‹ La Morale du bonheurChapitre 54 sur 106 · I. Loc. cit.. p · texte numérisé non relu

I. Loc. cit.. p

LES PIIÉCEPTES. I29

envie de conférer à l'Etat une infaillibilité doctrinale qu'ils refusent à l'Eglise.

L'individu possède une règle intérieure à l'aide de laquelle il contrôle les produits intellectuels de la société et les actes qui s'ensuivent. Et, ([uand on le pousse trop fortement dans sa manière naturelle de voir, il réplique par la résistance passive ou la révolte. C'est ce que faisiaent les cités grecques en face de leurs tyrans, lorsqu'ils substituaient à la droite raison le caprice, la ruse et la violence. C'est ce que font les Noirs eux-mêmes, pour inertes qu'on les imagine. Ils acceptent « sans récrimination ni rancune » les châtiments qu'ils ont mérités; mais ils ne supportent pas qu'on les punisse injustement : ils le supportent d'autant moins que celui qui les traite de cette sorte leur apparaît comme un homme supérieur et dont ils attendaient par là même une conduite toujours équitable ' .

Du fait que l'individu juge de son milieu social, il ne se contente pas de protester quand il le faut ; il travaille à le transformer, et d'autant plus qu'il a plus de valeur cl d'initiative personnelles. Qu'est-ce donc que la série de changements religieux, économiques et politiques qui s'effectuèrent dans Athènes depuis Solon jusqu'à Cléon ? Qu'est-ce que la lutte si longue et si tenace que soutinrent à Piome et les clients contre leurs patrons et le peuple contre l'aristocratie? Qu'est-ce que notre grande révolution elle-même, si longtemps préparée et débordant à la fin, comme un torrent qui a crevé ses digues,

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