‹ La Morale du bonheurChapitre 44 sur 106 · Ibid.. p.8S · texte numérisé non relu

Ibid.. p.8S

vastes OU les plus étroites, le même spectacle s'offrira à nos yeux. Nous apercevrons dès l'abord quelques grandes idées dont la taille et la vigueur apparente attirera notre attention. Nous croirons voir en elles ce qui fait la force et l'originalité du groupe. Mais bientôt le bruit sec d'une branche cassée, le son creux d'un tronc heurté au passage nous avertiront que l'idée remarquée n'est plus qu'une forme vide et que son cadavre seul domine encore et semble protéger la vie du groupe. Alors, nous nous apercevrons que la conscience ainsi parcourueest toute pleine d'idées jeunes, moins visibles, moins sublimes, mais vigoureuses et gonflées de sève : en celles-ci est la vie ; seules elles sont assez fortes pour inspirer et guider notre activité morale ' . »

Mais ces idées, à leur tour, n'auront qu'un règne plus ou moins éphémère. Elles aussi sont destinées à tomber un jour sur la terre froide, puis à tourbillonner au gré du vent. La vie qui en a préparé le triomphe, leur suscitera des rivales qui finiront par l'emporter dans la lutte. Ces rivales, un moment victorieuses, disparaîtront ellesmêmes sous une poussée nouvelle. Ainsi de suite à l'indéfini. Les idées morales changent moins vite que les nuages; mais, comme eux, elles changent toujours; comme eux aussi, elles peuvent avec le temps revêtir les formes les plus opposées. Tout est variable, tout est relatif dans les données de la conscience humaine ; et, si l'on a pu maintenir le contraire jusqu'ici, c'est grâce à l'ignorance des vraies conditions de leur genèse.

Page 1