‹ La morale des stoïciens [microform]Chapitre 40 sur 58 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

MOYENS DE CULTURE

Les exemples

Les stoïciens, dont la principale force a été de se retirer en eux-mêmes et de développer toutes les facultés de leur nature divine, n'ont pas cependant dédaigné l'appui qui vient du dehors. Tous ont compris la puissance merveilleuse de l'exemple ; et le sentiment de leur force ne leur a pas fait oublier ce qu'ils devaient à autrui. Sénèque, après avoir parlé des dangers des mauvais exemples, rend justice à la vertu des bons exemples avec un ton convaincu qui montre qu'il en a éprouvé les bienfaits. On est heureux de voir qu'il a foi dans l'influence du bien autant qu'il croit à la contagion du mal : « On prend, dit-il, les mœurs de ceux que l'on fréquente, et comme certaines maladies du corps se transmettent par le contact, ainsi l'âme communique ses affections de proche en proche Le vice infecte de son

venin ceux qui l'approchent. Dans un sens contraire, l'action des vertus est la même ; elles adoucissent tout ce qui les touche ; et un climat favorable, un air salubre, n'ont jamais autant fait pour la

santé que le commerce d'un monde meilleur, pour une âme chancelante. » Ceux qui subissent ainsi l'influence salutaire de la vertu, n'en ont pas toujours conscience : leur âme l'aspire à son insu, de môme que le malade aspire l'air vivifiant qui fortifie par degrés ses organes affaiblis. Et ce ne sont pas seulement les âmes faibles qui en ressentent du bien ; les fortes aussi, dans leurs défaillances, sont rappelées au devoir et à la constance par la parole ou la pensée et, plus encore, par l'action d'une âme affermie dans la vertu. Ce pouvoir ne cesse pas avec la présence ; il ne dépend ni du temps ni de l'espace : parla pensée, l'âme se met en communication avec celui qu'elle révère et dont la vie sert de guide à la sienne : « Il faut, dit Sénèque, se proposer quelque homme de bien, et Tavoir toujours devant les yeux, afin de vivre comme s'il était présent, et de faire toutes choses comme s'il nous regardait.... On ne ferait guère de mauvaises actions si l'on avait un témoin quand on va les faire... Oh ! que j'estime heureux celui de qui le regard ou le souvenir est capable d'arrêter le vice d'autrui ! » Qui n'aspire, en effet, à cette puissance bienfaisante d'une âme pure, constante et fidèle ? N'est-ce pas l'ambition la plus haute et la plus digne de ceux qui doivent servir de témoins à Dieu sur la terre? « Heureux encore, ajoute Sénèque, celui qui peut révérer une personne de telle sorte qu'à son souvenir il se contienne dans le devoir ! Qui peut exercer ce respect, méritera bientôt d'être respecté ! »

— mj

fi

C'est, en effet, l'indice d'une âme sincèrement éprise du bien, lequel se personnifie pour elle dans ceux qui le pratiquent avec persévérance : les voir agir à tout instant, c'est éclairer sa conscience ; les suivre, c'est garder le chemin droit sans dévier. Mais quelque parfait que nous semble le modèle que nous nous sommes proposé, sa vie ne doit pas être pour nous une règle absolue, car il n'est permis à aucun être humain de renoncer à l'indépendance de sa conscience ; nous révérons l'homme de bien parce qu'il se rapproche de l'idéal de notre conscience; mais la conscience reste au-dessus de tout et nous avons besoin d'entendre et d'interpréter sa voix sans aucun intermédiaire. Plus nous sommes fidèles à obéir à cette voix, mieux aussi nous comprenons la vertu de ceux qui ont triomphé dans le bon combat ; et l'expérience de la vie ne fait qu'accroitre notre respect pour ces héros de l'humanité. Un lien invisible, indissoluble, unit entre elles, à travers les âges, toutes les âmes qui ont la passion du bien. C'est ainsi que Sénèque sent la présence des « deux Catons, du sage Lélius, de Socrate, Platon, Zenon etCléanthe». De même Épictète vit en leur présence et se fortifie sous leur regard, dans sa courageuse indépendance. Si Sénèque parle surtout du secours inestimable que nous recevons par l'exemple des gens de bien, Ëpictète insiste davantage sur l'exemple que nous devons donner à autrui. « Les livres des stoïciens, dit-il, sont pleins de beaux raisonnements. Qu'est-ce qui nous manque

MOYENS DE CULTURE 271

donc ? Quelqu'un qui pratique et qui confirme ses paroles par ses actes. Viens prendre ce rôle pour que nous n'employions plus dans l'école des exemples tirés de l'antiquité, mais que nous en ayons aussi un de notre époque. » Ce véhément appel s'adresse à tout homme, car chacun de nous est en quelque sorte le gardien de son frère, et lui doit le secours de l'exemple. Toute vie humaine, fût-elle la plus obscure, a son retentissement dans d'autres âmes. Ainsi, dans le monde moral, y a-t-il une infinité d'actions et de réactions dont nul ne peut évaluer la portée. De là, nécessité de veiller sur l'influence que nous exerçons et celle que nous subissons : « Placez, dit Épictète, un charbon éteint auprès d'un charbon allumé, le premier éteindra le second, ou le second allumera le premier. »

Marc-Aurèle se souvient avec une pieuse gratitude de tous ceux qui ont contribué à former son âme à la vertu. Et le nombre en est si grand qu'on peut soupçonner son cœur bienveillant d'avoir recherché avec soin dans tous ceux qui l'entouraient, les qualités dignes d'être imitées. Il y a tant de simplicité dans cette énumération des richesses de son âme, tant de déférence pour ceux à qui il en est redevable, qu'on ne songe pas à l'accuser de complaisance pour lui-même, et l'on est touché de la tendresse délicate qu'il a pour tous ses bienfaiteurs auxquels il rend hommage de tout le bien qu'il en a reçu. Marc-Aurèle ne semble pas avoir adopté un modèle unique, en aurait-il trouvé un parfait parmi

les humains? Il nous enseigne ainsi à rendre justice à la vertu, à l'admirer, à l'aimer et à l'imiter partout où nous la rencontrons, dans le passé comme dans le présent ; et à nous efforcer de transmettre à d'autres ce que nos devanciers et nos contemporains nous ont donné.

On prend les mœurs de ceux que l'on fréquente : et comme certaines maladies du corps se transmettent par le contact, ainsi l'âme communique ses affections de proche en proche. L'ivrogne entraîne ses familiers à aimer le vin ; la compagnie des libertins amollit l'homme fort, et, s'il est possible, le héros ; l'avarice infecte de son venin ceux qui l'approchent. Dans un sens contraire, l'action des vertus est la même ; elles adoucissent tout ce qui les touche ; et un climat favorable, un air saliibre, n'ont jamais autant fait pour la santé, que le commerce d'un monde meilleur, pour une âme chancelante. Tu comprendras tout ce que peut cette influence, si tu observes que les bêtes féroces ellesmêmes s'apprivoisent en vivant près de nous, et que le monstre le plus farouche ne conserve rien de son cruel instinct s'il a longtemps habité le toit de l'homme. Toute aspérité s'émousse et s'efface peu à peu au frottement des âmes tranquilles. D'ailleurs, non seulement l'exemple rend meilleur celui qui vit parmi les hommes pacifiques, mais il ne trouve aucune occasion de colère, et il n'exerce pas son penchant vicieux. (Sénèque,De la colère,3j viii.)

Retirez-vous donc dans vous-même autant que vous pourrez ; recherchez ceux qui peuvent vous rendre meilleur, et recevez aussi ceux que vous pourrez rendre meill eurs ; cela est réciproque ; les

MOYENS DE CULTURE

hommes apprennent lorsqu'ils enseignent. (Sénèque, Epître, VII.)

Il faut se proposer quelque homme de bien, et l'avoir toujours devant les yeux, afin de vivre comme s'il était présent, et de faire toutes choses comme s'il nous regardait... On ne ferait guère de mauvaises actions si l'on avait un témoin quand on

va les faire.

Il est bon que l'esprit se représente une personne pour laquelle il ait des respects, et dont la considération rende même son secret et ses pensées plus honnêtes. Oh ! que j'estime heureux celui de qui le regard ou le souvenir est capable d'arrêter le vice d'autrui 1 Heureux encore celui qui peut révérer une personne de telle sorte, qu'à son souvenir il se contienne dans le devoir ! Qui peut exercer ce respect méritera bientôt d'être respecté ! Proposez-vous donc Caton, et s'il vous semble trop austère, prenez Lelius, qui est un esprit plus doux. Enfin, choisissez celui dont la vie et les discours vous auront plu davantage ; et, vous faisant un portrait de son esprit et de son image, montrez-le vous dans toutes les occasions, soit pour conseil, soit pour exemple. On a besoin, je le répète, d'une personne sur qui nos mœurs se règlent. Sans une règle vous ne sauriez corriger ce qui n'est pas droit. (Id., XI.)

Pourquoi ne garderions-nous pas les portraits des grands hommes et n'honorerions-nous pas le jour de leur naissance, afin de nous exciter à la vertu ? Ne les nommons jamais sans quelque éloge, car le respect que nous devons à nos précepteurs, nous le devons aussi à ces précepteurs du genre humain, qui nous ont découvert les sources

MOYENS DE CULTURE

de tant de choses utiles. Si nous rencontrons un préteur, un consul, nous lui rendons toutes les marques d'honneur, nous descendons de cheval, nous nous découvrons, nous nous retirons du chemin. Et, quand les deux Gâtons, le sage Lélie, Socrate, Platon, Zenon et Cléanthe se présenteront à nos esprits, les recevrons-nous sans leur rendre quelque vénération particulière ? Pour moi, je les révère extrêmement et je n'entends point citer les noms de ces grands personnages, que je ne me levé toujours pour leur faire honneur. (Id., lxiv.)

Quand tu dois avoir un entretien avec quelqu'un, surtout avec ceux qui passent pour les premiers de la ville, propose-toi ce qu'auraient fait en cette rencontre Socrate ou Zenon ; et ainsi, sans incertitude, tu tireras bon parti de tout événement. (Épictète, Manuel, xxxiii.)

Tous les beaux raisonnements sur toutes ces choses (l'honnête et le juste), ne veux-tu pas les laisser à d'autres, à ces diminutifs d'hommes qui ne savent pas ce que c'est que de souffrir, pour qu ils restent assis dans leur coin à recevoir leur salaire, ou à grogner de ce qu'on ne leur donne rien ? Ne veux-tu pas venir devant nous appliquer ce que tu as appris ? Ce ne sont pas les beaux raisonnements qui nous manquent aujourd'hui ! Les livres des stoïciens sont pleins de beaux raisonnements. Qu'est-ce qui nous manque donc ? Quelqu'un qui pratique, et qui confirme ses paroles par ses actes. Viens prendre ce rôle, pour que nous n'employions plus dans l'école des exemples tirés de l'antiquité, mais que nous en ayons auasi un de notre époque. (Id., Entretiens, i, 29.)

Tu veux exhorter les hommes au bien î Mais t'y es-tu exhorté toi-même ? Tu veux leur être utile ! Montre-leur par ton propre exemple quels hommes la philosophie sait faire, et ne bavarde pas inutilement. Par ta façon de manger, sois utile à ceux qui mangent avec toi ; par "ta façon de boire, à ceux qui y boivent : Cède-leur : fais abnégation de toimême ; supporte tout d'eux, sois-leur utile ainsi, et ne crache pas sur eux. (Id., m, 14.)

De deux choses l'une : ou celui qui se laisse entraîner souvent à causer, à dîner, et généralement à vivre avec d'autres, leur deviendra semblable, ou il les convertira à ses mœurs. Placez, en effet, un charbon éteint auprès d'un charbon allumé, le premier éteindra le second, ou le second allumera le premier. (Id., 16.)

Exemple de mon aïeul Vérus : Douceur de mœurs, patience inaltérable. (Marc-Aurèle, i, 1.)

Qualités qu'on prisait dans mon père, souvenir qu'il m'a laissé, modestie, caractère mâle. (Id., 2.)

Imiter de ma mère sa piété, sa bienfaisance, m'abstenir comme elle, non seulement de faire le mal, mais même d'en concevoir la pensée ; mener sa vie frugale, et qui ressemblait si peu au luxe habituel des riches» (Id., 3.)

A mon gouverneur, je dois de savoir supporter la fatigue, réduire mes besoins, mettre moi-même la main au travail, ne point me mêler des affaires des autres, et laisser chez moi peu d'accès à la délation. (Id., 5.)

MOYENS DE CULTURE

C'est Diogénète qui m'a inspiré la haine des futiles occupations. Grâce à lui encore, je sais supporter la franchise dans le langage. (Id., 6.)

Rusticus m'a fait comprendre que j'avais besoin de redresser, de cultiver mon caractère. Il m'a détourné des fausses voies où entraînent les sophistes. Il m'a dissuadé d'écrire sur les sciences spéculatives, de déclamer de petites harangues qui ne visent qu'aux applaudissements, de chercher à ravir l'admiration des hommes par une ostentation de grande activité ou de munificence. Je lui dois d'être resté étranger à la rhétorique, à la poétique, à toute affectation d'élégance dans le style ; de ne jamais me promener dans ma maison, revêtu d'une robe longue et traînante ; de m'être affranchi de tous les besoins du luxe ; d'écrire simplement mes lettres, à l'exemple de celle qu'il écrivit de Sinnesse à ma mère ; de me montrer facilement exorable, toujours prêt au pardon, dès l'instant où ceux qui m'ont offensé par leurs paroles ou leur conduite veulent revenir à moi ; de mettre à mes lectures une scrupuleuse attention, et de ne jamais me contenter de comprendre superficiellement les choses ; de ne jamais donner de léger mon assentiment aux grands discoureurs. Enfin, je lui dois d'avoir eu entre les mains les Commentaires d'Érictète : c'est lui-même qui me prêta le livre. (Id., 7.)

Préceptes d'Apollonius : Etre libre ; de la circonspection, mais de l'hésitation jamais ; nul regard, ne fût-ce qu'un instant, à rien autre chose que la saine raison; éternelle égalité d'âme, au miheu des douleurs aiguës, dans la perte de son enfant, dans les longues maladies. J'ai eu en lui, sous mes yeux, un

vivant et manifeste exemple de l'union possible, dans le même homme, de l'extrême fermeté et de la douceur : même quand il enseignait, jamais la plus légère impatience. En lui j'ai vu un homme qui estimait certainement comme le moindre de ses biens cette expérience consommée, cette habileté à transmettre aux autres l'intelligence des questions philosophiques. C'est de lui que j'ai appris comment il faut accueillir les bienfaits que croient nous offrir nos amis : n'en soyons point humihés ; ne refusons pas sans un sentiment de gratitude. (Id., 8.)

Sextus a présenté à mes yeux le modèle de la bienveillance, l'exemple d'une famille gouvernée par l'affection paternelle, l'homme qui comprenait ce que c'est que vivre selon la nature ; sa gravité n'avait rien d'affecté ; il savait découvrir avec une inquiète bonté les besoins de ses amis ; il supportait patiemment les sots et ceux qui donnent sans réflexion leur avis. Il s'accommodait à toutes les humeurs ; aussi trouvait-on dans son commerce plus d'agréments que dans toutes les flatteries, en même temps qu'on se sentait pénétré pour lui d'un profond respect. Il était habile à découvrir, à coordonner clairement, méthodiquement, les préceptes nécessaires à l'usage de la vie. D'ailleurs il ne donna jamais le moindre signe de colère ni d'aucune autre passion. Il était tout à la fois et libre de toute affection déréglée, et le plus aimant des hommes, sensible au bien qu'on disait de lui, mais ennemi des bruyantes acclamations ; enfin, érudit sans pédanterie. (Id.,9.)

J'ai appris d'Alexandre le platonicien à ne pas dire souvent, ni sans nécessité, et à ne pas écrire dans

MOYENS DE CULTURE

ri-

'if

une lettre Je n'ai pas le temps ; à ne jamais user d'un tel moyen, de ce prétexte d'affaires urgentes, pour refuser habituellement de rendre les services qu'exigeaient mes relations d'amitié. (Id., 12.)

Leçons de Catulus : Jamais d'indifférence pour les reproches d'un ami, même quand ces reproches seraient mal fondés ; se sentir un vif empressement à se louer de ses maîtres, ainsi qu'en avaient, dit-on, Domitius et Athénédote; témoigner à ses enfants une affection sincère. (Id., 13.)

Exemples de mon freine Sévérus : Amour de nos proches, de la vérité, de la justice. C'est lui qui m'a fait connaître Thraséas, Helvidius, Caton, Dion, Brutus ; qui m'a fait concevoir l'idée de ce que c'est qu'un Etat libre, où la règle c'est l'égalité naturelle de tous les citoyens et l'égalité de leurs droits ; d'une royauté qui place, avant tous les devoirs, le respect de la liberté des citoyens. Son estime pour la philosophie demeura constamment la même et ne se démentit jamais. Il était bienfaisant, libéral; jamais de défaillance dans son espoir; une confiance sans réserve dans l'affection de ses amis. Il ne dissimulait pas le mécontentement que vous lui aviez causé ; ses amis n'avaient pas à deviner : Que veut-il ? ou que ne veut*il pas ? il le révélait à leurs yeux. (Id., li.)

Sois maître de toi-même, disait Maximus; ne sois point versatile; montre de la fermeté dans les maladies, dans toutes les circonstances fâcheuses; aie une humeur toujouj's égale, pleine à la fois de douceur et de gravité ; fais ta besogne obligée sans

témoigner jamais de répugnance. Quand Maximus parlait, tout le monde était convaincu qu'il exprimait sa pensée, et, quand il agissait, qu'un but honorable guidait son action. Ne s'étonner de rien, n'être surpris de rien; ne jamais se presser, mais ne pas non plus montrer d'indolence, d'irrésolution, d'abattement ; point de ces alternatives de bonne humeur, puis de colère ou de bouderie, de la bienfaisance, de la générosité dans le pardon des fautes ; jamais de mensonge ; offrir dans sa personne l'image de la rectitude naturelle, plutôt que celle d'un redressement ; tel était Maximus. D'ailleurs, nul jamais ne se crut l'objet de ses mépris, ni n'osa se préférer à lui. Enfin, c'était par excellence l'homme plein de grâce et d'esprit. (Id., 15.)

Ce que j'ai vu de mon père: La mansuétude jointe à une rigoureuse inflexibilité dans les jugements portés après mûr examen ; le mépris de la vaine gloire que confèrent de prétendus hommes ; l'amour du travail et l'assiduité ; l'empressement à écouter ceux qui nous apportent des conseils d'utilité publique ; l'invariable application à chacun de la rémunération selon les œuvres ; le tact qui nous indique où il faut nous roidir, où il faut nous relâcher. (Marc-Aurèle, i, 16.)

Examine bien leurs âmes, et vois ce que les hommes sages évitent, ce qu'ils ambitionnent. (Id., IV, 38.)

Agis toujours comme un disciple d'Antonin. Rappelle-toi sa constance dans l'accompUssement des prescriptions de la raison, l'égalité de son humeur, dans toutes les conjonctures, sa piété, la sérénité

'li

Ii.l

de son visage, sa douceur extrême, son mépris pour la vaine gloire, son application à pénétrer le sens des choses ; songe qu'il ne laissa jamais rien passer avant de l'avoir bien examiné, bien compris. Il supportait les reproches injustes, sans récriminer jamais ; il ne faisait rien avec précipitation ; il n'écoutait point les délateurs; il examinait avec soin les mœurs et les actions ; il n'était ni médisant, ni méticuleux, ni soupçonneux, ni sophiste ; il se contentait de peu : rien de modeste comme son habitation, son lit, ses vêtements, sa nourriture, le service de sa maison. Il aimait le travail ; sa longanimité était extrême ; il mangeait sobrement et cette sobriété le rendait capable de s'occuper jusqu'au soir de la même affaire sans avoir besoin de sortir pour ses nécessités, sinon à l'heure accoutumée. Rappelle-toi combien son amitié était constante, égale, avec quelle bonté il supportait une contradiction franche à ses propres sentiments ; avec quelle joie il recevait un avis meilleur que le sien; soniie enfin que sa piété n'avait rien de superstitieux. Alors ta dernière heure te trouvera comme lui avec la conscience du bien que tu auras fait. (Id., vi, 30.)

Il y avait, dans les lois d'Ephèse, un commandement de se rappeler sans cesse au souvenir quelqu'un des anciens qui s'étaient appliqués à la vertu. (Id., XI, 26.)

Tu ne pourrais donner des leçons d'écriture et de lecture, si auparavant tu n'avais appris. De même, à plus forte raison, pour l'art de vivre. (Id.,xi, ^29.)

Page 1