Dieu. Le rang que Dieu tient dans le monde, notre âme le doit tenir dans l'homme : la matière est au regard de Dieu ce que le corps est au nôtre. Il faut donc que le pire obéisse au meilleur, que nous soyons fermes contre les accidents ; que nous n'appréhendions point les injures, les violences, la peine, ni la pauvreté. Qu'est-ce que la mort? ou elle est une fin, ou bien

un passage. Je ne crains point de n'être plus ; car c'est de même que si je n'avais jamais été ; ni de passer aussi, parce qu'il m'est incommode d'être si étroitement logé. (Sénèque, Ejntre, lxv.)

Nous serions plus obligés à la philosophie qu'aux dieux, si les dieux mêmes n'étaient auteurs de la philosophie et n'avaient rendu tout le monde capable de l'acquérir ; car si la chose eût été vulgaire et que nous fussions tous nés prudents, la sagesse aurait perdu le plus grand avantage qu'elle ait ; je veux dire de n'être pas du nombre des choses fortuites. Ce qu'elle a d'excellent et de magnifique, c'est qu'elle ne vient point du hasard, que chacun la tient de soi-même, et n'en est obligé à personne. Qu'y aurait-il tant à admirer dans la philosophie, si c'était une chose qui se pût donner par gratification ? Toute son application consiste à trouver la vérité des choses divines et humaines. La justice, la piété, la religion, et toutes les autres vertus qui sont bées et jointes ensemble, ne l'abandonnent jamais ; c'est elle qui a établi le culte des dieux et l'amitié entre les hommes, qui nous a appris que les dieux sont maîtres du monde, et que les hommes y doivent vivre en communauté.

La sagesse dresse les âmes... Elle n'entreprend rien qui ne soit utile ; elle porte tout le monde à la paix et à la concorde. C'est elle qui gouverne la vie... Elle se propose la félicité pour objet; elle nous y conduit, elle nous en ouvre le chemin, elle fait connaître ce qui est mal en effet et ce qui ne l'est que par opinion. Elle chasse la vanité et met en sa place une grandeur sofide. Elle montre la différence qu'il y a entre l'illustre et l'orgueilleux, et fait voir ce que c'est du monde et ce qu'elle est

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elle-même. Elle enseigne ce qui est des dieux, des enfers, des lares et des génies ; quelle est la nature des âmes immortelles qui tiennent le second rang après les dieux ; leur séjour, leurs occupations, leurs désirs, et leur puissance... Elle recherche la nature de 1 ame, son origine, son siège, sa durée... Elle fait l'examen de la vérité. (Id., xc.)

Retirez-vous, autant que vous le pourrez, à l'abri de la philosophie ; elle vous conservera dans son sein. Vous serez en repos dans son sanctuaire et plus assuré qu'en tout autre lieu. On ne s'entre-choque que quand on passe dans un même endroit. Il ne faut pas pourtant tirer vanité de cette même philosophie. Bien des gens, pour s'en être glorifiés avec insolence, sont tombés en de grands périls. Servez-vousen pour corriger vos défauts, et non pour blâmer ceux d'autrui. Ne vous éloignez point des coutumes qui sont publiques, et vivez de sorte que l'on ne croie pas que vous voulez condamner tout ce que vous ne faites pas. On peut être sage sans montrer du faste et sans attirer l'envie. (Id., cm.)

La philosophie n'est pas une pièce de montre, destinée pour le peuple ; elle s'arrête seulement aux choses et non aux paroles ; on ne la prend pas pour se divertir durant quelque journée, ou pour se désennuyer quand on est de loisir. Elle forme l'esprit, ordonne la vie, règle les actions, montre ce qu'il faut faire et ce qu'on ne doit pas faire; elle tient le gouvernail et conduit le vaisseau dans les passages dangereux. Sans elle personne n'est en sûreté ; il arrive à toute heure une infinité de choses où l'on a besoin de conseil, et c'est ce qu'elle vous donnera. Mais (dira quelqu'un) à quoi

me servira ma philosophie, s'il y a une destinée ? Si Dieu gouverne toutes choses, ou si le hasard en est le maître (car lès événements certains ne peuvent être changés, et l'on ne sait qu'opposer contre les incertains) ; à quoi, dis-je, me servira la philosophie, si Dieu a prévenu mon dessein et a ordonné ce que je ferai, ou si la fortune ne me donne pas le loisir de délibérer ?

Que cela soit vrai en tout ou en partie, je raisonne ainsi. Soit que la destinée nous lie par une nécessité immuable, soit que Dieu, comme arbitre de l'univers, ordonne de toutes choses, soit que le hasard roule et conduise aveuglément les afi'aires humaines, il est certain que la philosophie nous assistera toujours ; elle nous exhortera de nous soumettre volontairement à Dieu, de résister à la fortune, de suivre les ordres de la Providence et de supporter les coups du hasard. Mais je ne veux pas examiner présentement ce qui demeure en notre pouvoir, soit que la Providence nous gouverne, ou que le destin nous entraîne, ou que les accidents subits se rendent maîtres de notre liberté. Je reviens donc à mon sujet, et je vous avertis de ne p;is laisser refroidir la chaleur de vos bonnes intentions ; affermissez-les et faites-les passer en habitude. (Id.jXiv.)

La philosophie enseigne à faire, non à parler • elle veut que chacun vive à la manière qu'elle prescrit, que nos paroles et nos actions se rapportent, et qu'il n'y ait point en cela de bigarrures; c'est un des plus grands avantages et la principale marque de la sagesse, quand les actions conviennent avec les paroles, et que l'on voit un homme toulours égal à soi-même. Qui pourra faire cela? Peu

de gens à la vérité ; il s'en trouve pourtant quelques uns ; j'avoue que la chose est difficile ; aussi, je nei dis pas que le sage doive marcher toujours d'ua même pas, mais bien par un même chemin.

L'inégalité est un défaut qui marque un.

esprit vacillant, dont la conduite n'est pas encore assurée.

Mais je veux vous dire d'où vient cette légèreté, et cette contrariété d'actions et de volontés : c'est que personne ne se propose un but arrêté, et, si l'on, s'en propose quelqu'un, on ne s'y arrête pas, mais on passe par-dessus, on le quitte, on y retourne, embrassant quelquefois ce qu'on avait auparavant condamné. C'est pourquoi, sans rechercher les anciennes définitions de la sagesse, je me contenterai de celle-ci, qui s'étend à toutes les conditions de la vie humaine. En quoi consiste la sagesse ? A vouloir toujours une même chose, ou à la rejeter toujours. Je n'y ajoute point cette condition: pourvu que la chose que vous vouliez soit juste, parce qu'il n'y a rien qui puisse toujours plaire s'il n'est juste. Ainsi vous voyez que la plupart des hommes ne savent ce qu'ils veulent qu'au moment qu'ils le veulent, et que personne n'est certain de ce qu'il doit vouloir ou ne vouloir pas. On change tous les jours de sentiment, on passe même dans celui qui est opposé. Aussi, la vie de beaucoup de gens n'est, à vrai dire, qu'un badinage. Achevez donc ce que vous avez commencé ; vous arriverez peut-être au plus haut degré, au moins à tel degré que vous seul pourrez connaître que ce n'est pas encore le plus haut.

N'ayez donc point d'autre pensée, d'autre soin, ni d'autre désir que de trouver le fond de votre satisfaction et de votre bonheur en vous-mêmes ;

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peut-il y avoir une féhcité qui approche davantage de celle de Dieu? (Id., xx.)

Savez-vous qui j'appelle bon ? C'est un homme parfait et accompH, que la violence et la nécessité ne sauraient rendre mauvais. Je prévois que vous serez tel si vous continuez, et si vous faites en sorte que toutes vos paroles et vos actions s'accordent ensemble , et soient comme frappées à un même coin. L'esprit n'est pas bien droit quand les actions se trouvent toujours opposées. (Id.,xxxiv.)

Les philosophes ne font pas ce qu'ils disent ? Ils font cependant beaucoup, en ce qu'ils le disent, en ce que leur esprit conçoit Fhonnête. Car si leurs actions étaient d'accord avec leurs discours, qu'y aurait-il de plus heureux que les philosophes? En attendant, il n'y a pas lieu de mépriser de bonnes paroles, et des cœurs pleins de bonnes pensées. Poursuivre de salutaires études, dût-on même rester en deçà du but, est digne d'éloges. Est-il surprenant qu'ils ne montent pas jusqu'au sommet, ceux qui gravissent des pentes escarpées ? Admire plutôt, même lorsqu'ils tombent, des hommes qui s'efforcent a de grandes choses. C'est une noble tâche que de vouloir, en consultant, non pas ses forces, mais celles de sa nature, se porter vers les hauteurs, s y essayer; que de concevoir en son esprit des projets supérieurs à ce que pourraient exécuter ceux-là mêmes qu'ennobht une grande âme. L'homme qui a pris cette résolution, voici sa pensée : « Moi, j'entendrai mon arrêt de mort du même air que je prononcerai, que je contemplerai la mort d'un criminel; moi, je me soumettrai au travail, quelque rude qu'il puisse être; l'âme étalera le corps ; moi j^aurai un

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égal mépris pour les richesses et présentes et absentes sans être plus triste, si quelque part elles gisent inutiles, ni plus présomptueux, si elles brillent autour de moi; moi, je ne serai sensible à la fortune, ni quand elle viendra, ni quand elle s'en ira; moi, je regarderai toutes les terres comme étant à moi, les miennes comme étant à tous; moi je vivrai comme sachant que je suis né pour les autres, et, à ce titre, je rendrai grâce à la nature des choses. Comment, en effet, pouvait-elle mieux arranger mes affaires ? Elle m'a donné moi seul à tous, et tous à moi seul. Ce que j'aurai, je ne veux ni le garder en avare, ni le répandre en prodigue. Rien ne sera mieux en ma possession que ce que j'aurai bien donaé. Je n'évaluerai les bienfaits ni par le nombre, ni par le poids, ni par aucun autre mérite que le mérite de celui qui reçoit. Jamais je ne croirai donner beaucoup quand un homme digne recevra. Dans ce que je ferai, rien pour l'opinion, tout pour ma conscience : je croirai avoir le peuple pour témoin de tout ce que je ferai arec le témoignage de ma conscience. En mangeant et en buvant, mon but sera d'apaiser les besoins de la nature, non de remplir le ventre et de le vider. Moi , gracieux pour mes amis, doux et facile pour mes ennemis, je serai fléchi avant d'être prié; j'irai au-devant des demandes honnêtes. Je saurai que ma patrie c'est le monde auquel président les dieux, que ceux-ci se tiennent au-dessus de moi, autour de moi, censeurs de mes actions et de mes paroles. En quelque moment que la nature rappelle mon àme, ou que ma raison la délivre, je m'en irai en prouvant que j'aimais la bonne conscience et les bonnes études, que je n'ùtai rien à la hberté de personne, que personne n'osa rien sur la mienne. (Sénèque, De la vie humaine^ xx.)

Celui qui se proposera d'agir ainsi, qui le voudra, qui le tentera, entrera dans la voie de Dieu ; et certes, quand même il ne s'y tiendrait pas , il ne tombera pourtant qu'après avoir osé de grandes choses. (Id., XXI.)

S'il nous était permis de pénétrer dans l'âme d'un homme de bien, oh ! que nous y verrions de beauté, de pureté et de tranquillité ; nous verrions éclater d'un côté la justice, de l'autre la force, et dans un autre endroit la tempérance et la prudence. Nous y verrions encore reluire la sobriété, la continence, la patience, la franchise; l'affabilité et (qui le pourrait croire ?) l'humanité, qui est une qualité assez rare dans l'homme. D'ailleurs, ô bons dieux, combien la prévoyance, la magnificence et la grandeur de courage lui donneraient-elles de crédit et de gravité ! Combien verrait-on de grâce et de majesté saintes ensemble ! Personne ne croirait cette âme digne d'amour qui ne la jugeât aussi digne d'adoration. Oui, si quelqu'un voyait cette face, qui est plus auguste et plus éclatante que tout ce qui parait dans l'univers, ne s'arrêterait-il pas tout étonné comme à la rencontre d'une divinité, la priant de lui permettre de la regarder; puis, attiré par sa douceuf, ne lui rendrait-il pas ses adorations.... Nous verrions la beauté de cette âme au travers de ses haillons. [Epître, cvx.)

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