Loc. cit.. p
2. A. sur ce point, Félix Thomas, p. 2-3. 217-218^ F. Alcan, Paris, 1908; et surtout Em. Duclaux, loc. cit.. p. 23o-23i, 233. D'après les constatations du docteur Ed. Fournier. « sur 10.000 cas de syphilis observe's dans la clientèlemasculine de la ville. 7.000, soit 70%, e'taient des fruits de jeunesse, et 800 avaient e'té contractes avant 20 ans.
t4o la morale du bonheur.
sinon l'art de prévoir comment l'enfant doit réagir aux procédés que l'on emploie à son égard. A quoi se ramène la politique? si ce n'est à Tliabileté de pressentir que, étant donnés tel tempérament national et tel ensemble de circonstances, on ne peut aboutir à quelque bien que par cette voie-ci, et non par celle-là. Que penser enfin d'une justice qui frappe brutalement le coupable qu'elle amène à sa barre, sans s'occuper des mesures préventives qui pouvaient améliorer peu à peu ses dispositions et l'écarter de la route du crime ' ? N'est-il pas évident qu'elle ne remplit que la partie la moins intelligente et la moins bienfaisante de sa fonction?
La morale a besoin d'inductions causales. Elle a besoin par là même de recourir à la psychologie expérimentale, à la physiologie et surtout à la sociologie. Car telles sont les sciences qui lui peuvent fournir la matière de ses inductions. Ce n'est pas qu'il faille demander à ces procédés intellectuels des lois d'une certitude et d'une rigueur mathématiques. On est déjà revenu, à cet égard, des ambitions de la première heure : la critique en a fait justice '■. Mais on peut obtenir des approximations croissantes, et surtout un certain sens du devenir des choses, grâce auxquels nos actions morales manqueront de moins en moins leur but.
Dansia clientèle fe'minine. c'est bien pis : 20 5^ des femmes containine'es le sont avant 19 ans ». — Cf. Ihid.. p. 253.
1. Il faut savoir gre' à M. Lëvy-Bruhl d'avoir mis ce dernier point dans une lumière assez vive [loc. cit.). Il est bon dajonter qu'en cette matière on a déjà fait quelques progrès, et que les ouvrages qui les ont le plus heureusement suscite's sont peut-être ceux deM. H. Jol\.
2. Cf. sur ce point, In.iiiJJkance des philosop/iics (/d'intuition, p. 2bi-
LES PRÉCEPTES. l4l
Du fait que l'éthique a recours aux sciences positives, elle prend contact avec la réalité ; et de là lui vient un autre avantage qui me semble très important. Elle cesse alors d'être un système d'abstractions immobiles et rigides ; elle se modifie toujours par quelques côtés : elle vit. Par suite, elle ne se déracine jamais et garde sur les âmes toute son emprise.
La morale enveloppe toute la conduite humaine : il n'est aucune de nos actions réfléchies, soit individuelles, soit domestiques, soit politiques, soit économiques, qui ne relève par quelque endroit de son éternel empire. On en a fait une reine que l'étiquette tient soigneusement enfermée dans son palais ; on Ta confinée dans son château de concepts : le formalisme de Kant et l'immobilisme théologique ont contribué de concert à l'isoler du courant social. Or qu'est-il arrivé à la longue? « L'industrie, le commerce, la finance, l'art d'acquérir et les façons de dépenser, la vie politique, le travail scientifique ou artistique se sont développés sous des formes nouvelles et complexes ' . » Les idées mêmes de justice et de charité se sont affinées sous l'effort persévérant de la critique ; et ce progrès a fait naître dans la civilisation une autre manière de concevoir l'Etat, la propriété individuelle, les droits de la femme et les œuvres de bienfaisance. La morale a paru alors comme unîlot de quintessences qui ne gardent plus aucun rapport avec les faits : trop éloignée du monde pour continuer à le mouvoir, elle a perdu par là même la plus grande partie de son efficacité.