I. Lévy-Bruhl, loc. cit.^ p
talité d'un parisien et celle d'un chinois qui n'a point quitté son pays! Comme elles sont étranges, « les façons de sentir, de penser, d'imaginer », que nous trouvons chez certaines tribus sauvages ! Qu'on lise les « ouvrages récents sur les sociétés australiennes et en particulier celui de M. M. Spencer et Gillen, sur Les tribus indigènes de V yiustralle centrale »; et l'on sentira peut-être où va la malléabilité de l'esprit humain. On le sentira mieux encore, si l'on remonte jusqu'aux civilisations de l'Egypte et de l'Assyrie, si l'on étudie ce qui nous reste des sociétés de la vieille Amérique, et surtout si l'on cherche à se rendre compte de ce que pouvaient être les contemporains de l'Elephas anticus ' . Il y a là des manières de voir les choses et de coordonner les idées, des organisations sociales et religieuses qui nous sont tellement étrangères qu'elles nous restent à peu près impénétrables-.
Aussi les prescriptions morales varient-elles avec les pays, et jusqu'à la contradiction. Vérité en deçà, erreur au delà. Bien plus, dans chaque pays, elles varient avec le temps et au même degré, surtout quand la réflexion s'y déploie avec une certaine vigueur. Le devenir est l'essence de l'être; il est aussi, et par là même, l'essence des idées morales. Elles se composent de couches successives, comme les alluvions : elles comprennent des idées de date et de provenance extrêmement diverses et n'ont entre elles « d'autre unité que celle de la conscience vissante » qui les contient et les défend '.