L EDUCATION DES STOÏCIENS
disette de bons précepteurs, forme les âmes à la vertu, arrête dans leur fougue, et ramène ceux qui se précipitent vers le luxe et les richesses, ou, s'il ne fait autre chose, au moins les retarde ; celui-là remplit en son particulier une fonction publique. Le magistrat qui prononce entre les étrangers et les citoyens, ou le préteur urbain, qui répète à tous venants la formule de l'assesseur, fait-il davantage que celui qui enseigne ce que c'est que la justice, la piété, la patience, le courage, le mépris de la mort, la connaissance des dieux, et quel bien gratuit c'est qu'une bonne conscience? (Id., De la tranquillité dame, m.)
Quel bienfaiteur que celui qui nous montre la route ! Eh bien ! les hommes ont élevé des temples et des autels à Triptolème, parce qu'il leur a donné une nourriture plus douce ; et celui qui a trouvé, mis en lumière, et produit devant tous les hommes la vérité, non pas sur les moyens de vivre, mais sur les moyens de vivre heureux, est-il quelqu'un de vous qui lui ait construit un autel ou un temple, qui lui ait élevé une statue, ou qui remercie Dieu à cause de lui ? Quoi ! pour le don de la vigne ou du froment nous offrons des sacrifices de reconnaissance ; et quand on a déposé dans notre intelligence un fruit d'où devait sortir la démonstration de la vérité au sujet du bonheur, nous n'en devrons rendre aucune action de grâce à Dieu ! (Epictète, Entretiens^ i, 4.)
Il saura donc parler, il saura encourager et réprimander, celui qui aura le talent de montrer à chacun l'inconséquence qui fait sa faute, de lui mettre clairement sous les yeux qu'il ne fait pas ce qu'il veut, et qu'il fait!'ce qu'il ne veut pas. Montrez-le
à quelqu'un, et de lui-même il renoncera au mal; mais, tant que vous ne le lui aurez pas montré, ne vous étonnez pas qu'il y persiste; car c'est parce qu'il s'est attaché à l'apparence du bien, qu'il fait ce qu'il fait. (Id., ii, 26.)
Enseigner est une grosse affaire qui a ses mystères, et qui ne peut être entreprise à la légère, ni par le premier venu. Peut-être même ne suffit-il pas d'être vraiment sage pour se charger du soin des jeunes gens ; il y faut encore certaines dispositions et certaines aptitudes ; il y faut même un certain extérieur, et, avant tout, que ce soit Dieu qui pousse à prendre ce rôle, comme il poussait Socrate à réfuter les erreurs, Diogène à réprimander avec un ton de roi, Zenon à enseigner et à dogmatiser, (Id.,111, 21.)