Loc. cit.^ p. 6-7, p. 106 et suiv
3, Paris, igoS.
4. On a mentionné ces diverses e'tudes au cours de cet ouvrage, ei indiquant leurs dates d'apparition .
go LA MORALE DU BOIS HEUR.
D'autres, moins timides dans leur logique, ont dépass»'^ ce semblant de barrière. Il n'y a plus d'au-delà pour nous, disent-ils; il ne nous reste que la science. Or la science ne nous révèle pas ce qui doit être; elle nous révèle uniquement ce qui est. Elle n'enferme point de jugements de « valeur »; elle n'a que des jugements « d'existence w. Tout se vaut donc en réalité : il n'existe plus ni bien ni mal. Mais alors quelle gêne inutile que cette sorte de convention que Ton appelle la « morale commune »? Ne serait-il pasmeilleur qu'elle n'aitjamais été? C'est ce qu'avoue jM. Bayet avec sa franchise coutumière. Il est bon qu'il y ait des enfants terribles. « Essayons, écrit-il, de nous représenter, d'imaginer un groupe social, dénué de toute conscience morale, et dans lequel les individus ne trouveraient rien bon et rien mauvais. Loin de nous l'idée de prétendre qu'une indifférence aussi merveilleuse serait une infériorité'. » — « Il est sublime, dites-vous, de s'incliner devant la loi, de sacrifier librement au devoir. — Quelle sublimité pitoyable, faite d'abdication et de servitude!... Comment ne pas plaindre l'homme moral autantpour le moins qu'on l'admire? Opprimé par la pensée des morts, sa vie suit humblement la route qu'ont tracée des maîtres disparus : il accepte, il subit son destin; il ne le fait pas. Dans ses plus audacieux élans vers l'indépendance, il demeuie encore l'esclave docile d'une époque et d'un milieu!... Voilà pourquoi il ne faut pas songer, en constatant cette existence de l'idée du bien, à nous en féllciler. De ce qu'elle soit normale, il ne s'ensuit pas