LA CONSTANCE DANS LE BIEN
Pour que la vertu soit parfaite, il faut qu'elle soit constante, que l'àme se fortifie par une étude et une
pratique continuelles, que toute notre bonne volonté se transforme en bonne habitude. « Jusqu'au dernier terme de la vie, dit Sénèque, nous sommes à l'œuvre ; nous ne cesserons de consacrer nos travaux au bien commun, d'assister les misères particulières et d'offrir à nos ennemis le secours d'une main bienveillante. » Et il cite, à cet effet, la parole d'un éloquent guerrier : ce Nous pressons sous le casque notre blanche chevelure. » Oui, tant que dure la vie, il faut travailler, lutter et souffrir. Mais qu'importe la durée plus ou moins longue de l'action, pourvu que l'on sente que la victoire est au bout et que l'on puisse dire avec Sénèque : a Tout ce que l'âme se commande, elle l'obtient. » Et qui ne connaît le pouvoir de la volonté ? L'homme s'en sert quelquefois pour accomplir des choses extraordinaires qui étonnent et éblouissent le vulgaire, et nul exercice ne lui semble trop pénible ni trop long pour le motif bien frivole de satisfaire sa vanité glorieuse. Ceux mêmes qui prétendent n'avoir pas de volonté savent bien en trouver pour quelque intérêt mesquin et en user avec une constance digne d'une meilleure cause. Ce qui fait la force des âmes d'élite, c'est que, pour elles, vouloir le bien, c'est le pouvoir: « Il n'est point, dit Sénèque, de passion si effrénée, si indomptable, qu'elle ne puisse être pliéeaujougde la discipline... N'appellerons-nous pas à notre aide la patience qui nous réserve une récompense si belle, le calme inaltérable d'une âme heureuse? Quelle victoire
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d'échapper à la tyrannie des passions ! » Aussi Épictète, après nous avoir montré que la persévérance dans les choses raisonnables ne ressemble pas à l'obstination dans les choses insensées et mauvaises, nous encourage-t-il « à la plus noble des luttes, celle où l'on ne doit reculer devant rien, et recevoir bravement tous les coups ». Il nous exhorte aussi à y persévérer : « Si on y succombe, dit-il, on peut la recommencer encore, et, si l'on est vainqueur une fois, on est comme si l'on n'avait jamais été vaincu ; seulement il ne faut pas que l'habitude de la défaite vous amène à vous y résigner et que désormais, comme un mauvais athlète, vous figuriez en vaincu à toutes les luttes, petit comme une caille qui se sauve. » De môme, Marc- Aurèle insiste sur la nécessité de montrer « à chaque heure du jour, dans nos actions, un caractère ferme, une gravité qui ne se démente jamais, mais point affectée, un cœur aimant, de la liberté, de la justice ». Les obstacles mômes qu'il rencontre, loin d'abattre son courage, concourent à la fin qu'il s'est proposée : « Ma pensée, dit-il, change, transforme, en ce que j'avais dessein de faire, cela même qui entrave mon action. Tout obstacle qui arrête une œuvre devient l'objet même de l'œuvre, et tout nous devient une route, qui s'oppose à notre route. » Ainsi, nous donne-t-il l'idée du vrai courage qui s'alimente des obstacles mêmes « comme un grand feu tourne en flamme et en lumière tout ce qu'on y jette ». Et par quelle comparaison juste et pleine
FORGE DAME
de poésie rend-il sensible à notre esprit l'action constante, douce et pénétrante de l'àme qui ne s'épuise jamais en s'épanchant toujours ! Le but auquel tendent les stoïciens et qu'ils appellent le bonheur, la félicité môme, c'est le calme de l'âme devenue libre par la constance dans la vertu.
Jusqu'au dernier terme de la vie nous serons à l'œuvre ,* nous ne cesserons de consacrer nos travaux au bien commun, d'assister les misères particulières, et d'offrir à nos ennemis le secours d'une main bienveillante. C'est nous qui n'accordons d'exemption à aucun âge ; et, comme disait cet éloquent guerriei : «Nous pressons sous le casque notre blanche cheveu lure. » C'est nous qui permettons si peu de loisir avant la mort, que, s'il est possible, pour nous la mort elle-même n'est pas oisive. (Sénèque, Da repos.)
Je crois que vous savez que l'on ne peut vivre heureusement, non pas même commodément, sans l'étude de la sagesse ; que la vie est heureuse quand on a fait cette acquisition, qu'elle est même assez douce aussitôt qu'on y a fait quelque progrès ; mais il y faut penser souvent, afin de vous affermir dans cette connaissance, et de vous l'imprimer plus fortement. Il est sans doute plus difficile de garder une bonne résolution que de la prendre, et vous devez fortifier votre âme par une étude continuelle, jusqu'à ce que vous ayez fait une bonne habitude de ce qui n'est encore qu'une bonne volonté. Id., EpU tro, XVI.)
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« Il est impossible, dit-on, de retrancher entièrement de l'âme la colère ; la nature de l'homme ne le permet pas. » Cependant il n'est rien de si difficile, de si pénible que l'esprit humain ne puisse vaincre, avec quoi ne puisse familiariser un constant exercice; il n'est point de passion si effrénée, si indomptable, qu'elle ne puisse être pliée au joug de la disciphne. Tout ce que l'âme se commande, elle l'obtient. Certains hommes sont parvenus à ne jamais rire ; quelques-uns se sont interdit le vin, etc. L'un se contente d'un court sommeil, et prolonge d'infatigables veilles; d'autres ont appris à remonter en courant des cordes déliées, à porter des poids énormes, presque au-dessus des forces humaines, à plonger à d'immenses profondeurs, et à parcourir les eaux sans reprendre haleine.
Il est mille autres choses dans lesquelles la persévérance franchit tout obstacle, et prouve que rien n'est difficile, lorsque l'âme elle-même s'est imposé la patience... N'appellerons-nous pas à notre aide la patience qui nous réserve une récompense si belle, le calme inaltérable d'une âme heureuse ? Quelle victoire d'échapper à ce mal redoutable, la colère, et en même temps à la rage, à la violence, à la fureur et aux autres passions qui l'accompagnent !
N'allons pas nous chercher une apologie ni le droit de nous excuser en disant : Ou cela est utile , ou cela est inévitable. Car enfin quel vice a jamais manqué d'avocat ? Il ne faut pas prétendre que la colère ne peut être guérie. Les maux qui nous travaillent ne sont pas incurables, et la nature ellemême, qui nous créa pour le bien, nous vient en aide si nous voulons nous corriger. D'ailleurs le chemin de la vertu n'est pas, comme l'ont cru quelques-uns, difficile et escarpé ; on y va de plain-pied. Et je ne viens pas vous raconter des chimères : la
route est facile vers une vie heureuse ; commencez seulement sous de bons auspices, et avec l'assistance favorable des dieux. Il est beaucoup plus difficile de faire ce que vous faites. Quoi, en effet, de plus doux que le repos de l'âme ! quoi de plus fatigant que la colère ! quoi de plus calme que la clémence ! quoi de plus affairé que la cruauté ! La chasteté est toujours en repos, la débauche est toujours occupée. Enfin, toutes les vertus sont d'une conservation facile ; les vices s'entretiennent à grands frais. (Id., De la colère.)
Il est des gens qui, pour avoir entendu dire qu'il faut être ferme, que notre faculté de juger et de vouloir est de sa nature indépendante et libre, que tout le reste, pouvant être entravé ou contraint, est esclave et ne nous appartient pas, s'imaginent qu'ils doivent persister obstinément dans toutes les décisions qu'ils ont pu prendre. Mais, avant tout, il faut que ta décision soit saine.... Il faut être ferme, non dans toutes ses décisions, mais dans celles qui sont raisonnables. (Épictète, Entretiens, ii, 15.)
Toute quaUté se fortifie et se conserve par les actes qui lui sont conformes, le talent du charpentier par de belles œuvres de charpentier, le talent du httérateur par de belles œuvres littéraires. Si vous vous habituez à écrire contrairement aux règles, tout votre talent se détruit et se perd infailliblement. De même l'honnêteté se conserve par des actes honnêtes, et des actes déshonnêtes la détruisent ; la loyauté se conserve par des actes loyaux, et des actes contraires la détruisent. Les défauts, à leur tour, se fortifient par des actes coupables:
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l'impudence par des actes impudents ; la déloyauté, par des actes déloyaux ; l'amour de la médisance, par des médisances ; l'irascibilité par la colère ; et l'avidité par la supériorité des recettes sur les déboursés.
C'est pour cela que les philosophes nous avertissent qu'il ne suffit pas d'apprendre la théorie, qu'il faut y joindre encore la méditation, puis la pratique ; car il y a longtemps que nous sommes habitués à faire le contraire de ce qu'ils nous enseignent, et à suivre dans la pratique les idées qui sont le contraire des vraies. Si donc nous ne faisons pas, à leur tour, passer dans la pratique les idées vraies, nous ne serons jamais que des gens qui expliquent les pensées des autres. Aujourd'hui quel est celui de nous qui ne peut disserter avec art sur le bien et sur le mal ; montrer que telles choses sout bonnes, telles autres mauvaises, telles autres iiidillérentes ; que les bonnes sont les vertus et tout ce qui s'y rattache ; que les mauvaises sont leurs contraires ; que les choses indifférentes sont la richesse, la santé, la réputation? Mais si, au milieu de notre dissertation, il survient un bruit un peu fort, ou ?<i quelqu'un des assistants se moque de nous, nous voici décontenancés ! Philosophe, où donc est ce que tu disais? D'où le tirais-tu quand tu le disais? Cela était sur tes lèvres, et rien de plus. Pourquoi déshonorer des ressources que tu n'as pas su t'approprier? Pourquoi te jouer de ce qu'il y a de plus respectable ? Autre chose est de faire comme ceux qui serrent dans leur cellier du pain et du vin, ou de faire comme ceux qui s'en nourrissent. Ce dont on se nourrit se digère, se répand dans le corps, devient ■ des muscles, de la chair, des os, du sang, le teintât la respiration de la santé. Ce que l'on a serré, on l'a sous la main, pour le pouvoir prendre et montrer;
mais on n'en tire d'autre profit que de faire voir qu'on l'a. Quelle différence y a-t-il à exposer les idées que tu n'apphques pas, ou à exposer celles d'une autre école ?
Voilà comment n'étant déjà pas de force à remplir notre rôle d'homme, nous nous chargeons encore de celui de philosophe : c'est se charger comme quelqu'un qui ne pourrait soulever dix livres, et qui voudrait porter la pierrre d'Ajax. (Id., ii, 9.)
Toute habitude, tout talent se forme et se fortifie par les actions qui lui sont analogues ; marchez, pour être marcheur ; courez, pour être coureur. Voulez-vous savoir lire ? lisez. Savoir écrire ? écrivez. Passez trente jours de suite sans hre, à faire toute autre chose, et vous saurez ce qui en arrivera, lien est de même pour l'âme; lorsque vous vous emportez, sachez que ce n'est pas le seul mal qui vous arrive, mais que vous augmentez en même temps votre disposition à la colère ; c'est du bois que vous mettez dans le feu.
Les maladies de l'âme laissent des traces, des meurtrissures, qu'il faut faire disparaître complètement ; sinon , pour peu qu' on reçoive encore quelque coup à la même place, ce ne sont plus des meurtrissures, ce sont des plaies qui se produisent. Si donc tu ne veux pas être enclin à la colère, n'en entretiens pas en toi l'habitude ; ne lui donne rien pour l'alimenter.
L'habitude, en effet, commence par s'affaiblir et disparait entièrement. (Id., 18.)
Il n'est point d'art dont l'enseignement ne soit ennuyeux pour l'ignorant qui n'y connaît rien. Mais pour les produits des arts, le but de leur création se
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révèle au premier coup d'œil, et la plupart d'entre eux ont quelque chose qui séduit et agrée. C'est une triste chose que de rester là à voir comment s'apprend le métier de cordonnier ; mais la chaussure a son utilité, et n'est pas d'autre part désagréable à la vue. L'enseignement du métier de charpentier aussi est peu attrayant, surtout pour l'ignorant qui y assiste par hasard ; mais l'utilité de ce métier se manifeste par ses produits. C'est ce qui se voit encore bien mieux dans la musique : assistez à une leçon et vous trouverez que c'est le phis ennuyeux de tous les enseignements ; mais que d'agréments et de charmes dans les produits de la musique, même pour l'oreille des ignorants !
Nous voyons que c'est en apprenant certaines choses que le charpentier devient charpentier ; que c'est en apprenant certaines choses que le pilote devient pilote. N'admettrons-nous donc pas ici aussi que, pour devenir un sage parfait, il ne suffit pas de vouloir, et qu'il faut encore apprendre certaines choses? (Id., ii, 14.)
De toutes les promesses que tu te faisais au début, vois quelles sont celles que tu as tenues et celles que tu n'as pas tenues ; vois aussi comment tu te rappelles les premières avec bonheur, et les secondes avec regret ; puis, si tu le peux, recommence où tu n'as pas réussi. Quand on se livre à la plus noble des luttes, on doit ne reculer devant rien^ mais recevoir bravement tous les coups, car ce dont il s'agit ici, ce n'est ni la lutte ordinaire, ni le pancrace lui-même, où l'on peut, vainqueur ou vaincu, valoir plus, valoir moins, et être très heureux ou très malheureux. Ce dont il s'agit ici, c'est le bonheur lui-même, c'est la félicité elle-même. Il y
a mieux : ici, si nous nous retirons de l'arène, rien ne nous empêche de recommencer la lutte, et il ne nous faut pas pour cela attendre quatre ans le retour de nouveaux jeux olympiques; mais aussitôt qu'on s'est ranimé, que l'on se retrouve soi-même, que l'on porte en soi la même ardeur, on peut reprendre la lutte ; si on y succombe de nouveau, on peut la recommencer encore, et si l'on est vainqueur une fois, on est comme si l'on n'avait jamais été vaincu. Seulement, il ne faut pas que l'habitude de la défaite vous amène à vous y résigner et que désormais, comme un mauvais athlète, vous figuriez en vaincu à toutes les luttes, petit comme une caille qui se sauve. (Id., m, 25.)
Songe, à chaque heure du jour, qu'il faut montrer dans tes actions un caractère ferme, comme il convient à un Romain et à un homme ; une gravité qui ne se démente jamais, mais point affectée; un cœur aimant, de la liberté, de la justice. Débarrasse ton âme de toute autre pensée ; tu l'en débarrasseras si tu considères chacun de tes actes comme le dernier de ta vie, si tu agis sans précipitation, sans aucune de ces passions qui ôtent à la raison son empire, sans dissimulation, sans amour-propre, et avec résignation aux décrets de la destinée. Vois-tu combien sont peu nombreux les préceptes dont l'observation suffit pour assurer à notre existence un cours paisible et le bonheur des dieux. Oui, l'observation de ces préceptes, c'est tout ce que les dieux exigent de nous. (Marc-Aurèle, ii, 5.)
Tu es tiraillé dans tous les sens par les événements du dehors. Donne-toi du loisir, afin d'ap-
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prendre quelque chose de bon et cesse de te laisser aller au tourbillon. Préserve-toi encore d'une autre agitation insensée, car c'est folie aussi de fatiguer sa vie à des actions sans but ; il faut un but où se dirigent tous nos désirs, et, en un mot, toutes nos pensées. (Id., ii, 7.)
Combien de temps il gagne celui qui ne prend pas garde à ce que le prochain a dit, a fait, a pensé, mais seulement à ce qu'il fait lui-même, afin de rendre ses actions justes et saintes ! Agathon disait: Ne regarde point autour de toi les mœurs corrompues, mais cours sur la ligne droite, devant toi, sans jamais dévier. (Id., iv, 18.)
Point de dégoût, de découragement, de désespoir, si tu ne réussis pas toujours à faire chaque chose suivant les règles de la raison. Si tu viens d'échouer, recommence ; que ce soit assez pour ta satisfaction d'avoir le plus souvent agi comme il sied à un homme. Il faut aimer l'œuvre à laquelle tu retournes ; il ne faut pas revenir à la philosophie comme un écolier chez son maitre. (Id., v, 9.)
Ma pensée change, transforme, en ce que j'avais dessein de faire, cela môme qui entrave mon action. Tout obstacle qui arrête une a^uvre devient l'objet même de l'œuvre, et tout nous devient une route, qui s'oppose à notre route (Id., v, 20.)
Ne t'imagine pas, parce que tu trouves qu'une chose est difficile à faire, que c'est chose impossible à l'homme ; mais, si c'est chose possible à l'homme,
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si c'est chose qui convient à sa nature, pense que toi aussi tu peux y atteindre. (Id., vi, 19.)
Prends garde de tomber dans les mœurs des Césars ; ne te pénètre point de leurs couleurs ; c'est trop la coutume. Conserve-toi simple, bon, pur, grave, ennemi du faste, ami de la justice, religieux, bienveillant, humain, ferme dans la pratique de tes devoirs. Fais tous tes efforts pour demeurer tel que la philosophie a voulu te rendre. Révère les dieux, veille à la conservation des hommes. La vie est courte ; le seul fruit de l'existence terrestre, c'est de maintenir notre âme dans une disposition sainte, de faire des actions utiles à la société. (Id., yi, 30.)
De même que la nature plie et fait rentrer dans l'ordre déterminé par le destin, agrège enfin à son tout ce qui lui fait obstacle et lui résiste ; de même, l'être raisonnable peut se faire une matière d'action de tout ce qui l'arrête et s'en servir pour parvenir à sa fin, quelle qu'elle soit. (Id., viii, 35.)
Le soleil semble se répandre, et en effet se répand partout; mais pourtant il ne s'épuise pas. Cette effusion, c'est une extension. Vois ce que c'est qu'un rayon, quand la lumière du soleil pénètre à nos yeux par une ouverture étroite dans un appartement obscur. Il s'allonge en ligne droite, puis s'applique, pour ainsi dire, contre le solide quelconque qui s'oppose à son passage et forme une barrière audevant de l'air qu'il pourrait éclairer plus loin ; là, il s'arrête, sans ghsser, sans tomber. C'est ainsi que ton âme doit se verser, s'épancher au dehors. Jamais d'épuisement, mais seulement une extension.
point de violence, point d'abattement, quand des obstacles l'entravent; qu'elle ne tombe pas, qu'elle s'arrête, qu'elle éclaire ce qui peut recevoir sa lumière. On se privera soi-même de cette lumière quand on négligera de s'en laisser pénétrer. (Id. viii, 57.)
Demeure ferme jusqu'à ce que tu te sois rendu les vérités familières, comme un bon estomac se rend propres tous les aliments ; comme un grand feu tourne en flamme et en lumière tout ce qu'on y jette. (Id., X, 31.)
Celui dont la vie n'a pas un but unique, toujours le même, celui-là ne peut pas être pendant toute sa vie toujours égal, toujours le même. Ce que je dis là ne suffit point, si tu n'ajoutes aussi quel doit être ce but. Car, de même que tous les hommes n'ont pas la même opinion sur ces choses quelconques que la plupart appellent des biens, mais seulement sur de certains biens, je veux dire sur ceux de la société ; de même, nous devons nous proposer pour but l'utilité de la société et celle de l'Etat. En efl'et, celui qui dirige tous ses efforts vers ce but fera toujours des actions uniformes et, sous ce point de vue, sera toujours égal, toujours le même. (Id., xi, 21.)
Il faut, dans la pratique des principes, se montrer semblable au combattant du pancrace et non au gladiateur, car celui-ci laisse tomber l'épée dont il se sert, et il est tué, tandis que l'autre a toujours la main à sa disposition et n'a besoin de rien que de s'en servir. (Id. xii, 8.)
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Quoi ! la lumière d'une lampe brille jusqu'au moment oii elle s'éteint et ne perd rien de son éclat; et la vérité, la justice, la tempérance qui sont en toi s'éteindraient avant toi! (Id., xii, 15.)
Le salut de notre vie, c'est de voir ce que chaque objet est en lui-même, ce qu'est sa matière, ce qu'est sa forme ; c'est de pratiquer la justice de toute notre âme et de dire la vérité. Que reste-t-il après cela, que de jouir de la vie, en rattachant une bonne action à une autre bonne action, sans laisser entre elles aucun vide. (Id., xii, 29.)
Il n'y a qu'une seule règle qui conduit les vertus humaines; parce qu'il n'y a qu'une seule raison qui est droite et simple. Il ne se trouve rien de plus divin que ce qui est divin, ni de plus céleste que ce qui est céleste. Les choses mortelles montent, décUnent, augmentent, dépérissent, se remplissent, se vident, et cette vicissitude produit l'inégalité qui se trouve en elles. Les choses divines sont toutes d'une même condition et d'une même nature. Or, cette raison, dont je parle, n'est autre chose qu'une portion de la divinité, enfermée dans le corps de l'homme. Si la raison est divine et qu'il n'y ait rien de bon sans la raison, il faut que ce qui est bon soit divin. Or, il n'y a pas de différence entre les choses divines; il n'y en a donc point aussi entre les bonnes. Ainsi vous voyez que la joie et la constance dans les tourments sont deux vertus pareilles ; car il se rencontre en l'une et en l'autre une même grandeur d'âme, hormis qu'elle est oisive et relâchée en celle-là, raide et opiniâtre en celle-ci. Quoi, ne croyez-vous pas que la vertu soit pareille en celui
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qui force hardiment une place, et en celui qui la défend avec courage et patience ?
Si Scipion est glorieux pour avoir enfermé Numance et l'avoir serré de si près qu'il contraignit les assiégés, qu'il ne pouvait vaincre, de se perdre eux-mêmes ; les Numantins le sont aussi qui, sachant bien que rien n'est fermé quand le passage de la mort est ouvert, expirèrent courageusement entre les bras de la liberté. Tout le reste est de la même sorte : comme la tranquillité, la sincérité, la liberté, la constance, la patience, la persévérance; car il n'y a qu'une vertu qui leur sert d'appui et qui tient l'àme droite et invariable. (Sénèque, Epître^ Lxvi.)
FORCE D AME
Assurons la paix de notre âme ; nous l'obtiendrons par la méditation constante des enseignements salutaires, par la pratique des bonnes actions, par la direction de l'âme vers la seule passion de Fhonnete. Il faut satisfaire à la conscience sans jamais travailler pour la renommée. Acceptons-la, même mauvaise, pourvu que nous la méritions bonne. « Mais le public admire les passions énergiques ; l'audace est un honneur, la douceur passe pour faiblesse. » Peut-être au premier aspect ; mais dès qu'une vie toujours égale a témoigné que ce n'est pas indolence, mais paix de l'âme, ce même peuple vous aime et vous respecte. (Sénèque, De la colère,