‹ La morale des stoïciens [microform]Chapitre 51 sur 58 · LES FEMMES ET LE STOÏCISME · texte numérisé non relu

LES FEMMES ET LE STOÏCISME

Si j'ai une femme d'un tel caractère, si complaisante, si affectueuse, si simple, c'est aux dieux que je le dois. (Id, 1. I, 17.)

Au temps où la loi civile jugeait la femme incapable de se gouverner elle-même, les stoïciens la vengeaient de cette infériorité en lui inspirant le sentiment de sa dignité, et l'appelaient à exercer sur elle-même et sur autrui l'empire de la vertu. Nous savons, par les témoignages de leurs contemporains, ce qu'ont été les nobles femmes qui ont répondu à l'appel de ces sublimes défenseurs de la liberté. Douces et fortes, elles ont soutenu dans le devoir ceux à qui elles consacraient leur vie : leur fermeté et leur constance dans le bien n'ont eu d'égale que leur tendresse. Arria, femme de Psetus, la deuxième Arria, femme deThraséas, et Fannia leur fille, n'ont pas eu moins de charme que de vertu, ni moins de grâce que de dignité. La vie de ces femmes excellentes est le plus éloquent plaidoyer contre ceux qui prétendent que la femme risque de perdre ses plus aimables qualités en aspirant à la force d'âme. Plus que jamais, dans notre société démocratique, où nos mœurs donnent à la femme tant d'influence, elle a besoin de trouver en elle-même son frein, de se soumettre volontairement au devoir, de devenir respectable par le respect d'elle-même, et d'inspirer l'amour du bien par sa vertu simple et aimable.

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l'éducation des stoïciens

Les principes d'éducation des stoïciens sont en rapport avec la fin qu'ils se proposent, savoir: l'autonomie de la volonté, le gouvernement d'un être libre par les lois de la raison dont il accepte volontairement l'empire. Ils comprennent la nécessité d'allier heureusement la discipline et la liberté, afin de ne pas émousser l'esprit par trop de compression, ni d'encourager les passions par la licence. L'éducation leur semble être une tâche difficile en ce que « les dispositions qu'il faut cultiver et celles qu'il faut étouffer se nourrissent d'aliments semblables ». Ainsi les âmes ardentes, qui sont les plus richement douées, sont aussi les plus accessibles aux passions et en particulier à celle de la colère. Tout ce qui sert à fortifier l'âme nourrit donc en même temps les passions ; et l'attention la plus vigilante ne suffit pas toujours à éviter les écueils. « Les éloges, dit Sénèque, exaltent l'enfant et lui inspirent une noble confiance en lui-même, mais ils engendrent aussi l'insolence et l'irascibilité. » Faut-il pour

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cela s'abstenir des louanges ? Nous ne le pensons pas ; mais il faut user sobrement de cat aiguillon, avec les natures fortes et audacieuses qui sont disposées à se louer elles-mêmes, et ne pas trop le ménager aux caractères timides, enclins à se défier d'eux-mêmes et à se décourager. Les stoïciens, se préoccupant de cultiver chez les enfants le respect delà dignité humaine, proscrivent de leur éducation tout ce qui ressemble à la servitude : ils se gardent de leur imposer rien d'humiliant ni de servile. Ils n'accordent rien aux prières de l'enfant et ils veulent a qu'on ne lui donne rien qu'en considération de lui-même, de sa conduite passée, de ses bonnes promesses de l'avenir ». Ainsi les récompenses ne sont pas bannies de l'éducation stoïcienne. L'émulation ne l'est pas non plus, et en cela ils sont moins austères que les jansénistes ; mais dans ses luttes avec ses camarades, ils ne permettent à l'enfant ni de se laisser vaincre ni de se mettre en colère. Egalement éloigné de la lâcheté et de l'animosité, il doit songer, non à faire du mal à ses rivaux, mais à triompher d'eux. C'est ainsi que les stoïciens ne perdent jamais de vue le but qu'ils veulent atteindre, celui d'apprendre à l'enfant à devenir homme, c'est-à-dire à être maître de lui-même. Ce n'est pas en un jour qu'on parvient à se posséder assez pour lutter avec justice, sans haïr ses adversaires et même en étant leur ami. Que d'hommes faits auraient besoin de l'école des stoïciens, pour y apprendre la modération dans leurs rivalités

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d'ambitions, qui leur font détester ceux qui s'opposent à leurs succès ! Les stoïciens ne condamnent pas les satisfactions du triomphe ni celles qu entraînent les actions louables ; mais ils ne veulent pas que l'enfant se vante ni que l'enivrement de la foie le conduise à l'orgueil. Combattre et même jouir en se possédant, telle parait être la règle stoïcienne qu'ils cherchent à graver dans l'âme de 1 enfant à l'âge tendre où l'on peut façonner son esprit. Ils redoutent pour lui les tentations du désœuvrément et de la paresse, les séductions des voluptés et le relâchement d'une éducation molle et complai santé qui l'empêche de développer ses forces, qui laisse croître impunément tous ses mauvais mstmcts et le rend incapable de supporter les épreuves et les combats de la vie. Ils l'habituent à entendre le rude langage de la vérité qui l'éclairé sur ses défauts et l'aide à s'en corriger. Ils veulent qu'il connaisse quelquefois la crainte ; mais il me semble que cette crainte est une servitude, et je ne crois pas à 1 efficacité de ce moyen de persuasion qui ne doit s appliquer qu'aux natures rebelles et qui perd toute sa -vertu s'il est prodigué. Il n'en est pas de même du respect qui est une sorte de culte rendu à tout ce qui a plus ou moins l'autorité et la perfection de la loi morale. La vertu de ceux qui la représentent aui yeux de l'enfant contribue puissamment à éveiller et à développer le sentiment du respect dont l'influence est grande dans l'éducation et porte ses fruits durant la vie entière. Là où il manque il ny

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a pas non plus beaucoup de culture morale, et je dirai même que cette regrettable lacune indique en même temps l'absence de foi dans le bien et d'enthousiasme pour le beau moral. Heureux ceux qu ont été initiés au respect par la vertu constante, à la fois ferme et douce, grave et aimable, de leurs premiers guides dans la vie ! Rien ne peut effacer les traces de ce sentiment dans l'âme qui est capable de l'éprouver et pour laquelle il est le plus puissant frein moral.

L'éducation exige une attention particulière, dont les fruits sont surtout dans l'avenir; car il est aisé de façonner les esprits encore tendres ; il est difficile de déraciner des vices qui ont grandi avec nous. La nature des âmes ardentes est d'être plus accessibles à la colère Il est très important que les

enfants aient de bonne heure des principes salutaires. Or, c'est une tâche difficile ; car il faut nous attacher et à ne pas entretenir chez eux la colère, et à ne pas émousser leur esprit. La chose demande une observation attentive. En effet, les dispositions qu'il faut cultiver, et celles qu'il faut étouffer se nourrissent d'aliments semblables ; or les semblables trompent aisément même l'attention. L'esprit abuse de la licence ; il s'affaisse dans la servitude ; les éloges l'exaltent et lui inspirent une noblei confiance en lui-même, mais ils engendrent aussi l'insolence et l'irascibilité. Il faut donc maintenir l'enfant également éloigné des deux excès, de manière à employer tantôt le frein, tantôt l'aiguillon : qu'on ne lui impose rien d'humiliant, rien de servile. Qu'il n'ait jamais besoin de demander en suppliant, et qu'il n'y trouve aucun profit. Qu'on ne lui donne

rien qu'en considération de lui-même, de sa conduite passée, de ses bonnes promesses pour ravenir Dans ses luttes avec ses camarades, ne souffrons pas qu'il se laisse vaincre ou qu'il se mette en colère; attachons-nous à le rendre ami de ceux avec qui il a coutume de rivaliser, afin que dans ces combats il s'habitue non pas à blesser mais à vaincre. Toutes les fois qu'il l'aura emporté, qu'il aura fait quelque chose de louable, laissons-le s'applaudir, mais non se vanter avec transport ; car la joie mène a 1 enivrement, l'enivrement à l'orgueil et à une trop haute, dée de soi. Nous lui donnerons quelque relâche; mais nous ne le laisserons pas amollir dans le désœuvrement et la paresse, et nous le tiendrons loin du contact des voluptés. Car rien ne rend irritable comme une éducation molle et complaisante ; voila pourquoi plus on a d'indulgence pour un en ant unique, plus on accorde à un pupille, plus on leur gâte le cœur. Il ne résistera pas à une offense, celui luquel jamais rien n'a été refusé, celui dont une tendre mère a toujours essuyé les larmes, quia toujours eu raison contre son pédagogue

Il faut donc placer l'enfance loin de toute flatterie; qu'elle entende la vérité, qu'elle connaisse quelquefois la crainte, toujours le respect : qu elle rende hommage à la veillesse; qu'elle n'obtienne rien par la colère. Ce qu'on lui a refusé quand elle pleurait, qu'on le lui offre quand elle sera calme... Quon lui reproche toute mauvaise action. (Séneque, ue la Colère, II, xviii et xix.)

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