‹ La Morale du bonheurChapitre 59 sur 106 · G. Belot. loc. cit.^ p · texte numérisé non relu

G. Belot. loc. cit.^ p

ïl^1 LA MORALE DU BOjSHETJR.

Qu'on la ramène donc de son ciel éthéré dans le courant de la vie ; qu'elle y pénètre de tous côtés, à la lumière des sciences expérimentales. C'est alors seulement que, se mêlant à tout comme une âme, elle pourra glisser partout sa divine et purifiante influence. Pour nous faire vivre, il faut d'abord qu'elle devienne de la vie.

Ils sont multiples, ils sont même considérables, les services que la science positive est capable de rendre à la morale. Reste cependant que celle-ci ne pourra jamais devenir un département de celle-là.

Notre aspiration au bonheur est un fait d'expérience intime. Mais quel est le prix moral de cette aspiration, si profonde qu'on la suppose? L'expérience ne suffit pas à nous l'apprendre ; il faut, pour le découvrir, toute une série de raisonnements qui dépassent et les phénomènes et leurs lois.

L'observation intérieure nous révèle aussi que nous avons en nous-mêmes l'idée d'obligation. 3]ais où cette idée trouve-t-elle son fondement, et par là même quelle on peut être la valeur ? C'est encore un problème qui ne se résout que par une suite de déductions métaphysiques; et ce sujet, je l'ai déjà traité assez longuement pour ne pas y revenir ici.

Qu'il faille respecter l'honneur et la vie du prochain^ qu'il faille obéir aux lois de notre pays et pratiquer la bienfaisance : ce sont autant de préceptes qui nous viennent tout droit de notre conscience morale. Pourtant,

LES PRÉCEPTES. l43

les injonctions de cet oracle intérieur ne se légitiment point par elles-mêmes, si impérieuses qu'elles soient. Supposé qu'il n'y ait parsonne au dehors, elles n'ont plus d'objet oîi elles puissent porter; et supposé qu'il n'y ait personne au dedans, elles n'ont plus de sujet qui les puisse réaliser. Or comment établir qu'il existe en dehors de moi des personnes semblables à moi, c'est-àdire des esprits et qui pensent ? Le raisonnement seul y peut suffire; car de mes voisins je ne vois jamais directement qu'un certain agglomérat de phénomènes physiques. Bien plus, comment puis-je établir que je suis moi-même une personne, du moins au sens plein du mot, si je m'en tiens uniquement aux données de l'intuition? Pour constater mon identité morale, il faut que je trouve dans mes souvenues la marque du déjà vécu et que je conclue de là que l'on ne m'a point changé mon moi dans l'intervalle. L'inférence est simple; mais elle n'en existe pas moins, et à titre de procédé nécessaire '.

De quelque côté que l'on envisage la morale, qu'on en considère les fondements, l'objet ou le sujet, la même conclusion s'impose toujours : c'est qu'elle plonge ses racines dans l'au-delà. Sans doute, elle prend sa base d'élan dans l'expérience et pour y retourner ensuite. Mais, dans l'intervalle, elle décrit une coui-be où s'échelonne toute une série de déductions métaphysiques; et c'est cela, précisément, qui la constitue.

Faut-il donc la concevoir comme inférieure aux sciences positives? Pas du tout; et parce que ces sciences impli-

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