‹ La morale des stoïciens [microform]Chapitre 56 sur 58 · L EDUCATION DES STOÏCIENS · texte numérisé non relu

L EDUCATION DES STOÏCIENS

même temps il se corrigeait lui-même. Chez qui la passion serait-elle modérée, puisque Socrate n'osa pas se fier à sa colère ? Ainsi donc, pour réprimer l'erreur et le crime, il n'est pas besoin d'un juge irrité. Car, puisque la colère est un délit de l'âme, il ne faut pas qu'un homme qui pèche punisse le péché/(Sénèque, De la colère, xv.)

L'homme libre de toute colère inflige à chacun la peine qu'il mérite. Souvent il acquitte celui qu'il a surpris en faute, si le repentir permet d'en espérer mieux, s'il découvre que le mal ne vient pas du fond de l'âme, mais s'arrête, comme on dit, à la surface. Il accordera l'impunité, lorsqu'elle ne devra nuire ni à ceux qui la reçoivent, ni à ceux qui la donnent. Quelquefois il punirt^ les grands crimes avec moins de rigueur que les fautes plus légères, si dans ceuxlà il y a plutôt oubli que scélératesse ; si dans cellesci il y a fourberie cachée, couverte et invétérée. Il n'appliquera pas la même peine à deux crimes dont l'un aura été commis par inadvertance, et l'autre avec le dessein prémédité de nuire. Dans tout châtiment il agira avec la conviction d'un double but à suivre, ou de corriger les méchants, ou de les détruire. Dans les deux cas, ce n'est point le passé, c'est Tavenir qu'il envisage. Car, comme le dit Platon : « Le sage punit, non parce qu'on a péché, mais pour qu'on ne pèche plus : le passé est irrévocable, l'avenir se prévient. » (Id., xvi.)

Platon, irrité contre son esclave, ne put prendre sur lui de différer; lui ordonnant d'ôter sur-lechamp sa tunique, et de tendre le dos aux verges, il allait le battre de sa propre main. Cependant, s'apercevant qu'il était en colère, il tenait son bras

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suspendu, et restait dans la position d'un homme qui va frapper. Un ami, qui survint par hasard Im ayant demandé ce qu'il faisait : Je punis, dit-il un homme en colère. Il demeurait comme stupéfait dans cette attitude d'un homme qui frappe, si déplacée pour un sage; déjà il avait oublié 1 esclave, parce qu'il en avait trouvé un autre à punir de préférence. Il abdiqua donc ses droits de maître, et, se sentant trop ému pour une faute légère :« Je te prie, dit-il, Speusippe, de corriger ce misérable, car pour moi je suis en colère. » Il s abstint de frapper, par la raison même pour laquelle un autre eût frappé. « Je suis en colère, dit-il, je ferais plus qu'il ne faudrait, je le ferais avec passion : que cet esclave ne soit pas aux mains d'un maître qui n est pas maître de lui-même. » Qui voudrait confier sa vengeance à la colère, lorsque Platon lui-même s'en interdit le droit ? Ne te permets rien, tant que tu seras irrité : Pourquoi ? Parce que tu voudrais tout te permettre. Combats-toi toi-même. Si tu ne peux vaincre la colère, elle commence à te vaincre, bi elle est encore renfermée, si on ne lui donne pas ssue, on doit en voiler toutes les apparences, et la tenir, autant qu'il se peut, secrète et cachée. (Id., 3, XII.) .

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