‹ La morale des stoïciens [microform]Chapitre 7 sur 58 · LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

LA PROVIDENCE

Epictète est plus particulièrement touché par

Idée de Providence. Dieu n'est pas seulement pour

ui le créateur et le maître de l'univers, il est aussi

le Dieu de chaque homme. Aussi, pour reconnaître

et louer la Providence, insiste-t-il autant sur « un

DIEU

cœur reconnaissant » que sur « la capacité de comprendre ce qui arrive à chacun ». Mais c'est par le raisonnement qu'il nous prouve que rien dans le monde n'est fait au hasard, que chaque chose y a sa fm. Et après nous avoir démontré avec toute la force d'une ardente conviction que chacune des œuvres de Dieu révèle l'ouvrier suprême, il nous rappelle par des paroles inspirées ce que la Providence a fait en nous. Et ce subhme cantique d'actions de grâces d'un homme si déshérité selon le monde, mais si riche en Dieu, nous confond par le sentiment de notre ingratitude pour tous les bienfaits de Dieu. Il nous remplit aussi de respect et d'admiration pour une âme si profondément pieuse, qui n'est sur la terre que pour « chanter les louanges de Dieu et lui adresser des actions de grâces pour lui avoir accordé la faculté de se rendre compte de ses dons et d'en faire un emploi méthodique ». Si humbles que soient ces dons, l'homme doit en user pour la gloire de Dieu et ne pas attendre des dons merveilleux pour faire son métier. Ayant seul reçu la raison en partage, il doit s'en servir pour Dieu. C'est ce que nous fait comprendre Epictète avec cette incomparable poésie du sentiment sincère et élevé : « Si j'étais rossignol, jo ferais le métier d'un rossignol ; si j'étais cygne, celui d'un cygne. Je suis un être raisonnable ; il me faut chanter Dieu. »

Il est aisé de louer la Providence de tout ce qui arrive dans le monde, si l'on a en soi ces deux

DIEU

choses, la capacité de comprendre ce qui arrive à chacun, et un cœur reconnaissant. Si non, ou l'on ne verra pas l'utilité de ce qui se fait ou l'on n'en saura pas de gré, alors même qu'on la verrait Si Dieu avait fait les couleurs sans faire aussi la faculté de les voir, quelle en serait l'utilité ? Néant Si d autre part, il avait fait la faculté sans faire les couleurs telles qu'elles tombassent sous cette faculté visuelle, quelle en serait l'utilité? Néant. Et s'il avait fait les couleurs et la vue, mais sans la lumière ? Ici encore utilité nulle. Qui donc a fait ceci pour cela, et cela pour ceci? Qui a fait l'épée pour le fourreau, le fourreau pour l'épée ? Ne serait-ce personne ? Comme si, chaque jour, ce n'était pas par la combmaison des parties dans une œuvre aue nous démontrons qu'elle est forcément le produit dun habile ouvrier, et qu'elle n'a pas été faite au hasard ! Eh quoi ! chacune de nos œuvres révélera son ouvrier, et les objets visibles, la vue^ la lumière, ne révéleront pas le leur ! Cette organisation de notre entendement, grâce à laquelle nous ne nous bornons pas à recevoir l'impression des objets qui tombent sous nos sens, mais en enlevons en abstrayons des parties que nous rapprochons pour composer avec elles certaines idées, et de ces idées passer à d'autres qui leur sont analogues : cette orgamsation elle-même sera-t-elle impuissante à les empêcher d abandonner la cause de l'ouvrier suprême ? Si cela est, que l'on nous exphque 'quelle est la cause de chacune de ces choses, ou comment Il se peut que, si merveilleuses et sentant ainsi artiste elles soient l'œuvre fortuite du hasard. (Epictete, Entretieiîs, i, 6.)

« Et quel discours pourrait suffire à louer convenablement tout ce que la Providence a fait en nous, ou même à l'exposer ? Car, si nous avions le sens droit, quelle autre chose devrions-nous faire, tous en commun et chacun en particulier, que de célébrer Dieu, de chanter ses louanges, et de lui adresser des actions de grâces ? Ne devrions-nous pas, en fendant la terre, en labourant, en prenant nos repas, chanter cet hymne à Dieu ? « Dieu est grand, parce qu'il nous a donné ces instruments, avec lesquels nous travaillerons la terre! Dieu est grand, parce qu'il nous a donné des mains, un gosier, un estomac ; parce qu'il nous a permis de croître sans nous en apercevoir, et de réparer nos forces en dormant ! »

Voilà ce que nous devrions chanter à propos de chaque chose; mais ce pour quoi nous devrions chanter l'hymne le plus grand, le plus à la gloire de Dieu, c'est la faculté qu'il nous a accordée de nous rendre compte de ces dons et d'en faire un emploi méthodique. Eh bien ! puisque vous êtes aveugles, vous, le plus grand nombre, ne fallait-il pas qu'il y eût quelqu'un qui remplît ce rôle, et qui chantât pour tous l'hymne à la divinité? Que puis-je faire, moi, vieux et boiteux, si ce n'est de chanter Dieu? Si j'étais rossignol, je ferais le métier d'un rossignol ; si j'étais cygne, celui d'un cygne. Je suis un être raisonnable ; il me faut chanter Dieu. Voilà mon métier, et je le fais. C'est un rôle auquel je ne faillirai pas, autant qu'il sera en moi: et je vous engage tous à chanter avec moi. (Id., 15.)

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