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choses. On l'a jetée à nouveau dans le courant de la vie; on l'a contrainte de reprendre contact avec les faits. Et ce retour à l'expérience constitue pour elle un progrès véritable. Elle ne peut qu'y trouver une manière nouvelle de justifier ses préceptes, de les accommoder à la diversité des temps et des lieux, d'en rendre l'autorité plus présente, plus sensible et par là même plus effi-
cace.
On a toujours tenu compte, dans l'éducation, de ce qu'on appelle aujourd'hui l'association des idées. Platon pensait déjà que le moyen de faire pénétrer la vente jusqu'au fond des consciences, c'est « de la dire en prose et en vers, aux enfants et aux vieillards comme aux jeunes gens, le matin et le soir, en public et en particulier », c'est de la répéter sans cesse, à tous et partout \ Mais il était réservé à notre époque de faire connaître avec précision la nature de cette loi psychologique,^ les modes qu'elle revêt, et surtout le rôle surprenant qu'elle joue dans la formation de nos jugements et par là même dans celle de nos croyances morales. Cette enquête conduisait d'ailleurs tout naturellement à l'étude d'une autre science, qui est « la psychologie enfantile » : la première ne pouvait s'achever que par la seconde. Et Dieu sait avec quelle ardeur on s'est jeté dans cette voie nouvelle, soit en France, soit en Allemagne : les articles et les livres se sont multiplies sur ce sujet; ils se multiplient encore, toujours plus précis et plus féconds.
Non seulement la morale s'est précisée et enrichie
i.Lo*-.-, 11,663^-664-, VIII, 838--.
de vues nouvelles; mais elle a découvert des procédés qui lui permettent de s'implanter plus avant dans les âmes.
Ce n'est là pourtant qu'un côté du sujet que nous traitons; le problème a son envers.
Tandis que l'on édifiait d'une main, on a travaillé de l'autre à tout détruire et sans pitié ni merci. La croyance en Dieu, le concept du libre arbitre, les idées d'obligation, de mérite et de démérite, de récompense et de châtiment : autant de pièces maîtresses de la morale humaine que nos pères tenaient pour inébranlables et auxquelles les philosophes de notre temps ont mis la cognée. On s'est plu à cette œuvre de démolition radicale, on s'y est complu ; on l'a poursuivie le plus souvent avec une audace étrange : si bien qu'il n'est pas d'extravagance que l'on n'ait formulée en ces matières à la fois si graves, si délicates et si complexes. On n'a jamais vu débordement aussi voluptueux de fantaisies dangereuses. Je crois l'avoir suffisamment démontré au cours de cet ouvrage.
Cette guerre à outrance ne s'est pas cantonnée dans les sphères scientifiques. Vulgarisées par la presse et sur tous les tons, propagées par l'enseignement officiel, présentées aux enfants eux-mêmes comme le dernier mot du savoir humain, les négations de la libre pensée ont fini par pénétrer dans la conscience publique : elles se sont répandues partout, inoculant le mépris des plus augustes tra-
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ditions, et déracinant im à un les principes où se fonde le maintien de l'ordre ' .
Delà vient, du moins en très grande partie, la baisse effrayante de moralité dont nous avons parlé dans cette étude, et qui ne fait que s'accentuer de jour en jour. On n'est guère plus honnête que de vitesse acquise : on l'est surtout par sentiment ou par habitude; et ces deux facteurs vont eux-mêmes en décroissant, à mesure que s'effacent les convictions dont ils sont l'œuvre et qui les alimentent. De là procède également un mal encore plus profond, qui est l'impuissance de croire. Et moi, s'écriait un poète de l'époque des Werther,
Et moi, tel qu'un aveugle aux murs tendant la main. A tâtons, dans la nuit, je cherche mon chemin... Le doute aussi m'accable, hélas! et j'y succombe. Mon âme fatiguée est comme la colombe Sur le flot du déluge égarant son essor : Et l'olivier sauveur ne fleurit pas encor.
Celui-là gardait un fond d'espérance. II est dépassé depuis quelque temps, et d'une manière notable. Nous avons perdu jusqu'à la force de prendre parti, même en face des preuves les plus convaincantes. On a si violemment tourné et retourné nos cerveaux, on a donné aux questions les plus fondamentales des solutions si diverses, il s'est fait dans notre milieu social un tel cliquetis d'opinions contraires, que chez la plupart d'entre nous le positivisme a passé à l'état d'habitude. « Où est la vérité? Où est donc la vérité ? « me disait un médecin qui est