‹ La Morale du bonheurChapitre 48 sur 106 · I. Ibid.^ p · texte numérisé non relu

I. Ibid.^ p

.1. IbUr.^ p. 76.

3. /kV/., p. 74. /|. M. Ad. Landry a bien le sentiment de ces faits moraux, si l'on

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du devoir. Ce sentiment, les civilisations anciennes l'ont eu comme nous, ainsi que l'a démontré l'abbé de Broillie dans son livre sur La morale sa/is Dieu ' . Du moins n'a-t-on rien découvert jusqu'ici d'où puisse résulter quelque doute sérieux sur ce point. Il semble même que les idées dominantes de la conscience morale s'accentuent de plus en plus, à mesure qu'on remonte vers les origines de la famille humaine. On revient depuis un certain temps de l'enthousiasme provoqué par l'hypothèse évolutionniste. Les théories deKuenen et de Wellhausen, continuées en Allemagne par Stade et Piepenbring, en France par Ern. Renan et Maspero, n'ont déjà plus le don de satisfaire tout le monde. Elles se sont heurtées à de puissants adversaires, tels que Dillmann, Rittel, Alfred Jeremias et Baentsch. D'après ces chercheurs de marque, l'évolutionnisme ne répond plus aux faits. « De nouveaux documents permettent de retrouver chez les peuples de l'antique Orient des traces d'un monothéisme plus ou moins explicite. » C'est vrai de la Babylonie, comme en témoigne la théologie de ses prêtres aujourd'hui mieux connue. C'est également vrai de l'Egypte, de Canaan, de la Syrie et de la Phénicie elle-même. Il faut donc renoncer à l'explication trop longtemps régnante. Au lien de supposer le pire à l'origine, il y faut mettre le meilleur : il y faut mettre la croyance en Dieu et, par suite, l'ensemble des idées morales qu'elle appelle

se réfère à ce qu'il dit dans ses Principes de morale rationnelle (p. 87 et suiv.); il faut lui savoir gre' d'avoir vu si juste. I. P. i3-65.

à sa suite' . L'homme tend à redevenir un ange déchu qui (c se souvient des cieux ».

Le sentiment du devoir se révèle jusque chez les peuplades les plus dégradées : il est si profond et si tenace qu'il persiste sous les pires oblitérations de la conscience morale. Le docteur Lindor, magistrat en Australie, raconte qu'un indigène, employé dans sa ferme, perdil Tune de ses femmes à la suite d'une maladie. Quelques jours après, il annonça au docteur son intention de partir, disant qu'il était obligé d'aller tuer une femme de la tribu voisine. « Si vous commettez une telle action, répondit le docteur, je vous ferai enfermer pour toute votre vie. » Cette réponse fut pour l'Australien une cause de désolation. Il ne partit pas; mais il devint triste, si triste qu'il ne pouvait plus ni manger ni dormir. Il dépérissait à vue d'œil... Un beau matin, il disparut; et, au bout d'une année, on le vit revenir rayonnant de joie et de santé : il avait accompli son devoir.

Ce qui varie avec les temps et les lieux, ce n'est pas la forme de l'obligation, c'est sa matière. Encore ces variations sont-elles moins profondes qu'on ne se plaît à le dire. On constate à peu près partout une certaine conscience de la légitimité du pouvoir social, quelques règles relatives au mariage, l'amour et le soin des enfants, le respect de la jeunesse pour les vieillards, la défense de l'homicide, du vol et de l'adultère -. On a cru longtemps, et sur le

1. Baentsch, Jltolientalischer und israelitischer monofhcisiims^ lena, 1906; cf. P. Crun-eilhier, Un nouveau recul de la critique indépendant". [Revue pratique d'apologétique, p. 8i4-839, 1" sept.

2. V., sur ce point, Msr A. Le Roy, La Religion des Primitifs, p. 93-

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témoignage de Darwin, que les Fuégiens ne donnaient aucun indice de sens moral; et l'on se prévalait de cette prétendue constatation du grand naturaliste. Mais le docteur Hyades, membre d'une mission scentifîque au cap Horn, a réhabilité la réputation de ces peuplades déchues. « Les Fuégiens, dit-il, ont un mot pour désigner l'amitié; mais ce sentiment chez eux n'est pas très énergique. Le sentiment de la compassion est encore plus faible ; les malades ne sont cependant pas abandonnés et les faibles sont secourus. Il n'v a pas de tradition d'anthropophagie. Les parents aiment les enfants et s'en occupent. A l'âge adulte, on a du respect pour les parents, et les vieillards ne sont jamais maltraités. La femme est assujettie à son mari; mais, pouvu qu'elle soit fidèle, celui-ci ne la maltraite pas. Le sentiment de l'amour est fréquent ; la pudeur existe et porte un nom spécial. Le mariage est fondé généralement sur une affection réciproque. La polygamie, que l'usage autorise, paraît cependant être l'exception. La propriété est individuelle ; il n'y a pas de chef, pas de hiérarchie sociale, pas d'esclaves'. » Darwin, comme l'observe Max IMiiller, avait « vu les Fuégiens avec des yeux Darwiniens et à travers son système ».

Ce qu'il y a de curieux, c'est que les notions morales

i34 [Le Primitif et la famille)^ p. 199-261 [La morale)^ G. Beauchesne. Paris, 1909; — cf. J. LuBBocK,Ze.v origines de la civilisation^ p. 896 et suiv., F. Alcan, Paris, 1881. La plupart du temps, il faut lire entre les lignes pour discerner le sens des faits cités par l'auteur; ils sont plus ou moins altérés par le besoin de justifier une idée préconçue, celle de l'évolution. — Voir également Le tour du Monde, p. (i3, 24 janv. 1891-, p. \0 du supplément, 5 mars 1892; p. A7, 16 janv. 189a; p. 372, 378, II juin 1892.

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