I. Loc. cil.^ p
LES PRECEPTES. QC)
tous, le dictamen de la raison pratique, formulé et imposé par l'autorité sociale.
L'Etat n'est pas fait non plus pour imposer des doctrines. Car les croyances ne se forment que du dedans : elles sont essentiellement l'effet d'un assentiment libre et ne supportent par là même aucune espèce de contrainte. 11 est aussi ridicule qu'odieux, de persuadera coups de bâton.
Mais l'État n'a-t-il pas le droit de se défendre contre les idées qui tendent à détruire l'ordre de choses établi ? C'est une des questions les plus épineuses que puisse se poser un moraliste.
Ce qui paraît clair, c'est que l'État peut enrayer la diffusion des théories qui s'en prennent aux. conditions essentielles de toute vie sociale; et, parmi ces conditions, je placerais avec Platon l'idée de Dieu, la croyance au devoir et le respect du principe d'autorité. ]Mais le catalogue de ces dogmes n'est pas facile à dresser. Il y faut tenir compte de l'esprit, des traditionset des habitudes de chaque peuple : autant de choses qui sont indéfiniment variables. Heureusement, il y a, dans cet ordre de matières, un art politique qui supplée suivant les cas aux formules rédigées d'avance .
Mais là n'est pas le point le plus délicat de la question. Ce point consiste à définir le droit de la société contre les grands initiateurs qui de temps h autre s'élèvent dans son sein.
Socrate allait contre l'ordre établi, lorsqu'il s'efforçait de fonder une morale rationnelle et de propager l'idée du vrai Dieu. Jésus allait plus encore contre l'ordre établi, lorsque, à l'encontre du pharisaïsme, il prêchait cette loi