LA TEMPERANCE
A l'égard des choses qui sont indispensables à la vie et à la santé du corps, les stoïciens insistent sur la frugalité, la tempérance et la modération. Sénèque ne veut pas que nous donnions au corps au delà de ce qu'il lui faut pour se bien porter. Épictète non seulement supprime entièrement tout ce qui est pour l'ostentation ou la sensualité , mais, pour s'exercer à se vaincre, il se prive même du strict nécessaire: « Quand tu as une soif ardente, dit-il, prends de l'eau fraîche dans la bouche et rejette-la, et ne le dis à personne. » Il sent qu'il est difficile de réunir et d'associer ces deux choses, les soins de l'homme qui s'intéresse aux objets et le calme de celui qui n'en fait aucun cas. Aussi prend-il sans cesse garde à lui-même de peur de s'attarder aux soins du corps. « Toutes ces choses, dit-il, doivent se faire par accessoire ; que vers l'esprit soient tournés tous nos soins ! »
Donnez seulement à votre corps ce qui suffit pour se bien porter. Il faut le traiter un peu rudement, de peur qu'il ne soit pas assez soumis à l'esprit. Ne mangez que pour apaiser la faim, et ne buvez que pour éteindre la soif. Ne cherchez dans votre habit qu'à vous défendre du froid, ni en votre logement qu'à vous mettre à couvert des injures de la saison. Il est indifférent que votre maison soit
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FORGE DAME
bâtie de gazon ou de marbre ; un homme est aussi bien sous une couverture de chaume que sous un lambris doré ; et l'on ne doit point faire état des embeUissements qui sont superflus. Songez qu'il n'y a rien en vous de considérable que l'esprit, lequel étant grand, tout doit lui paraître petit. (Sénèque, Epître, viii.)
Habituons-nous à repousser le faste, et en toutes choses consultons l'utilité et non l'éclat. Mangeons pour apaiser la faim, buvons pour la soif; que nos appétits n'aillent pas au delà du besoin. Apprenons à faire usage de nos membres, à ne pas disposer nos vêtements et nos repas suivant les modes nouvelles, mais suivant les mœurs de nos pères. Apprenons à redoubler de continence, à réprimer le luxe, à modérer la gourmandise, à adoucir la colère, à regarder la pauvreté d'un œil calme, à pratiquer la frugalité, dussions-nous rougir d'opposer à des besoins naturels des remèdes peu coûteux ; enfin, à enchaîner les espérances effrénées, les ambitions de l'âme qui s'élance vers l'avenir, et à faire en sorte que nous devions nos richesses plutôt à nousmêmes qu'à la fortune. (Id., De la, tranquillité de Vâmey TX.)
Borne-toi à Rapprocher ou à t'éloigner des choses par un mouvement volontaire, mais peu énergique, avec des réserves et en modérant ton élan. (Épictète, Manuel, ii.)
De tout ce qui regarde le corps, comme le manger, le boire, les vêtements, la maison, les gens de
la maison, n'aie que le strict nécessaire. Tout ce qui est pour l'ostentation ou la sensualité, supprimele entièrement. (Id., xxxiii.)
La vraie mesure de la possession doit être pour chacun le besoin du corps, comme le pied est la mesure de la sandale. Si tu te renfermes dans ces bornes, tu garderas la mesure ; si tu les passes, tu seras entraîné désormais comme dans un précipice. (Id.,xxxix.)
Signe de sottise, que de s'attarder aux soins du corps, comme de s'exercer longtemps, de manger longtemps, de boire longtemps, de donner beaucoup de temps aux autres nécessités corporelles. Toutes ces choses doivent se faire par accessoire ; que vers l'esprit soient tournés tous nos soins!
(Id., XLI.)
Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais leurs opinions sur les .choses. Par exemple, la mort n'est rien de terrible, car Socrate aussi l'aurait trouvée terrible ; mais notre opinion sur la mort, qui nous la fait regarder comme terrible, voilà ce qui est terrible. Lors donc que nous sommes entravés, ou troublés, ou affligés, n'accusons jamais autrui, mais nous-mêmes, c'est-à-dire nos opinions. Œuvre d'ignorant, que d'accuser les autres de ses propres maux; l'homme qui commence à s'instruire s'accuse lui-même ; l'homme instruit, ni les autres ni soi.
Si tu ne prends pas ce qu'on t'offre, mais dédaignes, alors, non seulement tu seras le convive des dieux, mais leur collègue. (Id., v.)
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Si tu as réglé avec frugalité tout ce qui concerne le corps, ne t'en vante point ; et si tu bois de l'eau, ne dis pas à tout propos : Je bois de l'eau. Veux-tu parfois t' exercer à la peine ? que ce soit pour toimême, non pour les autres. N'embrasse point les statues, mais, quand tu as une soif ardente, prends de l'eau fraîche dans ta bouche et rejette-la, et ne le dis à personne. (Id., xlvii.)
Il est difficile de réunir et d'associer ces deux choses, les soins de l'homme qui s'intéresse aux objets, et le calme de celui qui n'en fait aucun cas. Pourtant cela n'est pas impossible ; autrement, il ne serait pas possible d'être heureux. C'est ainsi que nous agissons dans un voyage sur mer. Qu'estce que nous y pouvons ? Choisir le pilote, les matelots, le jour,le moment. Une tempête survient après cela. Que m'importe ? J'ai fait ce qu'on pouvait me demander. Ce qui reste est l'affaire d'un autre, l'affaire du pilote. (Id., ii, 5.)
LE DÉDAIN DE l'OPINION
Ce qui montre surtout jusqu'à quel point les stoïciens ont poussé la force du renoncement, c'est l'indépendance de leur conscience, si convaincue de ne vouloir que le bien et si ferme à le poursuivre, que l'opinion d' autrui est impuissante à les ébranler, l'injure et l'outrage ne peuvent les atteindre, la louange et la flatterie ne peuvent pénétrer jusqu'à leur cœur. Quiconque a essayé de lutter contre la
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vanité et l'orgueil, sait ce qu'il en coûte de s'affranchir de l'opinion, de renoncer à l'approbation des autres, de s'exposer à leur censure et de supporter leur mépris. Le désir de la gloire est si naturel à l'homme, il cherche avec tant d'ardeur à se faire une place dans l'estime de ses semblables, qu'il faut une grande force d'âme pour s'élever au-dessus du jugement du monde, et suivre invariablement la route qu'on s'est tracée comme étant la meilleure, observer fidèlement la loi qu'on s'est imposée, la considérant comme la plus raisonnable et la plus juste. Aussi la grandeur des stoïciens nous subjuguet-elle surtout dans leur dédain de l'opinion, alors même que leur supériorité fière et hautaine nous écrase. Il faut se sentir bien fort pour « s'attacher avant tout, ainsi que nous le dit Sénèque, à ne pas suivre comme des moutons, le troupeau qui nous précède, en passant, non par où il faut aller, mais par où l'on va ». Les chemins battus sont si commodes, on s'y sent si bien soutenu par l'entrainement général, et, en cas d'erreur ou de faute, on se console si facilement, n'étant pas seul à s'être trompé, que tous les avantages semblent être pour celui qui se laisse emporter par la force du courant, plutôt que d'essayer de le remonter en luttant. « Mais rien ne nous entraine dans de plus grands maux, nous dit encore la voix grave de Sénèque, que de nous régler sur l'opinion, en croyant que le mieux est ce que la foule applaudit, et ce dont il y a beaucoup d'exemples, » au lieu de nous laisser guider
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par la lumière intérieure qui nous fait discerner le vrai du faux, d'être fermes dans nos résolutions, et de donner ainsi à notre âme l'unité de force, de puissance et d'harmonie. Cette unité, nous ne pouvons la trouver qu'en cherchant en nous-mêmes notre règle de conduite, plutôt que de nous appuyer sur les paroles et les actes de ceux qui nous entourent, et d'oublier notre dignité personnelle en livrant notre âme au premier venu. C'est déjà se dégrader que de délibérer sur des choses dont le respect de nous-mêmes devrait même écarter de nous la pensée. Avec quelle force Épictète nous le fait sentir par sa réponse énergique à ceux qui lui demandent comment nous sentirons ce qui est conforme à notre dignité! « Comment le taureau, dit-il, à l'approche du lion, sent-il seul la force qui est en lui, et se jette-t-il en avant pour le troupeau tout entier? Il est évident que, dès le premier instant, avec la force dont il est doué, se trouve en lui le sentiment de cette force. » Épictète ajoute aussi, comme pour encourager ceux qui paraissent douter de la possibilité d'atteindre jamais à une telle force: « Ce n'est pas en un jour que se fait l'homme d'élite; il faut s'exercer et se faire à grand'peine. Parce que je suis d'une nature ingrate, faut-il me refusera tout effort? A Dieu ne plaise... Il n'y a aucune autre chose dont nous nous refusions h prendre soin, parce que nous y désespérons du premier rang. » Et pour nous affranchir de la crainte de nos supérieurs, il nous rappelle « qu'il en est uu
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autre qui considère d'en haut ce qui se passe et à qui il nous faut plaire plutôt qu'à tel ou tel maître p. Ainsi l'obéissance même que nous devons à ceux qui tiennent leur pouvoir de Dieu ou de la société s'élève et devient plus parfaite par le principe même d'où elle émane. « Mais, disait-on à Épictète, de pareilles doctrines nous font mépriser les lois! — Et, répond-il, quelle est la doctrine qui donne à ceux qui la suivent plus de soumission aux lois ?... Elle nous apprend à céder au sujet de notre corps, de notre fortune, etc., etc., à nous détacher de tout, à renoncer à tout, elle n'en excepte que nos façons de penser. » Voilà le langage d'un stoïcien esclave. Le stoïcien empereur n'est pas moins fort contre l'adulation: « Que t'en reviendrat-il, je ne dis pas après la mort, mais même pendant la vie?... Considère comment l'homme touche à Dieu, par quelle partie de lui-même, et quand cette partie de l'homme se trouve dans les conditions nécessaires. » Invulnérable à la louange qui ne peut rien ajouter à ce qui est beau et grand, il ne s'inquiète que « d'agir avec justice, de marcher dans le droit chemin et de suivre Dieu qui tient toujours le droit chemin ». A ceux qui redoutent les jugements d'autrui, il dit : « Pénètre au fond de leurs âmes, et tu verras quels juges tu crains, et quels juges ils sont pour eux-mêmes. » A ceux qui sont méprisés ou haïs sans cause, il recommande la patience, la douceur et la bonté. En s'élevant audessus de l'opinion, les stoïciens ne cherchent pas
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une gloire plus haute que celle qu'ils dédaignent : ils sont grands sans ostentation, et c'est à bon droit qu'ils disent à leurs imitateurs : « Toi, n'aie pas la mine superbe ! »
L'honnête homme, s'il entre dans le palais d'un tyran, est le seul qui en sortira libre comme il y est entré ! Ramassé en lui-même, tout à lui et en lui, il est vraiment libre, et Jupiter même n'a point de pouvoir sur sa liberté. (Zenon.)
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Il faut nous attacher, avant tout, à ne pas suivre, comme des moutons, le troupeau qui nous précède, en passant, non par où il faut aller, mais par où l'on va. Or, rien ne nous entraine dans de plus grands maux que de nous régler sur l'opinion, en croyant que le mieux est ce que la foule applaudit, et ce dont il y a beaucoup d'exemples ; c'est vivre non suivant la raison, mais par imitation. De là cet énorme entassement de gens qui tombent les uns sur les autres. iJSénèque, De la vie heureuse, i.)
Cherchons ce qui est le meilleur, non ce qui est le plus ordinaire ; ce qui nous met en possession d'une éternelle félicité, non ce qui a l'approbation du vulgaire, le plus mauvais interprète de la vérité.
J'ai une lumière meilleure et plus sûre pour
discerner le vrai du faux. Que l'àme trouve le bien de l'âme. Si jamais elle a le temps de respirer, de rentrer en elle-même et de se mettre à la question, oh ! comme elle savoure la vérité ! (Id., n.)
Que l'homme soit incorruptible aux choses extérieures, invincible , admirateur seulement de lui-
même, confiant dans son âme, préparé à 1 une et à l'autre fortune , seul artisan de sa vie. Que sa confiance ne soit pas sans intelligence, son mte liîrence sans fermeté ; qu'une fois prises, ses resolutions tiennent, et que dans ses décrets il n y ait pas de rature. On comprend, sans que j'aie besoin de l'aiouter, qu'un tel homme sera posé, rangé et qu il fera tout avec grandeur, en même temps qu avec aménité... Le monde qui embrasse tout, ce Dieu qui régit l'univers, se mêle aux choses extérieures, et cependant de toutes parts et tout entier il revient en soi. Que notre esprit fasse de même... Il en résultera une unité de force et de puissance en harmonie avec elle-même. (Id., viii.)
Si tu crois tien cela seul qui est tien, et étranger ce qui, en effet, t'est étranger, nul ne te forcera iamais à faire une chose, nul ne t'en empêchera ; tu ne te plaindras de personne, tu n'accuseras personne • tu ne feras pas involontairement une seule action; personne ne te suivra, et d'ennemi, tu n en auras point, car tu ne pourras pas même souftrir rien de nuisible. (Épictète, ManueU i.)
Veux-tu avancer dans la sagesse, souffre, à l'égard des choses extérieures, de passer pour fou et imbécile. Consens à paraître moms savoir, et, si quelques-uns te remarquent, défie-toi de toi-meme Sache qu'il n'est pas facile de garder à la fois et ton libre arbitre conforme à la nature et les biens du dehors ; mais il est de toute nécessité, si tu t'occupes d'une de ces choses, que tu négliges l'autre. (Id., xiii.)
Celui-là est toujours maître d'un autre homme, qui a le pouvoir de lui procurer ce qui lui plaît, de
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FORCE D AME
lui ôtor ce qui lui déplaît. Tu veux être Hbre ne désire ou ne fais rien de ce qui dépend d autrui, sinon tu seras nécessairement esclave. (Id., xiv.)
Si tu aimes la philosophie, prépare-toi sur-lechamp à être raillé, à ce que la plupart rient de toi à ce qu'ils s écrient : « Après si peu de temps, U nous revient philosophe ! >> et : « Où a-t-il pris ce sourcil superbe V » - Toi, n'aie point la mme superbe, mais attache-toi aux choses qui te semblent les meilleures, comme si Dieu même t avait assigné ce poste, et souviens-toi que si tu y demeures fixé ceux qui te raillaient auparavant, ceux-là mêmes t'admirent ; mais si tu cèdes à ces gens, tu t'attireras d'eux une double raillerie. (Id., xxii.)
Que faut-il donc avoir présent à l'esprit ? Rien autre chose que ces questions: Qu'est-ce qui est a moi? Et qu'est-ce qui n'est pas à moi? Qu est-ce qui m'est possible ? Et qu'est-ce qui ne m'est pas possible? Il faut que je meure. Eh bien! faut-il que ce soit en pleurant? Il faut que je sois enchame. Faut-il donc que ce soit en me lamentant ? 11 taut aueie parte pour l'exil. Eh, qui m'empêche de partir en riant, le cœur dispos et tranquille ? - « Dis-moi tes secrets. — Je ne te les dis pas, car cela est en mon pouvoir. — Mais je t'enchainerai. — 0 homme, que dis-tu ? M'enchaîner, moi ! Tu enchaîneras ma cuisse ; mais ma faculté de juger et de vouloir, Jupiter lui-môme ne peut en triompher. — Je te ietterai en prison ? — Tu y jetteras mon corps. — Je te couperai la tête. - Quand t'ai-je dit que j étais le seul dont la tête ne pût être coupée ? » \ oila ce que devraient méditer les philosophes, ce quils devraient écrire tous les jours, ce à quoi ils devraient s'exercer. (Id., Entretiens, i, 1.)
0 homme, tu as en toi une faculté déjuger et de vouloir, dont la nature est de ne pouvoir être entravée ni contrainte ; voilà ce qui est écrit ici, dunsces entrailles. Je te le montrerai d abord au sujet du jugement. Quelqu'un peut-il t empêcher d'adhérer à la vérité? - Personne. - Quelquun Deut-il te forcer à recevoir pour vrai ce qui est taux. L Personne — Ne vois-tu pas alors que sur ce terrain ton libre arbitre est au-dessus^ de toute entrave, de toute contrainte, de tout empêchement f Eh bien ! sur le terrain du désir et de la volonté en est-il autrement ? Qu'est-ce qui peut triompher d'une volonté, si ce n'est une autre volonté ? d un désir ou d'une aversion, si ce n'est un autre desir ou une autre aversion? Mais, dis-tu, si tu emploies la crainte de la mort, tu me contramdras. -- Ce n est pas ce que' j'emploierai qui te contraindra, mais c'est que tu jugeras qu'il vaut mieux faire telle chose que de mourir. C'est donc ton jugement qui t'aura contraint, c'est-à-dire que c'est ton libre arbitre qui aura contraint ton libre arbitre Car si Dieu eût fait que cette partie spéciale, qu il a détachée de lui-même pour nous la donner, put être contrainte par lui ou par d'autres, il ne serait pas Dieu, et n'aurait pas de nous le soin qu il en doit avoir. Si tu le veux, tu es libre ; si tu le veux, tu n'accuseras personne, tu ne feras de reproches a personne. Tout arrivera conformément à ta volonté et à celle de Dieu tout ensemble, (là,, xvii.)
Qu'est-ce qui trouble donc le vulgaire et qu'est-ce qui l'effraie ? Le tyran et ses gardes ? Comment cela serait-il ? Et à Dieu ne plaise que cela soit ! 11 n est pas possible que l'être né libre soit troublé, entravé parmi autre que par lui-même. Ce sont ses jugements seuls qui causent son trouble. Car, lorsque
FORCE d'AME
le tyran dit : « Je chargerai de fers ta jambe, » celui qui attache du prix à sa jambe s'écrie : « Non, par pitié ! » mais celui qui n'attache de prix qu'à sa libre décision, dit : « Charî?e-la de fers, si cela te semble bon. — Cela ne te fait rien ? — Cela ne me fait rien. — Je te montrerai que je suis le maître. — Comment le pourrais-tu ? Jupiter m'a fait libre. Crois-tu qu'il ait pu permettre que son propre fils devînt esclave ? Tu es le maître de ma carcasse ; prends-la. — Ce n'est donc pas moi qui suis l'objet de tes soins lorsque tu m'approches ? — Non, mais moi-même. Et, si tu veux me faire dire que tu l'es aussi, entends-moi bien: «Tu l'es comme le serait une cruche. » ( Id. EntretienSj i, 9. )
Si par hasard il t'arrive de te tourner vers les choses du dehors dans le but de plaire à quelqu'un, sache que tu manques ton entreprise. Qu'il te suffise donc en toute chose (l'être philosophe. Et si tu veux le paraître, parais-le à toi-même ; c'est en ton pouvoir. (Ëpictète, Manuel, xxiii.)
Que ces pensées ne t'affligent point : « Je vivrai sans honneur, comme un homme de rien. » Car si le déshonneur est un mal, tu ne peux tomber par le pouvoir d'autrui dans rien de mauvais ni de honteux. Est-ce donc ton fait d'obtenir une dignité ou d'être reçu dans un banquet ? Nullement. En quoi donc est-ce un déshonneur? Et comment seras-tu un homme de rien ? N'est-ce donc pas seulement dans les choses qui dépendent de toi que tu dois te montrer quelqu'un ? et là ne peux-tu pas acquérir le plus grand prix ? (Id., xxiv.)
Ce qu'on peut tirer de soi-même, il est bien inutile et bien sot de le recevoir d'un autre. Quoi ! je puis
tenir de moi-même la grandeur d'âme et la générosité et ie recevrais de toi des terres, de l'argent, du pouvoir ! Aux dieux ne plaise ! Je ne méconnaîtrai pas ainsi ce qui est à moi.
Nul ne peut triompher de notre libre arbitre, si ce n'est lui-même. C'est à cause de cela que Dieu a établi cette loi toute puissante et toute juste : « Que le plus fort l'emporte toujours sur le plus faible. >> Dix sont plus forts qu'un seul ; mais quand il s agit de quoi? quand il s'agit de garrotter, de tuer, d entraîner de force où l'on veut, d'enlever aux gens ce Qu'ils possèdent. Dix triomphent donc d'un seul sur le terrain où ils sont plus forts que lui - Mais est-il un terrain où ils soient les plus faibles ? -- Oui, celui des convictions, si les siennes sont fondées, et les leurs non? -- Quoi ! ils ne pourraient le vaincre sur ce terrain?- Comment le pourraient-ils? bi nous étions dans une balance, ne serait-ce pas lorcément le plus lourd de nous deux qui enlèverait l'autre? (Id., Entretiens, i, 9.)
Signes qu'un homme avance dans la sagesse : il ne blâme, il ne loue personne ; ne parle point de lui-même, comme s'il était quelque chose ou savait quelque chose. S'il est empêché ou entrave en quelque affaire, il s'accuse seul; si on le loue, il iit en lui-même do qui le loue ; si on le blâme, il ne se défend pas. Mais il se tâte et s'observe comme les convalescents, craignant de troubler en quelque chose le calme qui naît en lui, avant qu il ait pris
consistance. . ., , 4.' ^^r.
Il a enlevé de lui tout désir, il a transporte son aversion vers ces choses seules qui, dépendant de nous, sont contraires à la nature. Il modère ses élans vers toutes choses; s'il passe pour sot ou ignorant, il n'en a souci. En un mot, il se garde de
lui-même comme d'un ennemi, comme de quelqu'un qui lui dresse des embûches. (Épictète, Manuel,
XLYin.)
Il faut se rappeler, à propos de tout, que c'est nous-mêmes qui nous mettons à la gêne, nousmêmes qui nous mettons à l'étroit, c'est-à-dire que ce sont nos façons de juger qui nous y mettent. Qu'est-ce, en effet, que d'être injurié ? Place-toi en face d'une pierre et injurie-la ; que produiras-tu ? Si donc quelqu'un se fait semblable à une pierre, quand il s'entend injurier, à quoi aboutira celui qui l'injuriera? Mais, si la faiblesse d'esprit de l'insulté est comme un pont pour l'insulteur, c'est alors qu'il arrivera à quelque chose. « Dépouille cet homme! » dis-tu. — Qu'ordonnes-tu de me faire ?-- « Arrache lui son manteau ; dépouille-le ! » dis-tu encore, et tu m'ajoutes : « Je t'ai fait injure. » — Grand bien t'arrive ! (Id., Entretiens, 25.)
Quelle place donc, dis-tu, aurai-je dans la cité ? — Celle que tu pourras avoir en gardant ta foi et ta pudeur ; mais si, en voulant servir ta cité, tu les perds, en quoi lui seras-tu utile, devenu impudent et malhonnête ? (Id., Manuel,xxiY).
Comment pourraient-ils avoir autant, et celui qui ne fréquente pas la porte de certain puissant et celui qui s'y présente sans cesse? celui qui ne l'accompagne point et celui qui l'accompagne? celui qui ne le flatte point et celui qui le flatte ? Tu es donc injuste et insatiable si, ne donnant point le prix dont ces biens s'achètent, tu veux les recevoir gratis. (Id., xxv.)
FORCE D*AME
m Quelqu'un livrait ton corps au premier q m
. ff Tfn t- ndUnerais ; mais toi, ta propre mtelli-
s-offre, ^^^ . "S ^^u' ramier venu, de sorte que,
^îr t-Vurie, SLVlUe et se bouleverse, et tu
n'en as pas honte ?(Id., XXVIII.)
Tn p., le seul qui sache combien tu t'estimes et combien tu veu\ te vendre. Chacun se vend un
^"AutsUuand Florus demanda à Agrippinus s'il devai deSdre sur la scène avec N ron pou y
même pas si je doi. le J^ire » o e , 4
leur dignité personnelle Comment
Oiiplau'un demandait a bpicteie . « ^^<seSns-nous ce qui est conforme a notre di^ S V » -Comment le taureau, dit-il, a 1 approche du «on sent-il seul la force qui est en lui et se tttèt-ll en avant pour le troupeau tout entier ? Il ^ .Â'L^ Ztàès le premier instant, avec la force f f M tf doué se trouve en lui le sentiment de cett force S bien de même chez nous, nul de ceux quT seront ain^i doués ne restera sans e avoir^aTs ce n'est pas en un jour que se fait le taureau non plus que l'homme d'élite ; il faut tvxeicer et si former à grand'peine, et ne pas s'éUnceîu'étourdie vers ce qui n'est pas de notre
•^'vSSement à quel prix tu vends ton libre arbitre. Au moins, mon ami, vends-le cher. - « Ce
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prix élevé et exceptionnel convient peut-être à d'autres (diras-tu), à Socrate et à ceux qui lui ressemblent ? Pourquoi donc, puisque nous naissons tous semblables à lui, un si petit nombre plus tard lui sont-ils semblables ? — Tous les chevaux deviennent-ils donc rapides et tous les limiers bons chasseurs ? — Eh bien ! parce que je suis d'une nature ingrate, faut-il me refuser à tout effort ? A Dieu ne plaise! Épictète n'est pas supérieur à Socrate, mais qu'il ne lui soit pas inférieur, et cela me suffit. Je ne deviendrai pas non plus un Milon, et cependant je ne néglige pas mon corps ; un Crésus non plus, et cependant je ne néglige pas ma fortune. 11 n'y a aucune autre chose en un mot, dont nous nous refusions éprendre soin, parce que nous y désespérons du premier rang. » (Id., Entretie7is,i,2,)
Mais celui qui est au pouvoir a dit : « Je te déclare impie et criminel! »Que t'est-il donc arrivé ? — J'ai été déclaré impie et criminel. — Pas autre chose? — Non. — S'il avait à prononcer sur une proposition conjonctive, et qu'il rendît cet arrêt : « Je déclare faux qu'il fasse clair, s'il fait jour », qu'en résulterait-il pour cette proposition conjonctive? Qui juge-t-on ici, en effet ? Qui condamne-t-on ? La proposition conjonctive, ou celui qui se trompe à son endroit ? Est-ce que cet individu, qui a le pouvoir de prononcer sur toi, sait ce que c'est que la piété ou l'impiété ? Est-ce qu'il y a jamais réfléchi ? Est-ce qu'il Fa jamais appris ? Où l'aurait-il fait ? Et de qui ? Un musicien s'inquiéterait fort peu qu'il déclarât que la note la plus basse est la plus haute ; un géomètre, qu'il prononçât que toutes les lignes menées de la circonférence au centre ne sont pas égales ; et l'homme vraiment instruit s'occupera
des jugements d'un ignorant sur ce qui est honnête et sur ce qui ne l'est pas, sur ce qui est juste et sur ce qui est injuste! Quel tort pour des gens instruits ! Est-ce là ce que tu as appris ici ?(Id., i, Z3.)
Lorsque tu vas trouver quelqu'un de tes supérieurs, rappelle-toi qu'il en est un autre qui considère d'en haut ce qui se passe, et à qui il te faut plaire plutôt qu'à celui-là. Ce maître d'en haut te pose cette question : « Dans l'école, que disais-tu de l'exil, de la prison, des fers, de la mort et de l'obscurité ? — Moi? que ce sont des choses indifférentes. — Et maintenant, qu'est-ce que tu en dis? Ont-elles changé?— Non. — Es-tu changé, toi? — ^on — Dis-nous donc quelles sont les choses indifférentes. — Celles qui sont en dehors de notre libre arbitre. — Dis donc aussi ce qui s'ensuit : « Les choses indifférentes ne me touchent en rien. » Dis aussi ce qui vous semblait être des biens. — Juger et vouloir comme on le doit, et user de même des idées. — En fin de quoi? — Afin de t'obéir. — Est-ce là encore ce que tu dis aujourd'hui?— C'est ce que je dis aujourd'hui. — Va donc et entre sans crainte, en te souvenant de tout cela; et tu verras ce qu'est au milieu des gens qui n'ont pas étudié, un jeune homme qui a étudié comme on le doit. »
(Id., 30.)
Toi qui te rends devant la justice, vois ce que tu veux sauver, et l'espèce de succès que tu cherches. Si tu ne veux sauver que l'accord de ton jugement et de ta volonté avec la nature, tout est sûr, tout est facile pour toi; tu n'as rien à craindre. Car, dès que tu ne veux que sauver ce qui est en ton pouvoir, ce qui de sa nature est indépendant et libre, dès que tu
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ne prétends à rien de plus, de quoi as-tu à t'inquiéter encore ? Ces choses ont-elles, en effet, un maître? Est-il quelqu'un qui puisse te les enlever? Si tu veux te respecter toi-même et être honnête, qui t'en empêchera ? Si tu veux n'être jamais entravé ni contraint, qui te forcera à désirer ce que tu ne croiras pas devoir désirer, à redouter ce que tu ne croiras pas devoir redouter ? Qu'y a-t-il en effet ? On peut bien te faire des choses qui paraissent effroyables, mais comment peut-on faire que tu les subisses en les craignant? Dès l'instant donc où le désir et la crainte sont en ta puissance, de quoi peux-tu t'inquiéter encore ? Que ce soit là ton exorde, que ce soit là ta narration, que ce soit là ta confirmation, que ce soit là ta réfutation, que ce soit là ta péroraison, que ce soit là ton moyen de te faire admirer.
C'est pour cela que Socrate répondit à celui qui lui conseillait de se préparer à son procès : « Ne trouves-tu donc pas que je m'y suis préparé par ma vie tout entière ? » De quelle façon ? — « J'ai sauvé ce qui est vraiment à moi ! » — Comment cela? — « Je n'ai jamais rien fait de mal, ni comme homme ni comme citoyen .» (Id., ii, 2.)
Le sage est invincible : il ne combat, en effet, que là où il est le plus fort. « Tu veux ce qui est dans mon champ : prends-le ; prends mes serviteurs ; prends mon pouvoir ; prends mon corps ; mais tu ne feras pas que mes désirs soient trompés, ou que je tombe dans ce que je cherche à éviter. »
Le sage ne descend au combat que pour les choses qui dépendent de son libre arbitre. Comment alors ne serait-il pas invincible ? (Id., m, 6.)
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Qu'est-ce qui faisait donc la confiance d'Ulysse? Ce n'était ni la réputation, ni la richesse, ni le pouvoir; c'était sa force intérieure, c'est-à-dire ses convictions sur ce qui dépend de nous et sur ce qui n'en dépend pas. Ce sont elles seules, en effet, qui nous font libres et indépendants, qui font relever la tête à celui qu'on humilie, qui nous font regarder en face et d'un œil fixe les riches et les puissants. (Id.,iii, 26.)
Aurons-nous renversé, avec la citadelle qu'ils s'y sont faite, tous les tyrans qui sont en nous, ces tyrans que nous y trouvons chaque jour à propos de tout, tantôt les mêmes, tantôt divers? C'est par là qu'il faut commencer. (Id., iv, 1.)
« A moi la sagesse (devrais-tu dire) ; à un tel le tribunat! A lui le consulat; à moi la retenue! Je n'applaudis pas, quand il est déshonorant de le faire. Je ne me lève pas, quand je ne dois pas me lever. Je suis libre, en effet, et l'ami de Dieu, pour lui obéir volontairement en tout.Jenedoism'éprendre de rien autre, ni de mon corps, ni de la fortune, ni du pouvoir, ni de la réputation, ni de quoi que ce soit en un mot, car Dieu ne veut pas que je m'en éprenne. (Id.,iv, 3.)
Moi j'ai tout examiné, et je sais que personne n'a prise sur moi. Dieu m'a donné la liberté ; je sais ce qu'il a voulu : personne ne peut aujourd'hui me faire esclave ; j'ai pour garantir ma liberté un magistrat tel qu'il le faut, des juges tels qu'il les. faut. Toi, tu es le maître de ma fortune, mais que m'importe ! Tu es le maître de m'exiler, de me mettre aux fers! Eh bien! je te concède tout cela, avec
mon corps même tout entier, lorsque tu le voudras. Mais fais l'essai de ton pouvoir, et tu verras où il s'arrête entre tes mains. (Id., iv, 7.)
Si une figue arrive dans ta robe, prends-la et mange-la : il t'est permis de faire assez de cas des figues pour cela. Mais quant à me baisser, quanta faire tomber quelqu'un ou me faire renverser par lui, quant à flatter ceux qui ont là leurs entrées, la figue n'en vaut pas la peine, non plus qu'aucun de ces biens que les philosophes m'ont appris à ne pas regarder comme des biens.
Alors donc que je ne crains rien de ce que le tyran peut me faire, et que je ne désire rien de ce qu'il peut me donner, pourquoi m'extasier et me déconcerter devant lui? Pourquoi avoir peur de ses gardes? Pourquoi me réjouir s'il me parle ou m'accueille avec bienveillance? Et pourquoi raconter aux autres comment il m'aura parlé ? Est-il donc Socrate, est-il donc Diogène, pour que sa louange soit une preuve de ce que je vaux ? Est-ce que je prends ses mœurs pour modèle? Non; seulement, pour continuer à jouer, je vais chez lui, et je lui obéis, tant qu'il ne me commande ni sottise, ni mauvaise action.
— Mais de pareilles doctrines nous font mépriser les lois ! — Et quelle est la doctrine qui donne à ceux qui la suivent plus de soumission aux lois? Mais le caprice d'un imbécile n'est pas une loi. Et cependant vois comme, à l'égard de ces gens euxmêmes, cette doctrine nous dispose de la façon qu'il faut, elle qui nous apprend à ne leur disputer aucune des choses pour lesquelles ils peuvent être plus forts que nous. Elle nous apprend à céder au sujet de notre corps, à céder au sujet de notre
FORCE d'ame
fnrtnne au sujet de nos enfants, de nos parents, de ïs frères à nous détacher de tout; à renoncer a C eUe n'en excepte que nos façons dépenser, dont'jupiter a voulu faire ce qui distingue chacun de nous. (Id., iv, 7.)
nouvre-toi d'ignominie, oui, couvre-toi d'ignominie "mon àmefTu n'auras plus e temps de t ho norer. Pour tous les hommes la vie est fugitive ma?s a tienne touche presque à son terme, et tu ^as de toi aucun respect, car c'est dans les âmes Ses autS que tu places ta félicité. (Marc-Aurele,
Oh' aue toutes choses s'évanouissent en peu de tPmn« Tes corps au sein du monde, leur souvenir au seki des Ses ! Que sont tous les objets sensiïeset surtout ceux qui nous séduisent par 1 attrait de la volupté, ou nous effrayent par 1 image de kdouleur ceux enfln dont le faste nous arrache des cris d'admiration? Que tout cela est frivole, i>ne de mépris ! C'est un dégoût, une corrupt'on, c'est la mort Voilà ce que doit comprendre ta raison So^ge à ce que sont ceux-là mêmes dont les nnînions et les voix nous donnent la gloire. Qu estre Te Ta mort ? Si on la considère en elle seule ; si, pa'une abstraction de la pensée, on la sépare des fmag^s dont nous la revêtons, on verra que la mort n^est rien qu'une opération de la nature. Or, quiconque a peur d'une opération de la nature est un
aTble enfant. Il y a plus : non seu\eme"t ^f ^^^^ une opération de la nature, mais c est «ne opération utile à la nature. Considère enfin comnient 1 h^mme touche à Dieu, par quelle partie ^e Un-meme e quand cette partie de l'homme se trouve dans les conditions nécessaires. (Marc-Aurele, ii, U.)
Voici pourtant ce que je suis : un peu de chair, un faible souffle et un principe modérateur. Le troisième principe est celui qui commande. C'est là qu'il faut appliquer tous tes soins. Tu es vieux; ne permets plus qu'il soit dans l'esclavage, ni qu'il soit entraîné au gré d'un sauvage caprice, ni qu'il murmure contre la destinée, contre le présent, ou qu'il n'ose envisager l'avenir. (Id., ii, 2.)
Juge-toi digne de conformer toutes tes paroles, toutes tes actions cala nature. Que jamais le blâme, les discours qui pourraient s'ensuivre, n'aient sur toi aucune influence. S'il est bien de faire la chose ou de la dire, ne la juge pas indigne de toi. Eux, ils ont leur manière propre de juger, leur passion propre: n'y regarde pas, va ton droit chemin, suis la nature qui t'est propre et celle qui est commune à tous. Il n'y a, pour l'une et pour l'autre, qu'une seule route. (Id., v, 3.)
La mort est la fin du combat que se livrent nos sens, des secousses que nous impriment nos désirs, des écarts de notre pensée, de la servitude que nous impose la chair. (Id., vi, 28.)
Il est honteux que, y\.ns une vie à laquelle ne succombe point ton corps, ton âme succombe la première. (Id., vi, 29.)
Personne ne t'empêchera de vivre selon la loi de la nature : il ne t'arrivera rien contre la loi de la nature universelle. (Id., vi, 58.)
FORCE D AME
Quand ce qui commande en nous suit sa nature, voici sa conduite avec les événements de la vie : toujours c'est sans effort qu'il se transporte du côté de ce qui lui est possible et permis. Il n'a de prédilection pour aucun sujet déterminé. S'il se porte vers les choses préférées, c'est sans condition. De l'obstacle qui se présente il fait la matière même de son action. C'est ainsi que le feu se rend le maître de ce qui lui tombe dedans : une petite lampe en eût été éteinte ; mais le feu resplendissant s'approprie bientôt les matières entassées, les consume, et par elles s'élève plus haut encore. (Id., iv, 1.)
Supprime l'opinion, tu as supprimé cette plainte : On m'a fait du mal. Supprime la plainte : On m'a faitdumalj et le mal même est supprimé. (Id.,iv,7.)
Ne te laisse point entraîner au gré du tourbillon : toujours, quand tu te mets en mouvement pour agir, c'est ce qui est juste qu'il faut faire ; toujours, entre tes pensées, tiens-toi à ce qui peut clairement se concevoir. (Id., iv, 32.)
Appelles-tu donc en général malheur de l'homme ce qui n'est point un obstacle à l'accomplissement du but de la nature de l'homme? Et y a-t-il un obstacle à l'accomplissement du but de la nature humaine, dans ce qui n'est point contre le vœu de cette nature? Quoi ! tu sais quel est ce vœu ; ce qui t'est arrivé t'empêchera-t-il donc d'être juste, magnanime, tempérant, sage, réservé, véridique, modeste, hbre ; d'avoir toutes les vertus dont la présence est le caractère propre de la nature humaine? Souviens-toi, du reste, à chaque événement qui provoquerait ta tristesse, de recourir à
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cette vérité : que ce n'est point là un malheur, mais qu'il y a un réel bonheur à supporter cet accident
avec courage.
(Id., IV, 49.)
Ils se cherchent des retraites, chaumières rustiques, rivages des mers, montagnes : toi aussi tu te livres d'habitude à un vif désir de pareils biens. Or, c'est là le fait d'un homme ignorant et inhabile puisqu'il t'est permis, à l'heure que tu veux, de te retirer dans toi-même. Nulle part l'homme n'a de retraite plus tranquille, moins troublée par les affaires, que celle qu'il trouve dans son âme, particulièrement si l'on a en soi-même de ces choses dont la contemplation suffit pour nous faire jouir à l'instant du calme parfait, lequel n'est pas autre, à mon sens, qu'une parfaite ordonnance de notre âme. Donne-toi donc sans cesse cette retraite, et là, renouvelle-toi toi-même. Qu'il y ait là de ces maximes courtes, fondamentales, qui, au premier abord, suffiront à rendre la sérénité à ton âme, et à te renvoyer en état de supporter avec résignation tout ce monde où tu reviens. (Id., iv, 3.)
Essayons de les persuader. Cependant fais, malgré eux, ce qu'exigent la justice et la raison. Si quelqu'un emploie la violence pour t'arrêter, tourne ton âme à la résignation et au calme, sers-toi de l'obstacle pour exercer une autre vertu. Souvienstoi que ton désir était sous condition, et que tu ne voulais pas une chose impossible. Que voulais-tu donc ? T'efforcer d'accomphr telle action? Tu l'as fait. Tenons pour accompli ce qu'on s'est porté à accomplir. (Id., vi, 50.)
Il m'est permis de ne porter aucun jugement sur cette chose, et de ne pas troubler mon âme. Les
FORCE DAME ^^'
choses, en effet, ne sont pas de telle nature qu'elles forcent nos iugements. (Id., vi, sz.j
fplni au éblouit l'éclat de la réputation qu'il peut inP.Sr après sa mort ne réfléchit pas que chacun .t .pL aui se souviendront de lui mourra bientôt
fa nature'en t'attachant à toute autre chose qu a la raison. (Id., iv, 19.)
Tout ce qui est be^^^-^iue f-- 1.-.-
soit, est b«-;î P/; YaTuTnge nt Ut pas partie, toute sa beauté, et la louanfe*; . - meilleur. Et
^^ ^^"^"^dls uT applte rffis'eïclses que ce que 3e d s l^J^^^^ belles par exemple : les l'usage vulgaire nomme bel es P ^v ^^^
objets matériels et le. œ^vr^ louange? Non,
beau dans la r^f *<^^";7' „7' ^e la vérité, pas plus pas plus que la 01, pas Plf f ^ '^J,;' y' ^.t-fl là
glaive, d'une fleur, d'un arbrisseau f ild., iv, 20.)
Tout passe en un jour, et le panégyrique et l'objet célébré. (Id., iv, 35.)
Quelle conduite ! On ne veut point louer les hommes de son temps, ceux qui vivent avec nous; et on fait grand cas des louanges de ceux qui naîtront plus tard, qu'on n'a jamais vus, qu'on ne verra jamais ! C'est à peu près comme si tu t'affligeais de n'avoir pas obtenu les louanges de ceux qui ont vécu jadis. (Id., vi, 18.)
A quelles gens on veut plaire! Et pour quoi gagner, et par quelles actions ! Bientôt le temps engloutira toutes ces choses ; et combien déjà il en a englouties ! (Id., vi, 59.)
Combien d'hommes autrefois célèbres qui déjà sont tombés dans l'oubli! Combien aussi depuis longtemps sont morts, qui les avaient célébrés! (Id., VII, 6.)
Tu veux être loué par un homme qui trois fois par heure se maudit lui-même ! Tu veux plaire à un homme qui ne se plait pas à lui-même ! Se plait-on à soi-même quand on se repent de presque tout ce qu'on fait? (Id., viii, 53.)
Ce qui commande en nous ne se trouble jamais lui-même, je veux dire ne se jette point lui-même dans la crainte ou la douleur. Si quelqu'un peut l'effrayer, l'affliger, qu'il le fasse : l'intelligence ne se laissera point entraîner par l'opinion à ces mouvements désordonnés. C'est au corps à prendre soin que rien ne le blesse, s'il est possible, et quand
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il souffre, à se plaindre: pour l'àme, qui s'effraye, qui s'afflige, qui juge souverainement de ces passions, il ne faut pas qu'elle soit blessée ; ne l'entraine jamais à porter un pareil jugement. Ce qui commande en nous n'a besoin, pour ce qui le concerne, de rien d'étranger, à moins qu'il ne se rende indigent lui-même. Par conséquent, rien ne le trouble, rien ne peut l'embarrasser, à moins que lui-même ne se trouble et ne s'embarrasse. (Id., vu, 16.)
Renferme-toi en toi-même. La nature de l'âme raisonnable, c'est de se suffire à elle-même, quand elle pratique la justice, car alors elle jouit d'une pleine sérénité. (Id., vu, 28.)
Sur la douleur. Quand elle est insupportable, elle nous fait périr ; quand elle dure, c'est qu'elle est supportable. Lorsque l'àme se renferme en ellemême, elle conserve sa sérénité, et ce qui commande en nous n'éprouve aucun dommage. (Id., vu, 33.)
La nature ne t'a pas si intimement uni à ce mélange d'éléments, qu'il te soit interdit de te circonscrire toi-même, et de soumettre à ton pouvoir les fonctions qui te sont propres. Il se peut très bien qu'on soit un homme divin et qu'on ne soit connu de personne. Souviens-toi toujours de cette vérité, et de celle-ci encore : qu'il suffit de bien peu de choses pour faire une vie heureuse. Oui, si tu désespères de devenir un dialecticien, un physicien, ne renonce pas pour cela à te montrer libre, modeste, sociable, obéissant à Dieu. (Id., vu, 67.)
L'âme est libre de conserver sa sérénité et sa paix, et de ne pas admettre l'opinion que c'est un
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mal. En effet, tout jugement, tout désir, tout appétit, toute passion, est en dedans de nous : aucun mal ne peut monter jusque-là. (Id., viii, 28.)
Efface les idées qui te viennent des sens en te disant sans cesse à toi-même : Il est aujourd'hui en mon pouvoir de ne Jaisser dans cette âme nulle perversité, nul désir, nul trouble, en un mot; je puis voir ce que sont en réalité les objets, et me servir de chacun d'eux suivant son mérite. Souviens-toi de ce pouvoir qui t'a été accordé par la nature. (Id., VIII, 29.)
L'obstacle à la sensation est un mal pour la nature animale. L'obstacle qui s'oppose à la satisfaction du désir est encore un mal pour la nature animale. Il y a également un mal qui arrête le développement de l'organisation des plantes. De même aussi l'obstacle qui arrête l'inteUigence est un mal pour la nature intelligente. Applique-toi à toi-même toutes ces observations. La douleur, le plaisir, te font-ils sentir leurs atteintes ? Que la sensation y voie. Y a-t-il eu empêchement à l'accomplissement de ton désir? Si tu avais conçu ton désir sans tenir compte de ce qui pouvait arriver, c'est là un mal qui touche en toi la partie raisonnable. Mais, si tu acceptes l'événement comme chose ordinaire, tu n'as point été blessé, tu n'as point rencontré d'obstacle. Personne autre que toi n'a certainement l'habitude d'entraver les fonctions propres à ton inteUigence; car ni feu, ni fer, ni tyran, ni calomnie, rien, en un mot, n'y porte atteinte; quand la sphère est faite, elle reste ronde et polie. (Id., viii, 41.)
Chacun a son plaisir à soi. Moi, le mien, c'est de conserver mon esprit bien sain ; de le préserver de toute aversion pour l'homme ou pour ce qui arrive aux hommes ; de lui faire envisager d'un œil de bienveillance, accueillir sans murmure tous les événements ; de lui faire user de chaque chose selon sa valeur. (Id., viii, 43.)
Prends-moi, jette-moi où tu veux. Là encore, je posséderai mon génie secourable, c'est-à-dire que je serai content, pourvu que j'agisse conformément aux lois de ma propre nature. Est-ce donc un si grand bien pour moi, que mon âme, pour si peu, éprouve un malaise; qu'elle tombe au-dessous d'elle-même, humihée, pleine de désirs, affaissée sur soi, consternée ? Que peux-tu trouver là qui ait tant d'attraits? (Id., viii, 45.)
Souviens-toi que ce qui commande en toi devient inexpugnable, quand il se ramasse en lui-même, qu'il se contente de soi, ne faisant jamais que sa volonté, même quand c'est sans raison qu'il résiste. Que sera-ce donc quand il portera son jugement sur un objet après avoir pris conseil de la raison et pesé les circonstances ? C'est là ce qui fait une citadelle d'une âme libre de passions ; car l'homme n'a pas d'asile plus sûr où il puisse plus tard se défendre contre les attaques. Ne pas voir cela, c'est ignorance ; le voir, et ne pas se retirer dans cet asile, c'est se rendre infortuné. (Id., viii, 48.^
La vie est courte et pour celui qui loue, et pour celui qui reçoit la louange et pour celui qui rappelle un nom et pour celui dont le nom est rappelé.
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Ajoute que cela se passe dans un coin de cette plage terrestre, dans un coin où il n'y a pas même accord entre tous les hommes, que dis-je? entre un homme et lui-même. Ajoute enfin que la terre tout entière n'est qu'un point. (Id., viii, 21.)
J'ai souvent admiré comment il se fait qiîe l'homme, s'aimant lui-même par-dessus toutes choses, fasse cependant moins de cas de sa propre opinion sur ce qu'il vaut, que de celle d' autrui. Si l'on recevait d'un dieu ou d'un maître sage l'ordre de ne rien penser, de ne rien méditer, qu'à Finstant même de la conception on n'en rendît compte en pubhc, on ne supporterait pas un jour entier cette contrainte. Il est donc vrai que nous redoutons plus l'opinion d' autrui sur nous que la nôtre. (Id., xii, 4.)
Combien de temps il gagne, celui qui ne prend pas garde à ce que le prochain a dit, a fait, a pensé, mais seulement à ce qu'il fait lui-même, afin de rendre ses actions justes et saintes. (Id., iv, 18.)
Ne vois-tu pas que, si les artisans s'accommodent jusqu'à un certain point au jugement des inhabiles, ils n'en restent pas moins attachés à la règle de leur métier et ne s'en laissent jamais divertir? N'est-ii pas honteux que l'architecte, que le médecin aient plus de respect pour la règle de leur art que l'homme n'en a pour sa propre règle, laquelle lui est commune avec les dieux ? (Id. j vi, 35.)
D'Antisthène : « C'est chose royale, quand on fait le bien, d'entendre dire du mal de soi. (Id., vir, 3().)
Situ as compris où gît la principale affaire, cesse de t'inquiéter de la réputation que tu te feras : qu'il te suffise de passer dans le bien le reste de ta vie, ce que la nature voudra bien t'accorder encore. Apprends donc ce qu'elle exige de toi ; ne te laisse distraire par nulle autre chose au monde. Déjà, tu l'as éprouvé ; après avoir erré autour de mille objets, nulle part tu n'as trouvé le bonheur, ni dans l'étude du raisonnement, ni dans la richesse, ni dans la gloire, ni dans les jouissances, nulle part enfin. Où est donc le bonheur ? dans la pratique de ce qu'exige la nature de l'homme. Mais comment ré.u^ler ses actions sur elle ? en se faisant des principes qui règlent nos désirs et nos actions. Quels principes ? Ceux qu'on se fait sur le bien et le mal, à savoir qu'il n'y a rien de bon pour l'homme que ce qui le rend juste, tempérant, courageux, libre, et rien de mauvais que ce qui produit les effets contraires à ceux-là. (Id., viii, 1.)
Quand tu agis, point de nonchalance. Quand tu parles à quelqu'un, point d'agitation. Ne sois pas déréglé dans tes pensées. Que ton âme ne soit ni toujours sombre ni toujours épanouie. Ne donne pas ta vie tout entière au soin des affaires. Ils tuent, ils massacrent, ils maudissent. Qu'y a-t-il qui empêche ton âme de rester pure, sage, modérée, juste? C'est comme si un passant blasphémait contre une source d'eau limpide et douce : elle ne cesserait point pour cela de faire jaillir un breuvage salutaire. Y jetât-il de la boue, du fumier, elle aurait bientôt fait de le dissiper, de le laver ; jamais elle n'en serait souillée. Comment pourras-tu donc avoir en toi une source intarissable, et non un puits croupissant ? Conquiers
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à chaque heure ta liberté, sois bienveillant, simple et modeste. (Id., viii, 51.)
La volonté d'un autre m'est aussi indifférente que son souffle et son corps. Car, bien que la nature nous ait faits particulièrement les uns pour les autres, cependant l'âme de chacun de nous a son domaine propre. Autrement le vice d'un autre serait son propre vice, ce que Dieu n'a pas voulu afin qu'il ne fût pas au pouvoir d'un autre de me rendre malheureux. (Id., viii, 56.)
Il faut effacer les impressions de nos sens, arrêter notre emportement, éteindre notre désir, être le maître de notre âme. (Id., ix, 7.)
Il n'y a point de brigands qui nous ravissent notre libre volonté. C'est un mot d'Épictète. (Id., xi, 30.)
Pénètre au fond de leurs âmes et tu verras quels juges tu crains, et quels juges ils sont pour euxmêmes. (Id. IX, 18.)
Ce que Ton dira, ce que l'on pensera, ce que ron fera contre lui, il ne s'en met pas même en peine, satisfait de ces deux choses : de faire avec justice ce qu'il fait présentement et d'aimer ce qui lui est présentement distribué. Il est libre de toute autre affaire, de tout autre soin ; il ne demande rien que de marcher dans le droit chemin selon la loi, et de suivre Dieu qui tient toujours le droit chemin. (Id., X, 11.)
Il faut être branches du même arbre, tout en ayant chacun sa pensée. (Id., xi, 8.)
Quelqu'un me méprise ? C'est son affaire. Moi, je prendrai garde de ne rien faire ou dire qui soit digne de mépris. Quelqu'un me hait? C'est son affaire encore. Moi, je suis doux et bienveillant pour tout le monde ; tout prêt à montrer à chacun qu'il se trompe, non en le mortifiant, non en affectant de faire un effort, mais franchement et avec bonté. (Id., XI, 13.)
Il y a trois choses qui te constituent : un corps un souffle, une intelligence. De ces choses, deux ne sont à toi que pour en prendre soin ; la troisième seule est proprement tienne. Si tu éloignes de toimême, c'est-à-dire de ta pensée, tout ce que font ou disent les autres, tout ce que toi-même as dit ou fait, toutes les idées de l'avenir qui te troublent, tout ce qui vient du corps qui t'environne ou du souffle né avec lui, et non de ton libre arbitre ; tout ce qui fait rouler autour de toi le tourbillon extérieur, en sorte que ta force intelligente s'arrache à la fatalité et vive chez elle-même, pure, libre, pratiquant la justice, résignée à ce qui arrive et ne disant que la vérité ; si, dis-je, tu sépares de ton esprit les impressions qui lui sont communes avec le corps, l'idée du passé comme celle de l'avenir, si tu te rends toi-même semblable à ce qu'est, chez Empédocle, le globe dune parfaite rondeur, content de rester joyeusement en lui-même ; si tu t'appliques à vivre uniquement ce que tu vis, c'est-à-dire le présent : alors tu seras en état de passer ce qui te reste d'existence jusqu'à la mort, exempt de trouble , noblement, et dans une parfaite union avec ton génie. (Id., xii, 3.)
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Que si l'on cherche à m'épouvanter par la multitude des maux, ainsi je réplique : si tu as assez de force en toi pour repousser une attaque de la fortune, autant tu dois en avoir pour les repousser toutes ; quand une fois la vertu a cuirassé ton ame, elle Fa rendue invulnérable de tous côtés. Qu'elle soit affranchie de l'avarice, la plus terrible plaie du genre humain, et l'ambition ne tardera pas à quitter la place. Si tu ne regardes pas le dernier jour comme un châtiment, mais comme une loi de la nature, quand tu auras chassé de ton cœur la crainte de la mort, aucune terreur n'osera y pénétrer...
La raison ne terrasse pas séparément chacun des vices, mais tous à la fois ; d'un seul coup, son triomphe est complet.
... On n'est méprisé des autres que lorsqu'on se méprise soi-même. Une âme vile et rampante donne seule prise à cet affront. Mais quand on s'élève audessus des plus terribles coups du sort, quand on surmonte les disgrâces qui abattent le vulgaire, les misères elles-mêmes nous protègent comme des bandelettes sacrées... Un grand homme, s'il tombe, est encore grand par terre ; ne le crois pas plus méprisé que ces débris de temples saints qu'on foule aux pieds, mais que la piété vénère autant que s'ils étaient encore debout. (Sénèque, Consolation à Helvia, xiii.)