‹ La morale des stoïciens [microform]Chapitre 49 sur 58 · XXIII, XXIV, XXVI · texte numérisé non relu

XXIII, XXIV, XXVI

De tous les paradoxes de la secte stoïcienne, celui-ci est, selon moi, le moins étrange, le moms contestable : celui qui a reçu de bon cœur a rendu.

Car, comme nous rapportons tout à l'intention, chacun a fait tout ce qu'il a voulu faire ; et de même que la piété, la bonne foi, la justice et enfin toute vertu est parfaite en soi, encore qu'elle n'ait pu faire voir une main qui donne, de même un homme peut être reconnaissant par sa seule volonté.

Mais quoi ! dit-on, celui qui n'a rien fait peut-il avoir rendu ? D'abord il a fait quelque chose, il a offert cœur pour cœur, et, ce qui est le propre de l'amitié, il a maintenu l'égalité. Ensuite, un bienfait se paie autrement qu'une créance. N'attends pas que je te fasse voir le paiement, c'est une affaire qui se traite entre cœurs.

Nous disons que celui qui a reçu de bon cœur un bienfait s'est acquitté ; néanmoins nous lui laissons toujours une dette, afin qu'il s'acquitte de nouveau après s'être acquitté déjà. Ce n'est pas là un désaveu du bienfait, c'est un encouragement à la reconnaissance.

Ne soyons donc pas effrayés, et ne nous laissons pas abattre sous ce fardeau comme s'il était trop

lourd Saisis donc le bienfait, chéris-le et

réjouis-toi non de ce que tu reçois, mais de ce que tu rends en restant débiteur. (Id., 2, xxxi, xxxiv.)

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