‹ La morale des stoïciens [microform]Chapitre 50 sur 58 · LES FEMMES ET LE STOÏCISME · texte numérisé non relu

LES FEMMES ET LE STOÏCISME

Les stoïciens, qui ont appelé l'âme humaine à la liberté par la vertu, n'ont pas exclu de cette haute vocation la femme, malgré la condition inférieure que lui avaient faite la loi civile et l'abaissement des mœurs. Sénèque, Epictèteet Marc-Aurèle n'ont pas souvent parlé de la femme ; leur morale est universelle, elle s'adresse à l'âme, dans ce qui fait l'essence même de son être, ce qui constitue sa grandeur et sa dignité, indépendamment de toutes les distinctions de rang, de condition et même de sexe ; car l'élément divin est le même dans les grands et les petits selon le monde, les forts et les faibles, les puissants et les infimes, les dominateurs et les esclaves. Mais les rares textes où les philosophes stoïciens font allusion à la femme nous prouvent qu'ils se sont fait d'elle une idée très élevée. Épictète, qui déplore l'éducation frivole des femmes et la dégradation qui en est la conséquence, a le sentiment de ce qu'elles doivent être. « C'est chose digne

à tenter, dit-il, que de leur faire sentir que rien ne peut les rendre respectables, si ce n'est la modestie et la pudeur. >> Cette parole nous montre qu'il comprend la mission de la femme et la hauteur morale à laquelle elle peut atteindre. Elle nous indique aussi que le respect pour lui est autre.chose que les égards plus ou moins sincères qu'on se plaît à témoigner a un être inférieur : c'est l'hommage rendu à la dignité humaine, rehaussée par la vertu simple et modeste, mais d'autant plus grande et plus respectable qu'elle a plus de difficultés à vaincre, plus de tentations a surmonter ; c'est l'empire irrésistible d'une âme qui aime le bien, et qui fait révérer la loi morale dont sa vie est l'expression.

Les paroles éloquentes par lesquelles Sénèque exprime son admiration pour quelques femmes d'élite ne contredisent pas son jugement sévère sur la femme en général, telle que l'avait faite la décadence romaine. « Cet être indompté » est capable de se donner un frein, même dans l'opmion de Sénèaue, puisqu'il lui conseille d'étudier la philosophie pour apprendre à se gouverner. Et il nous montre par de subUmes exemples ce que devient la femme par l'habitude de la vertu. « Qui donc, s'écrie-t-il, osera dire que la nature ait traité peu généreusement le cœur des femmes, et limité pour elles les vertus ? Elles sont aussi fortes que nous, et, quand il leur plait, aussi capables d'actions honnêtes ; avec l'habitude elles supportent aussi bien que nous le travail et la douleur. «

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Nous ne savons pas jusqu'à quel point Faustine a mérité l'éloge de Marc-Aurèle qui voyait en elle une compagne « si complaisante, si affectueuse, si simple ». Mais Thistoire a ratifié le pieux hommage, rendu par le vertueux empereur à la mémoire de sa mère Domitia Calvilla ou Lucilla dont l'exemple lui a inspiré « la piété, la bienfaisance, la tempérance, et la pureté ».

Les femmes ont à peine atteint leur quatorzième année que les hommes les appellent leurs maîtresses: elles jugent de là que nulle autre qualité n'est en elles, si ce n'est de pouvoir servir aux plaisirs des hommes ; elles commencent donc à se parer, et dans leur parure mettent tout leur espoir. Mais c'est chose digne à tenter que de leur faire sentir que rien ne peut les rendre respectables, si ce n'est la modestie et la pudeur. (Epictète, Manuel, xi.)

Je sais que tu vas me dire : « Tu as oublié que tu consoles une femme ; tu me cites des hommes pour exemple. » Mais qui donc osera dire que la nature ait traité peu généreusement le cœur des femmes, et limité pour elles les vertus ? Elles sont, croismoi, aussi fortes que nous, et, quand il leur plaît, aussi capables d'actions honnêtes ; avec l'habitude elles supportent aussi bien que nous le travail et la douleur. En quelle ville, bons dieux, viens-je tenir ce langage ? Dans une ville où Lucrèce et Brutus renversèrent les rois qui pesaient sur nos têtes : Brutus, à qui nous devons la liberté ; Lucrèce, à qui nous devons Brutus ; dans une ville où CléUe, bravant le fleuve et l'ennemi, mérita par

son insigne audace d'être placée même au-dessus des hommes. Assise sur son coursier d airam, dans cette voie même où se presse la foule, G él.e reproche à nos jeunes gens qui montent dans leur l tiere, de franchir ainsi les portes d'une ville qui fit honneur de la statue équestre même à des femmes, b tu veux que je te produise des exemples de femmes courageuses dans le deuil, je n'irai pas en quêter de porte en porte: dans une seule famille, le te montrerai les deux Cornélie ; la première, fille de Scipion, mère des Gracche, eut douze enfants, et ?it passer douze funérailles. Encore n eut-elle pa de peine à faire preuve de force pour ceux dont m la naissance ni la mort ne furent sensibles à la république; mais elle vit Tibérius et Caïus Gracchus à oui l'on ne contestera pas d'avoir été de grands hommes, si l'on n'accepte pas qu'Us furent hommes de bien, massacrés et privés de sépulture. Et cependant à ceux qui la consolaient et plaignaient son malheur, elle répondit : . Jamais je ne cesserai de me S 'heureuse moi qui portai les Gracche dans mon sein » Cornélie, femme de Lmus Drusu., TaitTerdu son fils, illustre jeune homme d un noble eénie aui marchait sur la trace des Gracche, :tqui,tiss'ant en instance tant de lois proposées, fut tué dans ses pénates sans que 1 on ai su 1 au teur du crime Elle opposa cependant a cette mo t précoce et imprévue autant f^nei-gie quen avait eu son fils en proposant des lois, (béneque, Consolation à Marcia, xvi.)

Imiter de ma mère sa piété sa bien^f ^^^^^^^^^^^ m'abstenir, comme elle, non seulemen de f a^ e e mal, mais même d'en concevoir la pensée , mené sa ^ie frugale, et qui ressemb ait si peu au luxe habituel des riches. (Marc Aurele, 1. 1, à.]

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