I. P. i8 et suiv., F, Alcan, Paris
DE l'oBLIGATIOK MORALE. 5l
leur endroit d'un langage imprécis ou qu'on regarde, sans bien s'en douter, aux conséquences utilitaires de leur conduite. Qui donc osera dire qu'un sculpteur est obligé de fondre telle statue, ou bien un savant de travailler à la solution de tel problème, lorsque personne au monde n'a nullement à pâtir de l'absence de pareils efforts ?
Pour obtenir une notion rigoureuse de l'obligation, il faut revenir à la définition du prix de la vie que l'on a donnée plus liaut.
Sans doute, cette définition part de l'idée du meilleur. Mais, en route, elle se détermine et se spécifie : elle s'acbève dans l'idée d'un maximum „de jouissance. Et c'est de là que vient le trait de lumière où se complète la solution du problème.
« Tu dois ». La loi morale s'impose et d'une manière absolue : elle commande sans condition. Mais que commande-t-elle ? le respect de la vie, sans doute; et, sur ce point, personne n'a jamais hésité, pas plus Rant que les autres. Mais qu'est-ce qui fait donc la valeur de la vie ? D'où vient que l'on ne peut pas la traiter comme un bloc de matière ? à quoi tient qu'elle mérite le respect et conquiert dans la nature comme une sorte d'inviolabilité morale? A ce qu'elle est une source de jouissance quand on se conforme à ses lois; une source de souffrance, au contraire, lorsqu'on y déroge. La joie et par suite les conditions qui l'élèvent à son plus haut degré d'intensité dans la pureté : voilà tout le prix de la vie; et, du même coup, voilà tout le domaine de la loi
morale. L'obligation protège tout ce qui jouit et souffre et ne protège que cela. La zone du devoir est identique à celle de lémotivité : elle n'est ni moindre ni plus grande; elle Tégale.
Le devoir, dit M. G. Belot, se « rattache à la nature I sous peine d'être aussi nnpossible à concevoir qu'à I prouver ». « Le rapport entre le devoir et le bonheur, 1 ajoute-t-il aussitôt, est réellement analytique'. » Nous applaudissons à ces paroles. Pour voir clair dans le problème de l'obligation, il faut d'abord revenir à la morale antique. L'assertion peut sembler paradoxale ; on n'en constate pas moins la justesse, quand on prend la peine de démêler ses propres concepts.
De là dérive une conséquence qu'il est bon de noter au passage. Depuis un certain temps, on parle du droit des animaux à ne pas souffrir. On a même fondé des associations pour les protéger contre la brutalité de leurs maîtres; bien plus, la police les tient sous sa garde comme s'il s'agissait de vrais contribuables. Cette initiative n'a pas seulement le mérite de partir d'un bon naturel ; elle s'accorde avec l'ordre des choses. Il est bien vrai que le droit ne peut être connu et respecté que par un agent libre, ce que l'on appelle une personne; mais il en va différemment du sujet qui le possède. Il suffît, pour être plus qu'une chose, d'avoir la capacité de sentir ; c'est assez, pour devenir l'objet d'une obligation, de dépasser le niveau du règne purement organique. Et, si l'on a mis tant de temps à le reconnaître, c'est uniquement paice