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DE l'obligation MORALE. 6l
que la vie ne garderait plus aucune signification, s'il en allait autrement ? Mais pourquoi faut-il que la vie ait une signification ? qu'est-ce qui nous assure que notre existence doit avoir une valeur?
Imaginez que tout soit soumis à la nécessité : nous n'avons plus que des faits pour trancher ce débat principiel . Car alors la cause première se traduit toujours adéquatement dans les phénomènes qu'elle produit : si bien que juger de ceux-ci, c'est juger aussi de celle-là. Or, on l'a déjà vu, les faits ne nous apprennent rien sur la question de savoir si la vie a ou n'a pas de signification. Considéré du point de vue positiviste, le monde nous apparaît comme un immense roulis, où l'être qui jouit et souffre ne compte pas plus qu'un grain de sable ou que la coquille desséchée d'un mollusque.
Il est vrai que l'homme a reçu l'intelligence en partage, et là se trouve une lueur d'espérance. Mais les faits ne nous révèlent point que cette force doive l'emporter dans sa lutte pour l'ordre. Vue à la lumière de l'histoire et de la géologie, la vie humaine est surtout un recommencement éternel. On s'y reprend toujours à chanter le même chant de joie et d'appel; toujours on y tend ses bras vers l'idéal, et jamais « le fiancé mystique » n'apparaît. La déception est invariablement le dernier terme où vient mourir le tumulte de nos efforts.
Cette loi de perpétuelle alternance, ]M. Lévy-Bruhl l'a bien comprise. « Du point de vue scientifique, ditil, l'étude des faits ne prouve pas que l'évolution des sociétés humaines, non pas même celle des sociétés supérieures, soit telle que chaque série de phénomènes » et
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toutes ensemble, ne varient que dans le sens a du mieux ». Elle fait voir au contraire qu'une foule de causes, internes et externes, peuvent enrayer ou faire dévier le développement d'une ou plusieurs séries, et, par contrecoup, celui de toutes les autres. Si l'on considère les états successifs qu'a traversés une partie du monde antique (Espagne, Italie et Gaule), entre le i*"^ siècle de l'ère chrétienne et le xii% il est difficile de soutenir que la marche vers le mieux y a été ininterrompue. A quelque point de vue que l'on se place (économique, intellectuel, moral, politique ou autre), il est incontestable que le changement, dans l'ensemble, a été une régression plutôt qu'un progrès... La civilisation arabe, celle de l'Inde, celle de la Chine, fourniraient des exemples analogues... Le présent perd de ses anciens éléments, il en acquiert de nouveaux. Parfois, il en perd que, de notre point de vue, il aurait mieux valu conserver, il en conserve qu'il aurait mieux valu perdre, il en acquiert enfin qu'il aurait mieux valu pour lui ne pas s'incorporer. Cette éventualité, toujours possible, ne serait exclue que par le soin d'une Providence toute-puissante qui dirigerait l'évolution sociale ^ . »
Reste encore, même dans cette hypothèse, la perspective d'un bonheur très relatif, temporaire et qui se produit par places, comme des îlots de lumière, dans l'océan té- L nébreux de la vie. Et cela, peut-on nous dire, c'est déjà plus que rien ; jouir, si peu que ce soit, vaut mieux que souffrir. — C'est vrai, sans nul doute, des individus qui éprouvent ce minimum de plaisir ; mais la question posée