‹ La Morale du bonheurChapitre 26 sur 106 · I . Ibid.. p. I a · texte numérisé non relu

I . Ibid.. p. I a

LA M0KA1.K ni BONIIElIi. 5

66 LA MORALE DU BOiNHELR.

nôtre : c'est de commander. Et l'obligation morale dcsvient alors une exigence du droit divin.

Mais Dieu commande- t-il en fait? on ne peut non plus le mettre en doute. Dieu n'agit point par caprice; il n'a pas tiré le monde du néant, pour l'abandonner ensuite à sa propre destinée. Toujours également dominé dans son œuvre par l'idée du bien, il travaille sans relâche à lui conserver sa jeunesse et sa beauté. Il veut les lois qui président à la marche des astres; il veut les lois qui président au développement de la vie. Il veut plus encore le respect des valeurs morales, d'où dépend surtout le progrès de l'harmonie et du bonheur. Le jour où Dieu cesserait de commander aux volontés libres, c'est qu'il ne serait plus le « souverainement saint » , c'est qu'il ne serait plus lui-même.

On s'élève et de toutes parts contre cette conclusion d'ordre théologique; on nous crie à l'envi « que rien ne se passe mieux de Dieu que l'obligation' ». Et celui qui expose cette thèse avec le plus de vigueur et de netteté, c'est peut-être Hamelin, dans son Essai sur les éléments principaux de la représentation. « La morale

I. V. PiLLON, Z« vioiale indépendante {Année philosophique, 1867); A, F"ouiLLÉE, Critique des systèmes de la morale contemporaine. p. 56-76, F. Alcan, Paris, i883: H. Spencer, lac. «Y., p. 4i-4*; ^^^t- Landry, Principes de morale rationnelle, p. 49*5 1, F. Alcan, Paris, 1906; H. HoFFDiNG, Morale, II, 2, i3-i5, F. Alcan, Paris, 1907; Jean Delvoi.ve, L'organisation de la conscience morale, p. 3, 47» F. Alcan, Paris. 1906; G. Belot, loc. cit.^ p. aS, 486, 5i4-5i7; F. Rauh, loc. cit., p. 55, iii,9.ii-aa, aa-*, O. Hamelin, Essais sur les éléments principaux de la représentation, p. 416, F. Alcan, Paris,

Dr: l'obligation morall:. 67

ihéologique, dit-il, ne nous retiendra pas longtemps... Dès que le commandement divin serait fondé en raison, au lieu d'être un ordre arbitraire, il cesserait d'être pour l'agent adventice et empirique, mais du même coup il cesserait de tirer sa puissance de la volonté de Dieu. Il pourrait être conforme à la volonté de Dieu, mais il ne serait pas imposé par elle. 11 aurait commencé par s'imposer à Dieu en tant qu'inclus dans la raison divine. Toute insistance serait superflue. On aperçoit au premier abord, avec évidence, que dans une morale rationnelle Dieu ne saurait intervenir comme source d'obligation'. » Pourtant, je ne suis pas encore convaincu. D'où vient cette évidence dont on parle d'un ton si victorieux et qui saute aux yeux du premier coup ? De ce qu'il existe une obligation qui découle directement de la nature idéale des choses, on conclut sur-le-champ qu'il n'y en a pas d'autre. Et pourquoi donc ? Pourquoi n'en irait-il pas de l'obligation comme des autres faits, dont nous ne trouvons la raison totale qu'en remontant des causes secondes jusqu'à celle d'où procèdent tout être et toute activité ? Pourquoi la vie morale serait-elle le seul mode d'énergie qui ne se rattache pas à celui dont l'efficace souveraine domine le ciel et la terre ?

Il y a donc lieu d'examiner la question de plus près. Et, pour qui s'en donne la peine, la solution que les autres regardent comme un cas «d'évidence w, n'est encore qu'une apparence.

On fonde l'obligation morale sur la raison ; il faut,

Page 1