Ibid.. p
IIO LA MORALE DU BOJVHEUR.
Que trouverait-on, par exemple, a dans la conscience d'un homme de condition noble, en France, au xiii® siècle » ? « elle contient des éléments de provenance germanique, liés aux croyances et aux pratiques des peuples barbares qui ont occupé la Gaule quelques siècles auparavant. Elle comprend aussi des éléments d'origine chrétienne, c'est-à-dire orientale, étroitement solidaires du dogme et des rites de l'Eglise catholique oli sont entrés successivement les Gallo-Romains et les barbares. On y reconnaît encore des éléments gréco-latins qui se sont imposés aux vainqueurs, tandis qu'une partie de l'ancienne population se maintenait dans le pays. » C'est ce mélange de principes disparates et lentement amalgamés qui « a produit les mœurs que nous appelons féodales ou chevaleresques ' jî .
M. de Groot a montré qu'il y a quelque chose d'analogue et de plus saillant encore dans la conscience morale du chinois. Il a prouvé, « avec la plus parfaite évidence, par quel processus social et mental se sont introduites et enracinées la plupart des obligations auxquelles un chinois, aujourd'hui, ne voudrait manquer pour rien au monde, encore qu'il soit incapable de les justifier ». « Peut-on douter qu'une analyse semblable de la conscience occidentale soit possible ? Les actes que nous nous sentons tenus de faire ou de ne pas faire, les jugeons-nous obligatoires ou interdits pour des raisons connues de nous, et logiquement fondées ? Personne n'oserait l'affirmer dans tous les cas!^ Souvent nous les expliquons par des