‹ La morale des stoïciens [microform]Chapitre 8 sur 58 · OMNI-SCIENCE — OMNI-PRÉSENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

OMNI-SCIENCE — OMNI-PRÉSENCE DE DIEU

L'idée de la toute-science et de la toute-présence de Dieu inspire à Epictète des pages éloquentes,

dont la conclusion est que celui qui a fait l'esprit de l'homme capable de s'appliquer à toutes les choses divines, en même temps qu'aux affaires humaines, doit tout voir et être en communication avec tout. La règle morale qu'il tire de la touteprésence, c'est de penser, de parler et d'agir sous le regard de Dieu. Il y a dans la fin de ce beau morceau le sentiment de la crainte et du respect de l'Etre saint qui connaît toutes choses. Et les paroles d'Épictète méritent d'être rapprochées du psaume par lequel David célèbre la toute-présence de l'Eternel : « Tu m'as sondé et tu m'as connu. Tu m'environnes, soit que je marche, soit que je m'arrête, et tu as une parfaite connaissance de toutes mes voies. Où irai-je loin de ton Esprit ? Où fuirai-je loin de ta face? » Épictète exprime aussi la confiance que l'âme droite trouve dans la présence de Dieu : « A quel protecteur plus puissant et plus vigilant aurait-il pu confier chacun de nous ? Lors donc que vous avez fermé votre porte, et qu'il n'y a point de lumière dans votre chambre, souvenez-vous de ne jamais dire que vous êtes seul, car vous ne l'êtes pas, Dieu est dans votre chambre. »

On lui demandait comment on pourrait prouver à quelqu'un que toutes ses actions tombaient sous l'œil de Dieu. — Ne crois-tu pas, dit-il, à l'unité du monde? — J'y crois. — Mais quoi ! ne crois-tu pas à l'harmonie du ciel et de la terre? — J'y crois. — Comment, en effet, les plantes fleurissent-elles si singulièrement, comme sur un ordre de Dieu, quand il leur a

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dit de fleurir? Comment germent-elles, quand il leur a dit de germer? Comment produisent-elles des fruits, quand il leur a dit d'en produire?^ Comment mûrissent-elles, quand il leur a dit de mûrir ? Comment laissent-elles tomber leurs fruits, quand il leur a dit de les laisser tomber ? Comment perdent-elles leurs feuilles, quand il leur a dit de les perdre? Et, quand U leur a dit de se replier sur elles-mêmes pour rester tranquillement à se reposer, comment restent-elles à se reposer? Puis, lorsque la lune croit et décroît, lorsque le soleil arrive ou se retire, pourquoi voit-on sur la terre tant de changements, tant d'échanges des contraires? Et les plantes et nos corps se relieraient ainsi avec le grand tout, et seraient en harmonie avec lui, sans que cela fut plus vrai encore de nos âmes! Et nos âmes se relieraient et se rattacheraient ainsi à Dieu, comme des parties qui en ont été détachées, sans que Dieu s'aperçût de leur mouvement qui est de même nature que le sien, et qui est le sien même î lu pourrais, toi, appliquer ton esprit au gouvernement de Dieu,' et à toutes les choses divines en même temps qu'aux affaires humaines, recevoir tout a la fois des milliers d'objets, des sensations ou des pensées, et donner ton adhésion aux unes, rejeter les autres, t'abstenir sur d'autres ; tu pourrais conserver dans ton âme les images de tant d objets divers, t'en faire un point de départ pour arriver a d'autres idées analogues à celles qui t'ont frappe les premières, passer d'un procédé à un autre, et cïarder le souvenir de milliers de choses : et Dieu ne serait pas capable de tout voir, d'être présent partout, d'être en communication avec tout ! Le soleil serait capable d'éclairer une si grande portion de l'univers en ne laissant dans l'obscurité que la petite partie qui est occupée par l'ombre que

projette la terre : et celui qui a fait le soleil (cette partie de lui-même, si minime par rapport au tout), celui qui le promène autour du monde, ne serait pas capable de tout connaître ?

— Mais moi, dis-tu, mon esprit ne peut s'occuper de toutes ces choses en même temps. — Et qui estce qui te dit aussi que tu as des facultés égales à celles de Jupiter? C'est pour cela que (bien qu'il nous ait faits intelligents), il n'eu a pas moins placé près de chacun de nous un surveillant, le génie particulier de chacun, auquel il a commis le soin de nous garder, et qui n'est sujet ni au sommeil ni à l'erreur. A quel protecteur plus puissant et plus vigilant aurait-il pu confier chacun de nous ? Loi s donc que vous avez fermé votre porte, et qu'il n'y a point de lumière dans votre chambre, souvenezvous de ne jamais dire que vous êtes seul, car vous ne l'êtes pas, Dieu est dans votre chambre, et votre génie aussi ; et qu'ont-ils besoin de lumière pour voir ce que vous faites? (Epictète, Entretiens, i. M.)

DIEU DANS l'homme

Sénèque est encore plus affîrmatif qu'Épictète sur la toute-présence de Dieu, et ses paroles sont l'expression d'un profond sentiment qui indique une expérience personnelle de la vie en Dieu. Non seulement il sent que Dieu est près de l'homme, il est convaincu aussi que Dieu est dans l'homme. « Oui, je dis qu'il réside au dedans de nous un esprit saint. » Saint Paul a dit de même : « Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous. » C'est à cette inspiration divine que Sénèque

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attribue « les conseils hardis et courageux », l'intrépidité de l'homme de bien que rien d'extérieur n'ébranle. « Une force divine lui est venue d'en haut », dit-il. Et ce qui vibre en l'homme, sous l'impulsion de cette puissance céleste, c'est l'âme grande et sainte qui « aspire au lieu de son origine ».

Il ne faut point lever les mains au ciel, ni prier le sacristain qu'il vous laisse approcher de l'idole, afin que vous puissiez lui parler à l'oreille; car Dieu est près de vous ; il est avec vous, il est au dedans de vous. Oui, je vous dis qu'il réside au dedans de vous un esprit saint, qui observe et qui garde comme un dépôt le bien et le mal que nous faisons ; il nous traite selon que nous l'avons traité. Sans ce Dieu, personne n'est homme de bien; sans son secours, personne ne se pourrait mettre hors du pouvoir de la fortune. Il donne des conseils hardis et courageux. Il y a certainement un Dieu dans tous les gens de bien. Si vous remarquez un homme intrépide dans les dangers, invincible aux plaisirs, heureux dans l'adversité, tranquille au milieu de la tempête, et qui voit les hommes au-dessous de lui, et les dieux à ses cotés, n'aurez-vous point quelque vénération pour lui ? Ne direz-vous pas: Cela est trop grand et trop relevé pour croire que rien de semblable se puisse trouver dans un si petit corps ? Une force divine lui est venue d'en haut, et c'est une puissance toute céleste qui fait agir cette âme si modérée, qui passe légèrement sur toutes choses, comme lui étant inférieures, et qui ) léprise celles que nous craignons ou que nous désirons. Une chose si grande ne pourrait subsister

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sans l'assistance de quelque divinité. C'est pourquoi elle tient par sa meilleure partie au lieu d'où elle est descendue. Comme les rayons du soleil touchent bien la terre, mais ne quittent point le lieu d'oîi ils sont envoyés ; de même cette âme grande et sainte, qui n'est envoyée ici-bas que pour nous montrer de plus près les choses divines, converse à la vérité avec nous ; mais elle demeure attachée au lieu de son origine ; c'est d'où elle relève ; c'est où elle jette ses regards, et où elle aspire. Cependant elle est parmi nous comme la plus excellente chose que nous ayons.

Mais quelle est cette grande âme ? Celle qui ne reluit que par ses bonnes qualités. C'est une âme en qui la raison est parfaite. (Sénèque, Epître xli.)

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