L'Ancien Régime, I, IV. c. i, p. 354, Hachette
3. Die geschichte derneueten philosophie, t. I, p. 439, Leipzig, 1907; cf. S. Deploige, Le conflit de la morale et de la sociologie [Revue néo-scolaslique, nov. 1908, p. 609) .
même respect, c'est-à-dire un respect absolu. Par suite, on n'a jamais le droit de la traiter comme un moyen; elle ne peut être « qu'une fin en soi ». La volonté humaine ne supporte ni suppression, ni diminution; elle est totalement inviolable, elle Test par essence, au même titre qu'un triangle a trois angles'.
Or cette conception du vouloir humain n'a jamais cessé de hanter la pensée des philosophes, depuis le moment oii elle a paru. Plus ou moins réduite par les éclectiques, elle est toujours restée au fond de leur doctrine*. A partir de la renaissance kantienne, dont jM. J. I.acbelier peut être regardé comme le principal auteur, elle a pris une vitalité nouvelle et s'est répandue de plus en plus. A l'heure actuelle, on la trouve presque partout, ou formellement exprimée et défendue, ou supposée à titre de vérité définitivement acquise. On veut à tout prix que la volonté humaine soit intégralement indépendante ; on veut qu'elle soit autonome au point de ne plus relever de personne ni de rien. « C'est l'erreur du théologisme,... de se figurer fonder un devoir sur une existence. » Et, « si la morale ne peut être fondée sur aucun donné extérieur, l'homme, comme être moral, s'appartient à lui-même » : il « n'est responsable de sa destinée i CiX que vis-à-vis » de sa conscience. « Quand une fois cette \ ^"^ idée » a pénétré dans notre esprit, « il devient impossible de la renier et de ne pas sentir ce qu'il y a de con-
1. Kaxt, Crit. de la R. Prat., p. 8o-85, p. 147-1(8, éd. Pitavet. F. Alcan, Paris. 1888; Fond, de la Met. de.t mœurs, p. 70-78, 82-8). 85-87, io4-io5, 110-116.
2. Cf. A. Fouillée, L'idée moderne du droit, p. 216, Hachette. Paris, 1890.
DE l'obligation MORALE. ']3
ventioimel, de scolastique, d'asser vissant dans la plupart des formules dont on revêt d'ordinaire la moralité, comme d'une livrée ». La vraie morale « se caractérise par une démarche d'affranchissement » ; son trait distinctif est de ne supporter aucune servitude.
Dieu, par conséquent, n'a rien à voir dans notre conduite, si grande que soit sa puissance, si sainte que soit sa sagesse. Il est contradictoire que la volonté humaine subisse « d'autre loi que la sienne' ». L'homme reste maître de lui-même, en face du Créateur, comme en face de la créature.
Garde ta solitude ; Ferme l'immeasité,
disaient déjà les positivistes. Aujourd'hui, ces paroles sont comme la devise des trois quarts de ceux qui écrivent sur le problème moral.
Le malheur veut que tout ce train qu'on mène contre le ciel, n'ait d'autre raison d'être qu'une méchante équivoque.
Vous affirmez que la volonté humaine est intangible, et à ce point que Dieu lui-même ne saurait avoir nul droit sur elle. IVIais alors il faut aller plus loin. Il faut affirmer aussi que la société ne peut nous imposer aucune obligation d'aucune sorte ; car l'autorité dont elle dispose nous est encore plus extérieure que celle de Dieu. Ne payez plus vos impôts ; vous ne devez rien à César. Jetez vos armes, quand le clairon sonne ; et fuyez à toutes jambes.