‹ La Morale du bonheurChapitre 55 sur 106 · I.V VOF.ALf: DU P.OMIELI · texte numérisé non relu

I.V VOF.ALf: DU P.OMIELI

JJO LA MORALE DU BOJSHELR.

sur la France et l'Europe toute entière? Que sont tous ces mouvements, si vastes et d'une telle puissance que rien n'est assez fort pour leur résister ? sinon des tentatives contre Tordre de choses établi, qui ont leur principe, leur but et leur règle dans les consciences individuelles. Que représentent ces innovations successives et qui finissent par changer la face d'un peuple ? si ce n'est la forcesingulière dont disposent les membres de la société à l'égard de l'état social. Cette force, d'ailleurs, n'estelle pas le principe d'oii partent les sociologues euxmêmes et qui fonde leurs espérances? Que prétendent-ils en effet? Ils prétendent qu'une fois les faits moraux scientifiquement établis, on pourra s'en servir pour redresser la société et par là même les individus, pour rendre la vie humaine plus pleine, plus harmonieuse et plus heureuse. Ils sont donc, eux aussi, des réformateurs et plaident par leur foi dans l'avenir contre l'idée qu'ils défendent'. Leur ennemi habite chez eux, comme il en était, au dire de Platon, pour « le pauvre Euryclès ». Mais ces diverses critiques ne vont pas encore au fond du sujet. Comment se créent à l'origine ces institutions que modifient ensuite les indi\idus? Sans doute, lescauses en sont d'une infinie complexité. I.e climat et la situation géographique, le génie des chefs, la conquête, les

I . ^ ont clans le même sens que nous : O. Hamelin, loc. ciV.,p. 4i7? 419; J. Dei.voi.ve. loc. cit., p. 3o-3i, 43-44i 45-47i ^4 ; Ad. Lasdky, loc. cit. y p. 206; M. E. Francs, Les fondements du devoir, p. 67-71, A. et R. Roger, Paris, 1906; Eug. deRoberty, Sociologie de Taction, p. 188-197, F. Alcan, Paris, 1908. Vive a été la re'aclion suscitée par les assertions étranges que contient le livre mùlulé : La morale et la science des mœurs; et la chose s'explique d'elle-même.

LES PRÉCEPTES. [3l

guerres intestines, l'introduction de religions étrangères : autant de conditions qui peuvent contribuer et contribuent d'ordinaire à cette œuvre. Mais les particuliers y collaborent également ; ils y collaborent d'une manière permanente ; on peut même dire que, dans la plupart des cas, c'est par eux surtout qu'elle s'explique. La constitution des Anglais a réagi sur leur caractère. Mais qui l'a préparée, qui l'a faite en définitive ?Ce caractère lui-même. C'est à ce cbef-d'œuvre d'équilibre qu'il tendait depuis plusieurs siècles : il a finipars'y traduired'unemanièreexpliciteet presque adéquate. Les institutions liturgiques de la Chine ont marqué ce peuple comme d'une empreinte indélébile; elles l'ont fixé sur la route de la vie où tout, semble-t-il, doit marcher touiours. Mais ces institutions étranges, d'où viennent-elles au fond ? du chinois lui-même. Confucius ne fit que formuler ce que ses concitoyens portaient déjà dans les profondeurs de leur conscience, ce qu'ils goûtaient et voulaient, ce qu'ils pratiquaient depuis des siècles, bien que d'une façon moins systématique. Ainsi de tous les peuples à des degrés divers, qu'ils appartiennent à l'antiquité ou soient de l'époque moderne, sous quelque degré de latitude et de longitude qu'évolue leur destinée. Pour en avoir le secret dans la mesure où nous le pouvons, c'est toujours aux unités dont ils se composent que l'on se voit contraint de remonter.

La vie organique est soumise à ce qu'on appelle la loi d'alternance. Dès qu'un état morbide se déclare dans l'un de nos membres, tout notre corps s'en trouve altéré. Cette altération elle-même influe sur l'état initial, qui influe à son tour sur tout notre corps. 11 se produit quelque chose

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d'analogue dans les groupes humains. Les individus créent, au moins en partie, leur mode de vie sociale. Ce mode réagit ensuite contre les individus, qui réagissent à nouveau contre lui . De plus, cette influence réciproque s'exerce conformément à la loi qui préside aux rapports du plus fort et du plus faible. Quand les individus sont inertes de leur nature, les institutions l'emportent et persistent indéfiniment. Quand les individus, au contraire, sont riches en spontanéité et capables par là même d'une longue évolution, les institutions se modifient sans cesse sous un flux permanent d'idées nouvelles; à moins toutefois qu'il ne s'agisse d'un peuple qui possède assez de sens pratique pour comprendre qu'il existe un point de perfection relative où le meilleur est de s'arrêter.

La thèse de l'imittition passive n'a pas de fondement dans les données de l'expérience; elle en a d'autant moins que l'on se trouve en face d'une nation mieux douée. « Eu réalité, dit M. de Roberty, une manière d'agir parvient d'abord à notre connaissance, d'une façon directe ou indirecte, devient pour nous un objet de savoir. Et quelque grossier, descriptif, empirique que soit celui-ci, c'est encore lui qui constitue la cause initiale de l'acte imitatif. Cet acte n'est-il pas précédé et accompagné d'une volonté consciente de son but, et la présence d'une telle volonté ne témoigne-t-elle pas d'une détermination rationnelle ou motivée de l'acte? Il faut sortir du monde social et descendre dans celui... de la vie pathologique, pour rencontrer les faits Imitatifs involontaires, inconscients, les diverses épidémies névro-cérébrales, les danses de Saint-Guy...,

les cas de suggestion hypnotique, etc. '. » Le type social que nous présente M. Levy-Bruhl est fait pour des anémiques; il est fait pour des crustacés.

Cette appréciation me paraît juste ; et, si elle se teinte de quelque ironie, c'est que la matière s'y prête.

Rôle de 1(1 science en morale.

On peut discerner maintenant le rôle qui revient à la science positive" en matière d'éthique.

La science positive est utile à la morale, et de diverses manières. J'ajoute que son concours est beaucoup plus important qu'on ne le pense en gênerai.

Diminuer la misère, c'est travailler du même coup à l'accroissement de la moralité. Le besoin a deux façons de nous mettre sur le chemin du vice : il est par lui-même un mauvais conseiller; de plus, il nous dégrade à nos propres yeux et affaiblit d'autant notre force de résistance aux séductions du mal. Cette cause si fréquente de dépravation, l'économie sociale travaille à la supprimer, soit en montrant l'art d'augmenter la richesse publique, soit en indiquant comment on peut faire des ressources disponibles une distribution plus prévoyante et plus juste. Et cette

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