‹ La Morale du bonheurChapitre 101 sur 106 · BILA^ DE LA CRISE MORALE · texte numérisé non relu

BILA^ DE LA CRISE MORALE

de l'Etat, des limites de la propriété, de la liberté qui revient aux individus, et par là même des principales conditions sociales du bonheur. De là également une intelligence plus rationnelle et plus humaine du droit pénal. On s'est enfin rendu compte que la justice civile ne constitue pas une sorte de sacerdoce, mais que, si elle peut punir, c'est seulement dans la mesure oii le demande le maintien de l'ordre public; qu'il faut allier le maximum de défense sociale avec le minimum de souffrance individuelle ; qu'il importe encore plus de prévenir le crime que de le châtier; et qu'il n'est pas permis de jeter des êtres humains au fond d'une prison, sans se soucier autrement du danger de corruption morale auquel on les expose. On peut même dire que l'idée contemporaine de la justice s'est traduite avec bonheur jusque dans notre notion traditionnelle des sanctions futures. Pressés par les objections des adversaires, nous avons appris à concevoir les châtiments de l'au-delà sous un mode plus digne d'un Dieu qui n'éprouve point de colères, qui reste inaccessible aux inspirations de la vengeance et dont tous les desseins, quels qu'ils soient, prennent toujours leur mesure dans la loi du meilleur. La notion de la justice, une fois dégagée de tout ce qui n'est pas elle et devenue par là même plus distincte, a répandu sa lumière, non seulement sur les rapports de l'homme avec l'homme, mais aussi sur les rapports de l'homme avec Dieu : elle s'est irradiée dans tous les sens et jusqu'au ciel. La notion de charité s'est également surélevée, en revêtant un caractère plus rationnel. Sous l'influence du progrès scientifique, dont la devise est qu'il faut prr-

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i'oir pour pouvoir, elle a passé d'une manière plus complète aux ordres de l'intelligence où se trouve sa loi naturelle; et de là une discipline de cette vertu qui lui donne une portée beaucoup plus grande.

On croyait autrefois qu'il suffît de jeter son obole dans la sébille du pauvre, pour remplir son devoir à l'égard d'un frère malheureux. Les faits ont montré à la longue, et d'une manière toujours plus convaincante, que ce mode de bienfaisance a surtout deux effets : celui de détruire peu à peu le sentiment de la dignité personnelle et celui de multiplier le vagabondage. On a compris par là même que le véritable moyen d'être utile aux petits, c'est de travailler à l'organisation de leur existence, en mstituant des maisons de travail, des coopératives, des caisses de secours, des hospices et des hôpitaux ' .

On se préoccupait autrefois, comme aujourd'hui, de soigner les malades; mais ou ne songeait presque pas à prévenir les maladies. La charité d'alors, pourtant si noble dans ses inspirations, se comportait à peu près « comme le ferait un service de voirie... qui ne mettrait pas de garde-fous aux ponts, et établirait... des barques de secours le long des rivières ou des fleuves, pour repêcher ceux qui se seraient laissé choir ». A l'heure actuelle, on ne renonce pas aux barques de secours ; elles seront toujours nécessaires. jNIais ou veut en même temps, on veut surtout qu'elles servent le moins souvent possible. On s'attache principalement à discerner les

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