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CHAPITRE VIII

L AMITIE

Mais parmi toutes les âmes que nous révérons pour leur vertu, il en est dont l'irrésistible charme nous attire et nous subjugue. C'est un « je ne sais quoi » que Perse attribue au ciel, ainsi que Montaigne. Les stoïciens avaient l'âme trop élevée et trop pure, ils aimaient trop la vertu pour n'être pas capables de ressentir le pouvoir divin de l'amitié. Après avoir énuméré les avantages que trouve l'homme de bien dans le commerce de son semblable qui l'anime, le soutient et le rend plus sage et meilleur, Sénèque exalte les bienfaits d'une amitié douce et fidèle : « Quel bonheur, dit-il, de rencontrer des cœurs bien préparés, où tout secret puisse s'épancher en sûreté, dont la conscience te soit moins à craindre que la tienne, dont les entretiens calment tes inquiétudes, dont la sagesse te conseille, dont la gaieté dissipe ta tristesse, dont la vue seule te réjouisse. » Et il nous donne, au sujet du choix d'un ami , des conseils , souvent élevés, et toujours judicieux. Il croit qu'il faut réfléchir longtemps avant de choisir, mais ce ne

sont pas là de ces amitiés d'étoile qu'on trouve,

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bien plutôt qu'on ne les choisit. « Quand vous l'aurez résolu, ajoute-t-il, recevez-le à cœur ouvert et lui parlez avec autant de confiance qu'à vousmême. » Il n'en coûte pas de témoigner une confiance illimitée à cet autre et meilleur moi; c'est même un besoin toujours plus impérieux de lui révéler son âme. Mais nul n'a parlé avec plus d'enthousiasme que Perse de son ami Cornutus : « Oui, s*écrie-t-il, je voudrais avoir cent voix pour dire combien je te porte profondément gravé dans mon sein... pressé par la raison, mon cœur s'efforce d'être subjugué, il revêt sous ta main savante une toute autre physionomie ». Ainsi l'ami véritable ne se fait pas complice de nos faiblesses, il nous parle le langage de la raison et s'efforce de nous rendre homme de bien. En passant par son cœur, la voix grave du devoir prend des accents plus doux qui la font pénétrer dans notre âme. Épictète croit que le sage seul est capable d'aimer. En effet, l'amour de la sagesse et de la vertu peut seul former entre les âmes des liens durables : « Où l'amitié se trouvera-telle, dit Épictète, si elle ne se trouve où sont la loyauté, l'honnêteté et le don de tout ce qui est beau, sans mélange d'aucune autre chose » ? L'amitié qui contribue si puissamment au perfectionnement de l'âme, s'élève et se purifie d'autant plus que les amis sont plus parfaits. Elle est constante, parce que ceux qu'elle unit ne sauraient se renier euxmêmes. Combien elle est digne de respect lorsqu'elle ne cesse de nous mettre dans le vrai chemin

L AMITIE

et qu'elle se confond, ainsi que celle de Marc- Aurèle et de Fronton, avec l'amour de la vertu !

Il est certain que deux hommes de bien sont utiles l'un à l'autre, parce que vivant ensemble dans l'exercice continuel de leurs vertus, ils se maintiennent dans l'état de la sagesse qu'ils ont acquise; ils désirent tous deux avoir un compagnon avec qui ils puissent discourir et conférer. Ceux qui savent lutter s'exercent entre eux et se tiennent en haleine. Le musicien s'excite en la compagnie d'un autre musicien, et comme le sage s'excite de lui-même, il sera aussi excité par un autre sage, car il est nécessaire que sa vertu soit dans l'action. Mais encore, quelle utilité le sage apportera-t-il au sage ? Il lui donnera du cœur et lui fera connaître les occasions de faire quelque bonne action. De plus, il lui communiquera ses pensées et lui apprendra ce qu'il aura trouvé de nouveau ; car il y aura toujours quelque découverte à faire, et du champ pour exercer les esprits. Le méchant nuit au méchant ; il le rend encore plus mauvais en irritant sa colère et sa crainte, en flattant son chagrin et en approuvant ses plaisirs. Aussi les méchants sont-ils perdus depuis que leurs vices se sont mêlés ensemble, et que leur malice s'étant assemblée a formé comme un corps. Ainsi, par la raison des contraires, un homme de bien doit être utile à un homme de bien. De quelle manière, direz-vous ? Il se réjouira, il le confirmera dans son assurance et leur satisfaction s'augmentera par la réflexion qu'ils feront sur leur tranquillité mutuelle. De plus, il lui donnera la connaissance de certaines choses, car le sage ne sait pas tout et quand il le saurait, il y a des chemins plus courts qu'on lui pourrait montrer pour conduire

ni

L AMITIE

ses desseins avec moins de peine. Le sage se rendra utile non seulement par ses forces, mais encore par celles de celui même qu'il voudra aider. Ce n'est pas que, demeurant tout seul, il n'agisse selon toute sa capacité, il ira son train ; mais c'est aider un homme que de l'animer pendant sa course. Partant, vous voyez que le sage est utile au sage et encore à soimême... Outre tous ces avantages, le sage trouvera encore en la compagnie du sage cette satisfaction qui est douce et fort honnête d'avoir les mêmes inclinations et les mêmes antipathies en toutes choses. C'est pourquoi ils agissent toujours de concert dans l'exécution de leurs bons desseins. (Sénèque, Epître, cix.)

Mais rien ne charme autant l'âme qu'une amitié douce et fidèle. Quel bonheur de rencontrer des cœurs bien préparés, où tout secret puisse s'épancher en sûreté, dont la conscience te soit moins à craindre que la tienne, dont les entretiens calment tes inquiétudes, dont la sagesse te conseille, dont la gaieté dissipe ta tristesse, dont la vue seule te réjouisse. (Sénèque, De la tranquillité de Tame, vu.)

Si vous tenez pour ami une personne en qui vous n'avez pas autant de confiance qu'en vous-même, vous vous trompez lourdement, et vous ne connaissez guère ce que c'est qu'une amitié véritable.

Examinez toutes choses avec votre ami ; mais examinez votre ami avant toutes choses : avant le choix on peut tout discuter ; quand il est fait, on doit tout croire.

Songez longtemps si vous devez prendre un

tel pour ami ; quand vous l'aurez résolu, recevez-le

à cœur ouvert, et lui parlez avec autant de confiance qu'à vous-même.

Vous le rendrez fidèle, si vous croyez quille

soit ; outre que l'on donne envie de tromper en craignant d'être trompé et qu'il semble qu'on met en droit de commettre une faute celui que l'on soupçonne d'être capable de la faire.

Qu'est-ce donc qui me peut obliger à retenir mes paroles en présence de mon ami ? Pourquoi ne croirais-je pas que je suis seul quand je suis avec lui?(Id., Epître, m.) :

Celui qui se considère en contractant une amitié, ne fait rien qui vaille ; il finira comme il a commencé

Si on doit désirer l'amitié à cause d'elle-même, celui qui trouve son contentement en soi s'en peut approcher comme d'une chose parfaitement belle, sans espérance d'aucun profit, et sans craindre les caprices de la fortune. Celui-là dégrade l'amitié de sa noblesse qui la recherche pour s'en servir au besoin. (Id., ix.)

La joie que nous recevons de nos amis qui sont a])sents est légère et passe incontinent ; mais le plaisir que nous donnent leur vue, leur présence et leur conversation a quelque chose de vif et d'animé, particulièrement si c'est une personne qui ait les qualités telles que nous les désirons.

Faites donc que je reçoive un riche présent en votre personne quand vous viendrez ici.

Vous ferez une action qui vous sera très utile, si vous rendez votre ami homme de bien. (Id., xxxv.)

LAMITIÉ

Je vous remercie de ce que vous m'écrivez souvent, car c'est le seul moyen que vous avez de vous rendre prés.ent à mes yeux ; aussi ne reçois-je jamais de vos lettres, que nous ne soyons incontinent ensemble. Si nous aimons les portraits de nos amis, parce qu'ils les rappellent dans notre souvenir, et charment d'un faux plaisir l'ennui que nous avons de leur absence, combien devons-nous chérir les lettres qui nous en apportent des traits et des marques véritables ! Car ce qu'il y a de plus doux dans leur conversation, leur main nous le fait reconnaître sur le papier. (Id., xi.)

Aujourd'hui, à la sollicitation de ma muse, je te fais sonder mon cœur, heureux de te montrer quelle place tu y occupes, ô Cornutus, ô doux ami ! Frappe mon cœur : tu sais connaître au son la solidité d'un objet, dépouiller le fard d'une langue plâtrée. Oui, je voudrais avoir cent voix, pour dire combien je te porte profondément gravé dans mon sein, pour le dire d'une voix éclatante, pour révéler par mes accents tout cet amour qui se dérobe au fond de mes entrailles, amour inexprimable.

A l'âge où la route s'ouvre incertaine, où

l'inexpérience de la vie partage l'esprit irrésolu entre divers sentiers, je me plaçai sous ton égide. Jeune encore, reçu dans ton sein, tu daignes me former à la discipline de Socrate. Dès lors, soumis à cette règle qui sait me charmer, je sens mes mœurs se redresser, et pressé par la raison, mon cœur s'efforce d'être subjugué, il revêt sous ta main savante une toute autre physionomie.

Même étude, même repos, tout nous fut

commun

N'en doute pas, il est sûrement un médiateur qui associe nos jours ; une même étoile en est le guide.

Je ne sais lequel, mais sûrement il est un

astre qui fait notre sympathie. (Perse, Satire v.)

On aime vraisemblablement ce à quoi on s'attache. Or les hommes s'attachent-ils à ce qu'ils croient mauvais ? Jamais. A ce qui leur semble indifférent ? Jamais non plus. Reste donc qu'ils ne s'attachent qu'à ce qu'ils croient bon, et, puisqu'ils ne s'attachent qu'à cela, qu'ils n'aiment que cela. Celui donc qui se connaît au bien est aussi celui qui s'entend à aimer ; mais quant à celui qui ne peut pas distinguer le lîien du mal, et tous les deux de ce qui est indifférent, comment s'entendrait-il à aimer ? Aimer n'appartient donc qu'au sage.

Toi qui dis de la richesse, de la volupté et de

toutes les choses en général, tantôt qu'elles sont des biens, tantôt qu'elles sont des maux, ne dis-tu pas aussi du même individu, tantôt qu'il est bon, tantôt qu'il est mauvais ? N'as-tu pas pour lui, tantôt de l'afl'ection, tantôt de la haine, tantôt des louanges, tantôt du blâme ? — Oui, c'est ce qui m' arrive. — Eh bien ! quand on se trompe sur quelqu'un, crois-tu qu'on l'aime réellement ? — Non pas. — Et celui qui n'a pris quelqu'un que pour le quitter bientôt, crois-tu qu'il lui appartienne du cœur ? — Pas davantage. — Et celui qui, tantôt vous accable d'injures, tantôt est en extase devant vous ? — Pas davantage.

Où l'amitié se trouvera-t-elle si elle ne se trouve où sont la loyauté, l'honnêteté, et le don de tout ce qui est beau, sans mélange d'aucune autre chose ?

Que celui qui veut être l'ami de quelqu'un ou se faire de quelqu'un un ami, déracine donc en lui les opinions sauvages et impures ; qu'il les prenne en haine et qu'il les chasse de son âme. Il y gagnera

ri

d'abord de ne plus se dire d'injures à lui-même, de ne plus être en lutte avec lui-même, de ne plus se repentir, de ne plus se mettre à la torture. Puis, pour ce qui est des autres, il se donnera tout entier à ceux qui lui ressembleront. (Epictète, Entretiens,

Que dirai-je qui suffise à rendre ma situation, ou comment accuserai-je convenablement cette nécessité trop dure qui me tient enchaîné ici, quand j'ai l'esprit si agité, si obsédé d'inquiétude ; qui ne me permet pas de courir à l'instant à mon cher Fronton, à ma très belle âme, surtout dans une maladie de cette sorte, de m'approcher de lui, de prendre ses mains, et enfin ce pied lui-même, autant qu'il se pourrait sans l'incommoder ; de le toucher et de le retoucher ; de le soigner dans le bain ; de le soutenir sur ma main dans sa marche ? Et tu m'appelles ton ami, lorsque je ne renverse pas les maisons pour voler vers toi de toute ma force ! En vérité, je suis le plus boiteux, moi, avec ma réserve, avec ma paresse. Moi î que dirai-je ? Je crains de dire quelque chose que tu ne veuilles pas entendre ; car il est certain que tu as fait ce que tu as pu, plûtes expressions plaisantes et enjouées, pour m'ùter l'inquiétude et me faire croire que tu supportes tout cela le plus patiemment du monde. Moi, cependant où est mon esprit ? Je ne sais ; ou plutôt je sais qu'il est parti pour je ne sais quel lieu où tu es. Par pitié, tâche, à force de régime et d'abstinence, de chasser tout le mal que ton courage peut supporter, mais qui est pour moi la plus cruelle et la plus déchirante épreuve. Et si tu partiras pour les eaux, et quand, et comment tu te trouves à présent, vite, je t'en prie, écris-moi tout cela, et remets-moi du

L AMITIE

calme dans l'âme. Moi cependant, quelle qu'elle soit, je porterai ta lettre avec moi. Adieu, mon très aimable Fronton; mais c'est plutôt aux dieux que je dois ici m'adresser ; et cela même est selon ton désir. 0 vous qui êtes partout, dieux bons, rendez la santé à mon Fronton, l'homme le plus aimable et le plus cher à mon cœur ! Rendez-lui une santé pleine, entière, inaltérable, rendez-lui la santé, et qu'il puisse être avec moi ! Homme très saint, adieu. (Marc-Aurèle, ii*' Lettre à Fronton.)

En attendant, je te lis ici, même malgré toi ; et

cela seul me fait vivre et me suffit Adieu mon

souffle. Et je ne t'aimerais pas avec ardeur, toi qui m'as écrit ces choses! Que ferais-je?Je ne puis insister. Mais, l'année dernière, il me fut donné, en ce même lieu et en ce même temps, de brûler du désir de voir ma mère ; tu allumes en moi cette année le même désir. (Id., m. Lettre à Fronton.)

Adieu, toi qui m'es le plus grand des biens sous le ciel. Il suffit à ma gloire d'avoir eu un tel maître.

(Id.,iv.)

Quelle lettre penses-tu m'avoir écrite? J'oserai le dire : celle qui m'a enfanté , qui m'a nourri, ne m'a jamais rien écrit d'aussi aimable, d'aussi doux. Et ce n'est pas un effet de ton savoir ou de ton éloquence ; autrement, non seulement ma mère, mais tous ceux qui respirent se hâteraient de le céder à ton mérite ; mais ta lettre, ni diserte, ni savante, source jaillissante de bonté, trésor d'affection, foyer d'amour, a élevé mon âme à un si haut degré de joie, que mes paroles ne suffisent point à le redire. Elle m'a embrasé du plus ardent désir ; enfin

JULES lAVRE.

-^ -iji;!^'^ —^T^Mir.

L AMITIÉ

elle m'a rempli, comme dit Névius, d'un amour à mort, (Id., VII.)

J'ai reçu deux lettres de toi à la fois : dans l'une, tu m'adresses des reproches, tu m'accuses d'avoir mal exprimé mes pensées; dans l'autre, tu encourages mes études. Que Baius fasse ton éloge ! Eh bien ! je te le jure sur ma vie, sur celle de ma mère, sur la tienne, la première de tes lettres m'a mis plus de joie dans l'âme. Je me suis écrié mille fois en la lisant: Oh! que je suis heureux. Eh quoi! me dirat-on, heureux qu'un maître t'enseigne à rendre une pensée avec plus d'art, de clarté, de précision ou d'élégance ? Non, ce n'est point à ce titre que je suis heureux. Eh auquel donc ? J'ai appris de toi à dire

la vérité, cet écueil des dieux et des hommes

(Id., XX.)

Je comprends ta ruse si ingénieuse ; la plus aimable bienveillance te l'a inspirée. Comme tes louanges perdaient de leur prix par l'excès de ton amour pour moi, tu as voulu, à la faveur du blâme, rendre quelque crédit cà tes éloges. Mais que je suis heureux d'être jugé digne des louanges et des critiques de mon Marcus Cornélius, le plus grand des orateurs et le meilleur des hommes ! Que dirai-je de tes lettres si bienveillantes, si vraies, si amicales? Si vraies! je ne parle que de la première partie, car les flatteries de la fin me rappellent cette pensée d'un Grec, je ne sais lequel, Thucydide, je pense: Celui qui aime s aveugle sur l'objet aimé. En effet, c'est avec un amour presque aveugle que tu as juge une partie de mes essais. Mais j'aime autant ne jamais bien écrire que de devoir à ton affection seue des éloges que ne mérite pas mon talent ; c'est elle

qui t'inspirait cette dernière lettre, si aimable et si élégante. Pourtant, si tu le veux, je serai quelque chose. Au reste, tes lettres m'ont fait sentir combien vraiment tu m'aimais ; mais, s'il faut te parler de mon découragement, oui, mon esprit s'effraye ; j*ai peur de dire aujourd'hui dans le néant quelque parole qui me rende indigne de t'avoir pour maître. Vis pour moi, Fronton, ô toi, que dirai-je?ô toi le meilleur de mes amis! (Id., xxii.)

Adieu, mon si aimable maître, le plus ami de tous les amis, à qui je serai redevable de tout ce que je saurai dans les lettres. Je ne suis pas si ingrat que je ne sente tout ce que tu as fait pour moi, lorsque tu m'as laissé voir tes extraits, et lorsque tu ne cesses chaque jour de me mettre dans le vrai chemin, et de m'ouvrir les yeux, comme dit le vulgaire, j'ai bien raison de t' aimer. (Id., xxiii.)

Dans quel état penses-tu que soit mon âme, lorsque je songe combien il y a de temps que je ne t'ai vu, et pourquoi je ne t'ai vu ? Et il est possible que je ne te voie pas encore de quelques jours, puisque tu m'assures que cela ne peut être autrement ? Ainsi donc, tant que tu languiras, mon esprit abattu languira. Que si, les dieux aidant, tu peux enfin te tenir debout, mon esprit sera ferme et debout. Il brûle en ce moment du plus ardent désir de te voir. Adieu, âme de ton César, de ton ami, de ton disciple. (Id., XXIV.)

Adieu, mon maître, qui à raison l'emportes sur tous et en toute chose dans mon cœur. Mon maître, voici que je ne dors pas et que je tâche de dormir, afin que tu ne te fâches pas (Id., xxv.)

Quoi ! ce que je ne puis me dissimuler en aucune manière, le dissimulerai-je à un autre? Par exemple, quand tu m'as écrit une longue et belle lettre, quoique je dusse arriver le lendemain ? Eh bien ! c'est cela qui m'a été le plus agréable, c'est en cela que je me suis trouvé plus heureux que tous les hommes ensemble ; car en cela tu as montré avec toute la force et tout le charme possible quelle estime tu faisais de moi, et quelle confiance ta avais en mon amitié. Qu'ajouterai-je, si ce n'est que j'ai toute raison de t'aimer ? Mais que dis-je raison? Ah ! plût aux dieux que je pusse t'aimer selon ton mérite ! Et c'est pour cela que je me surprends quelquefois à me fâcher et à m'irriter contre toi, quoique absent et non coupable, de ne pouvoir t'aimer autant que je le veux, c'est-à-dire, que mon cœur ne puisse suivre ton amour à cette hauteur où il s'est placé

Si je t'aime avec force comme ami, je dois me souvenir aussi qu'autant je porte d'affection à l'ami, autant je dois porter de respect au maître. Adieu, mon très cher Fronton, toi que j'aime par-dessus toute chose (Id., xxvl)

Porte-toi toujours bien, âme si chère.

Qui sait mieux que toi combien le respect du devoir est chose impérieuse ? (Id., lxix.)

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