LE BON MAITRE
Sénèque regarde comme une chose importante de choisir des précepteurs et des pédagogues d'un « caractère doux ». La douceur, en effet, n'est-elle
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pas l'attrait irrésistible, le pouvoir invincible d'une âme qui se possède? « La tige encore tendre, dit Sénèque, s'attache aux branches voisines et grandit en se modelant sur elles. » C'est le cœur qu'il faut gagner tout d'abord, et rien n'y réussit mieux que la vertu douce, aimable et enjouée. D'ailleurs, l'esprit naturellement rebelle répugne à obéir à un commandement rude et sévère ; son premier mouvement est de se regimber, et il se soustrait avec joie à la contrainte toutes les fois qu'il le peut et s'en dédommage par la licence. Mais il suit volontiers celui qui lui fait à peine sentir le frein. « De même, dit Sénèque, que le coursier fier et généreux est plus facile à diriger lorsque son mors est doux, de même l'innocence marche par une impulsion volontaire et spontanée à la suite de la clémence On obtient donc davantage par cette voie. » Plus l'âme est fière, en effet, plus elle est impatiente de se soustraire à une autorité dure et violente, parce qu'elle y sent une atteinte portée à la dignité
humaine.
Sénèque a une haute idée de l'enseignement, et le précepteur de son choix a « une grande âme dont l'activité grandit dans la retraite, et qui est utile à tous et à chacun. Il forme les âmes à la vertu et leur enseigne ce que c'est que la justice, la piété, la patience, le courage, le mépris de la mort, la connaissance des dieux, et quel bien gratuit c'est qu'une bonne conscience. » L'homme dévoué, courageux et intelhgent qui se consacre à cette grande et belle
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mission, est, aux yeux de Sénèque, aussi grand que celui qui gouverne une nation, qui décide de la paix et de la guerre et qui rend la justice.
Epictète exalte encore davantage le mérite des bons maîtres. Il s'étonne qu'on n'ait pas élevé, ainsi qu'aux bienfaiteurs de l'humanité, une statue à <c celui qui a trouvé, mis en lumière et produit devant tous les hommes la vérité, non pas sur les moyens de vivre, mais sur les moyens de vivre heureux ». « Quoi ! s*écrie-t-il , pour le don de la vigne et du froment nous offrons des sacrifices de reconnaissance ; et quand on a déposé dans notre intelligence un fruit d'où devait sortir la démonstration de la vérité au sujet du bonheur, nous n'en devrons rendre aucune action de grâce à Dieu l » Il montre que la fonction du maître est de conseiller, d'encourager et de réprimander avec douceur; de faire voir à ceux qui commettent des fautes qu'ils ne font pas ce qu'ils veulent, et qu'ils font ce qu'ils ne veulent pas. N'est-ce pas là le premier et le plus important point de l'éducation ? La conscience étant convaincue, il n'y a plus que la volonté à persuader.
Ce qui prouve mieux que tout combien Epictète était pénétré de la grandeur, je dirai de la sainteté même de la mission d'éducateur, c'est le profond sentiment qu'il avait de la nécessité d'une vocation : « Il faut avant tout, dit-il, que ce soit Dieu qui pousse à prendre ce rôle, comme il poussait Socrate à réfuter les erreurs. »
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Une chose importante sera de choisir des précepteurs et des pédagogues d'un caractère doux. Latige encore tendre s'attache aux branches voisines et grandit en se modelant sur elles. L adolescent reproduit bientôt les mœurs des nourrices et des pédagogues. Un enfant élevé chez Platon et raLné chez ses parents voyait son père s emporter en criant: « Jamais, dit-il, je n'ai vu cela chez Platon , Je ne doute pas qu'il ne fût plus prompt a imiter son père que Platon. (Sénèque, De ia colère,